Roseline Bonnellier : Œdipe revient de loin – Théorie générale du refoulement (point de vue topique)

Le refoulement originaire de l’autre sexe est inversement proportionnel à la progression du refoulement secondaire, qui donne lieu à l’Œdipe « refoulant » du « complexe » (de castration »). Le « complexe » d’Œdipe n’est que celui d’« un » seul sexe (primat du phallus). L’Œdipe succède en partie à la théorie de la séduction « factuelle » des hystériques femmes. Le « fantasme » (Phantasie) incestueux du complexe paternel de la fille sera reconnu plus tard par Freud comme l’expression du complexe d’Œdipe « féminin ». La question du « féminin » revient par conséquent après coup en contrepoint de la question de l’Idéal-du-moi par lequel l’Œdipe freudien a son point d’impact dans le narcissisme au complexe de castration. Avec l’Idéal-du-moi, Freud réintroduit en psychanalyse l’antique « mythe » du héros, soit le « rêve diurne » de l’homme, dont descend le « complexe ».

Écrivain. Germaniste et docteur en psychologie.  Membre de l’Association Internationale Interactions de la Psychanalyse (A2IP) Chargée d’enseignement à Paris VII – Diderot en « Études psychanalytiques »

Oedipus’ return has a long way. General theory of the repression (topographical point of view)

The primal repression of the other sex is inversely proportional to the progress of the secondary repression, where the Oedipus takes place: it’s the “repressing” Oedipus of the “complex” (of the castration complex). The Oedipus “complex” applies to only “one” sex (primacy of the phallus). The Oedipus succeeds in part to the “factual” seduction theory of the hysterics (women). The incestuous “fantasy” of a father-complex for the daughter will be recognized later by Freud as the expression of the female Oedipus complex. The “female” question comes back consequently afterwards like the counterpoint of the ego ideal question, when the Freudian Oedipus has its point of impact in the narcissism at the castration complex. With the ego ideal, Freud reintroduces into the psychoanalysis the antique “myth” of the hero, i.e. the “diurnal dream” of the man, from which the “complex” is descended.

 


 

« Freud nous dit : ‘Elle [La femme] devient ce que nous sommes incapables de définir.’ »[1]

Jean Laplanche (2007), avec Freud(1933)

1899/1900 : La « légende d’Œdipe » roi de Sophocle, également évoquée dans les lettres à Fliess peu de temps après l’abandon par Freud de ses neurotica, « tombe » comme « idée incidente » (Einfall) au moment du rêve « typique » de la mort des parents chers dans L’interprétation du rêve.

Sur la pierre de touche du « rêve diurne » d’Œdipe, et à la suite d’une remarque de Goethe concernant l’hésitation de la pensée devant l’acte du prince Hamlet dans le drame de Shakespeare, à l’étape de la Renaissance, Freud observe alors « la progression au cours des siècles du refoulement dans la vie d’âme (*Gemütsleben) de l’humanité »[2].

QUAND LA THÉORIE DE LA SÉDUCTION N’AURA PAS LIEU

            Dans les débuts de la psychanalyse, l’œuvre théorique de Freud se développe sur les deux versants principaux de sa découverte : l’hystérie et le rêve. Lorsqu’il aura renoncé, faute de preuve, à sa première théorie, la théorie « factuelle » de la séduction, Freud n’aura pas « tout » perdu, et habité même par une certaine joie secrète qu’il confie à son ami Wilhelm Fliess, il se replie sur le rêve. La thèse de la Traumdeutung, ne l’oublions pas, est que « le rêve est l’accomplissement d’un souhait ».

Une théorie du refoulement « pathologique »

            Mais n’oublions pas non plus que les premières grandes « rêveuses » en plein jour de Freud furent les hystériques femmes, celles d’abord d’une hystérie de « conversion » à la fin du XIXe siècle, au temps de Charcot.

Le « rêve » s’accomplissait alors en effet les yeux grand ouverts et se « traduisait » en quelque sorte « à l’envers » d’un pseudo « passage à l’acte » retourné sur le corps propre, ayant valeur en l’occurrence de proton pseudos au regard des premiers psychanalystes.

