« Lacan, Abrahams et un magnétophone : dialogue de sourds »

Jean-Jacques Abrahams, jeune artiste, décide à 28 ans, après 14 ans d’analyse, de se retourner contre son psychiatre (le Dr X. qui est Jacques Lacan pour certains mais qui serait en fait le dr Van Nypelseer) dont il enregistre la rencontre en 1967 ; il sera interné d’office à la suite de cet enregistrement, s’évadera de l’hôpital Brugmann et fuira aux USA d’où il publiera L’homme au magnétophone (ed. Sagittaire, 1976). Ce texte est paru dans Les temps Modernes de mars 1969 en un temps où le débat portait sur la remise en cause des systèmes qui gouvernent l’individu, et ce sous l’influence de l’antipsychiatrie anglaise et de la contre-culture.

Ce texte a beaucoup inspiré Sartre, Foucault, Deleuze et Guattari et il fut repris au séminaire « Délire et désir » de Gilles Deleuze à Vincennes en 1972. A ce propos, Deleuze ne tombe pas dans une dénonciation facile mais en fait un beau commentaire autour de la notion de tiers inclus / tiers exclus : pour lui, le tiers inclus s’oppose à l’analyse. Ce qui peut se discuter : cela est vrai, comme ici, si ce tiers est pris pour réalité, quand l’analyste en oublie la valeur fantasmatique.

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6 réponses à « Lacan, Abrahams et un magnétophone : dialogue de sourds »

  1. Mariane Perruche dit :

    bonjour

    Je lis sur votre site, dans un article consacré à la transcription du dialogue de Jean Jacques Abrahms avec son psychiatre -psychanalyste que celui qui s’occupait de celui que l’on appellera « l’homme au magnétophone » était Jacques Lacan.

    Je suis étonnée car j’ai toujours lu que le psychiatre en question était le Dr Van Nypelseer. Je pense que vous pourriez vous reporter à cet article des Temps Modernes paru en 2013, c’est assez récent :

    http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=LTM_674_0319&AJOUTBIBLIO=LTM_674_0319

    Des révélations récentes ont-elles permis de changer l’identité des protagonistes de cette célèbre affaire ?

    Je vous remercie des éclaircissements que vous voudrez bien apporter sur cette question
    cordialement

    Mariane Perruche

    • Joel Bernat dit :

      Bonjour et merci de votre commentaire.
      Lorsque ce texte est paru dans la revue « les temps modernes » en 1969 avec des commentaires de Sarte, Pontalis, etc., soit pour attaquer Lacan, soit le défendre. Plus intéressant était la position de Deleuze.
      Vous pouvez entendre l’enregistrement sur youtube, et jusqu’ici, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait du Dr. L. Je ne connais pas le texte nouveau que je vais consulter de ce pas, et ce serait plutôt des révélations récentes qui infirmeraient ce qui jusqu’alors était dit par les protagonistes de l’époque !
      Mais le plus intéressant reste l’effet d’un élément étranger qui intruse dans la cure et comment l’on peut s’en « débrouiller » ou pas pour maintenir l’analyse, que ce soit un magnétophone ou quoi que ce soit d’autre.
      bien à vous
      JB

  2. Mariane Perruche dit :

    merci pour votre réponse.

    En ce qui me concerne, je n’ai jamais lu aucun texte, ni de Sartre, ni de Pontalis, qui mette en cause Lacan dans cette affaire. Le texte de Sartre, que l’on trouve dans Situations IX, p.329-337, est une attaque en règle contre l’ensemble du dispositif analytique, sa praxis, comme il l’appelle, mais ne contient aucune attaque ad hominem contre Lacan. C’est toute la psychanalyse freudienne qu’il attaque et récuse en bloc, et non la pratique du Dr. X ou Y. Sartre écrit d’ailleurs Docteur X.
    Pontalis, quant à lui, répond à Sartre une fin de non recevoir : il le renvoie à son propre rapport ambigu à la psychanalyse-à la fois fasciné et terrifié. On trouve ces quelques lignes de Pontalis juste après la transcription du dialogue entre l’homme au magnétophone et son psychanalyste, toujours dans Situations IX. On lira également avec profit le commentaire qu’en fait Pingaud qui enfonce le clou en décortiquant le texte de Sartre : c’est bel et bien TOUTE la psychanalyse que Sartre récuse, et tout particulièrement ce qu’il appelle l’état de dépendance à l’analyste que supposent la cure et le transfert. La philosophie de Sartre étant une philosophie de liberté ne saurait s’accommoder de ce qu’il conçoit comme une forme d’aliénation.
    J’espère que ces précisions apporteront à vos lecteurs de quoi juger que le fond du problème dépasse – et de loin- la personne de Jacques Lacan.
    Il me paraissait important de remettre le débat dans une autre perspective…

    • Joel Bernat dit :

      merci de vos précisions et bien d’accord avec vous. Il ne s’agit pas de faire un procès à qui que ce soit ! C’est pour cela que ce témoignage n’a d’intérêt que par rapport au setting analytique et la question (fantasmatique) du tiers.
      JB

  3. Olivier dit :

    Il s agit du dr Van Nypelseer. Jean Jacques le répetait sur tous les toits.
    Le texte a été et manifestement continue d’être utilisé. On peut l ecouter sur youtube.

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