Ainsi que le souligne Jean Laplanche dans ses avant-dernières et Sixièmes problématiques sur L’après-coup[3], la première théorie de la séduction de Freud est une théorie du refoulement « pathologique »,  celle du « traumatisme en deux temps » où apparaît la notion d’un report « après coup »[4] (nachträglich) de l’événement « séducteur » : dans le cas Emma du Projet, la scène « pathologique » du souvenir est plus forte que la scène « oubliée » de « l’acte » subi par l’enfant pré pubère.

Alors que dans L’interprétation du rêve, Freud s’avance en partie, ne serait-ce qu’en s’impliquant par l’analyse de ses propres rêves, vers une théorie du refoulement « normal » qui amènera la mise en place d’une première topique distribuée entre le « conscient », le « préconscient », l’« inconscient », théorisée au chapitre VII.

Des « actrices » ou héroïnes « antiques » retardées dans l’histoire des hommes

Dans l’hystérie de conversion, « l’action » était « mimée » par la personne comme par les acteurs du théâtre grec antique, selon la définition du « mythe »[5] dans la Poétique d’Aristote, mais avec un grand décalage dans le temps ou dans « l’après-coup » de cette sorte de mimèsis retrouvée « sans le savoir ». Le corps érotisé, pris pour objet, se donnait à voir comme un corps « possédé », qui ne s’appartenait pas ou plus dans « l’après-coup » de l’acte sexuel représenté commis à son adresse par le « séducteur » pervers, d’avant que la théorie freudienne ne le réinterprète en Phantasie. Ainsi la « névrose » pourra-t-elle se présenter dans la théorie canonique de la psychanalyse comme le « négatif » de la « perversion », d’une « père-version » modèle. Le fantasme hystérique est un fantasme incestueux « imité » : prêté à l’homme, le père « séducteur ».

Le « corps » rendu hystérique du coup de ce « retour du refoulé », était assez difficile à délimiter ou à « définir ». La « chose sexuelle » (de Charcot) s’y promenait en effet à la surface, en  se manifestant sous forme de divers symptômes, au pluriel des lieux d’une « traduction » de la « sexualité infantile perverse polymorphe » où l’hystérique régressait.

Mon évocation d’un monde antique[6], dont les hystériques femmes seraient les « actrices » retardées ou « demeurées » – selon une notion de la « sexualité féminine » considérée parfois comme plus « primitive » (J. André), n’est évidemment pas fortuite : la pluralité des « lieux » rappelle celle des « dieux » d’un « polythéisme » réprimé (verdrängt), « refoulé » par l’ascension progressive (verticale d’homo erectus) vers « un » monothéisme. Où « Dieu », je vais citer Hölderlin : « porte un vêtement » (F. Hölderlin, La Grèce 2e projet). Et à vrai dire, le seul vêtement qui compte est le « mythe de l’homme » quelle  que soit la veste, retournée ou non, d’une « mort de Dieu » postromantique : c’est un « uniforme » qui colle à la peau du « héros », l’homme. Ce dernier est à  identifier par son « sexe », et telle est la fonction du « mythe » dont redescend après coup en psychanalyse au vingtième siècle le « complexe » d’Œdipe dans le « genre sexué » au masculin du « garçon ». Dans la théorie de Freud, les hystériques femmes, en entrant dans l’histoire des hommes, vont être tenues de refouler une « masculinité » indue.

La question hystérique « qu’est-ce qu’une femme ? » ou du « devenir femme » reste une question voilée du Levant au Couchant, ancillaire du « mythe de l’homme » au sein du Malaise dans la culture. C’est bien sûr, plus avant, la question du « père » de l’homme « à définir » quant à son « sexe » pour l’enfant, à savoir la question de « l’origine des enfants » qui précède celle de la « différence des sexes », laquelle s’ensuit « presque » immédiatement. Le « complexe d’Œdipe » (du garçon) de la théorie freudienne, en descendant du « mythe », a pour fonction de ne pas [pouvoir] répondre à la première question – qu’elle « tourne », en « répondant » plus politiquement à la seconde. Le mythe de « l’homme » sert à « confondre » un seul sexe, le plus rapidement « vérifiable » de visu, avec le « genre » humain dans sa « totalité » par le processus narcissique « indirect » de l’idéalisation : l’arme, à double tranchant, est « politiquement » redoutable quant à son application, ainsi que Freud nous invitera à y réfléchir dans Psychologie des masses et analyse du moi, mais sans retourner l’analyse à l’adresse de sa théorie du « complexe d’Œdipe » qui descend du même mythe du héros, « l’homme » en question de sa « réponse » à l’énigme de ses origines[7].

L’assertion de Laplanche avec Freud « Elle [La femme] devient ce que nous sommes incapables de définir », serait à réinscrire dans une théorie plus générale du refoulement dont Freud nous a donné la version restreinte – arrêtée au niveau du refoulement secondaire ou après coup – du « complexe nucléaire des névroses » (de « l’humanité ») relatif au seul « complexe de castration ». La question hystérique de « la femme » sert à « voiler » le « devenir » problématique de « l’homme » refoulant la question à laquelle il n’entend pas [pouvoir/vouloir] répondre du « destin » de l’humanité d’après sa représentation du « pouvoir » qu’il y a pris sur « l’autre » [naturel(le)] au sein du Malaise dans la culture.

Le nerf de la guerre : le  « complexe de castration » dans la formation de l’Idéal-du-moi

Revenons à Freud, notre leitmotiv dans l’histoire de la psychanalyse : Lorsque, avec le petit Hans, arrivera l’analyse, menée par le père de l’enfant, d’une hystérie d’angoisse ou « phobie », la « chose » sexuelle se limitera à « l’objet » [en fait : partiel], le pénis, sur lequel se « déplacera » [par dérivation « métonymique », nous expliquera-t-on, en « linguistique » appliquée, après Freud], pour s’y fixer, l’angoisse de castration[8] du petit garçon. D’où advient la théorie freudienne de l’Œdipe « type », paradigmatique, « schibboleth » de la psychanalyse, organisée autour de son « complexe » (de castration). Freud, superviseur de cette analyse « hors cure » du petit garçon et jouant assez le rôle d’un « grand-père » dont « le petit doigt » (l’auriculaire) sait tout, a dans l’affaire, ainsi que Hans ne manque pas de le remarquer, l’oreille du « Bon Dieu ». Laquelle grande oreille déjà surmoïque, s’appellera, plus tard, avec l’introduction du narcissisme (1914) : l’Idéal-du-moi.

L’Œdipe freudien « devenu » phallocentrique d’une théorie moniste de la libido aura son point d’impact dans le narcissisme au moment de la formation de l’Idéal-du-moi, dont « le complexe de castration » est la pièce « la plus importante », quoique « lacunaire » :

« Les perturbations auxquelles est exposé le narcissisme originel de l’enfant, ses réactions de défense contre ces perturbations, les voies dans lesquelles il est de ce fait poussé [gedrängt] à s’engager, voilà ce que je voudrais laisser de côté, comme un matériau important qui attend encore d’être travaillé à fond ; on peut en extraire la pièce la plus importante [das bedeutsamste Stück], le « complexe de castration » (angoisse pour le pénis chez le garçon, envie de pénis chez la fille) et en traiter en relation avec l’influence de l’intimidation sexuelle précoce. […] »[9]

Concept « bifrons » ou « Janus » posté aux portes de la cité des hommes, l’Idéal-du-moi, est « en partie » une « formation réactionnelle contre les processus pulsionnels du ça »[10], reconnaît Freud dans Le moi et le ça, au chapitre V sur les « Relations de dépendance du moi ». Dans le contexte de la deuxième topique, il fait question par la relation « impossible » de « double contrainte » (G. Bateson) qui oblige le garçon du « complexe paternel » de filiation à « être et ne pas être » à la fois comme son père. Voilà le dilemme, répété par Hamlet qui « hésite » devant « l’acte » en méditant sur la « couardise » des hommes.

Et dont la « folie » d’Ophélie n’est qu’une retombée ! Le pendant d’un « meurtre du père » dont héritera le Surmoi est en train de se déplacer en contrepoint sur « la femme » qui s’en retrouve atteinte « après coup ». D’autant qu’à l’étape de la Renaissance de la progression du refoulement, le héros Hamlet commet,  « avant coup » de son « après-coup », quelques erreurs significatives d’abord sur « la » / les personne(s) à tuer, proches de sa bien aimée.

 La place me faut (du verbe faillir) pour seulement aborder en quelques bribes ce qu’il va en être du progrès du refoulement dans le complexe d’Œdipe au « temps de Goethe », au moment dramatique du Faust  de ce dernier, dans l’encrier duquel – c’est le « chaudron de la Sorcière », Freud va tremper sa plume « subliminaire »[11] (subconsciente et sublimatoire). En tous les cas, la première partie du chef d’œuvre dramatique de Goethe traite de « la tragédie de Marguerite ». La « jeune fille » d’un « genre » second ou sous-entendu d’humanité, séduite avec l’aide du Diable, se sacrifie par amour pour le « héros » entre Éros et Agapè – c’est une Iphigénie chrétienne –  sous les traits de Gretchen, le Mädchen[12] typiquement allemand, souvenir pour le Dichter dans sa période du Sturm und Drang de son amour de jeunesse pour « la fille du pasteur » alsacien de Sesenheim, Friederike Brion. Il y aurait beaucoup à dire sur le « dédoublement narcissique » qui s’effectue à ce moment de la « création » ou de la Dichtung de l’écrivain, qu’entreprend d’analyser « cliniquement » Lacan en 1952 dans Le mythe individuel du névrosé, mais en manquant, du haut de sa « superbe » culture générale à la française, dénigrant d’un coup de patte en passant les Goetheforscher, à le mettre en relation avec Faust. 

Le « mythe scientifique » de Freud va rationaliser le « sacrifice » du sexe féminin en instaurant la logique duelle « phallique/castré(e) » : une logique « narcissique », à la base du fonctionnement du « complexe d’Œdipe » qui traverse et ordonne toute l’œuvre du « père » de la psychanalyse. Le complexe de castration organisateur de « tout » l’Œdipe est la tache « aveugle » de la théorie moniste freudienne de la libido établie sur la base d’un « primat du phallus ». Mais c’est seulement votre servante qui le dit en continuant de « parler à son bonnet » datant de l’Ancien Régime, de l’époque « classique » en France. Aussi « critique » qu’il soit d’un « pseudo inconscient » représenté par l’Œdipe du « mytho-symbolique », Jean Laplanche par exemple, avec l’art consommé du conférencier qu’on lui connaît, le « garde » comme « aide à la traduction » : sous la belle litote « classique », voilà « le bras séculier » du « sexe » qui n’a pas fini d’organiser le « genre »[13], avec en reste de l’opération dialectique ternaire un « sexual » demeuré bien « énigmatique ». Reste non résolu, en relation avec l’Idéal-du-moi, à côté de celui de la « bisexualité » : le problème du « féminin »[14] !

Le « second genre » après coup du « complexe » : Freud en 1933,  « Sur la féminité »

Refaisons un petit saut dans le temps. En 1933, longtemps après que la théorie du complexe d’Œdipe organisé autour du « complexe de castration » sera définitivement installée, Freud, dans sa XXXIIIe Leçon, sur La féminité, reconnaîtra dès lors dans son ancienne théorie de la séduction abandonnée par lui en 1897, soit dans le fantasme de la séduction par le père chez l’hystérique femme, l’expression du complexe d’Œdipe de la fille [désormais du « genre » implicite : Mädchen] en tant que « femme » :

« À l’époque  où l’intérêt principal était dirigé sur la mise à découvert de traumas sexuels de l’enfance, presque toutes mes patientes féminines me racontaient qu’elles avaient été séduites par le père. Il me fallut finalement m’apercevoir que ces comptes rendus n’étaient pas vrais, et j’appris ainsi à comprendre que les symptômes hystériques dérivent de fantaisies, non d’événements réels. C’est plus tard seulement que je pus reconnaître dans cette fantaisie de la séduction par le père l’expression du complexe d’Œdipe typique chez la femme. »[15]

Retour à Freud en 1897 : « l’autre sexe » refoulé / refoulant (originaire) de la psychanalyse

Maintenant, refaisons trois pas en arrière après trois en avant, comme dans la comptine pour petites filles de la fermière allant au marché avec trois pommes dans son panier « qui font rouli roula » sur sa tête. Car avons-nous beaucoup « avancé » dans l’histoire d’un « genre » (gender) repêché avec le poisson du « sexe » (social) en eaux « troubles » ou « troublées » d’aujourd’hui ?

Revenons par conséquent au « premier » complexe « d’Œdipe », celui d’avant la lettre, que Freud découvrit plutôt à son corps défendant, originairement celui de « l’autre sexe » : le « sexe » [et non pas le « genre »] féminin, pour « appeler un chat un chat ».

Nous pouvons observer que le « complexe de filiation » déguisé de la fille (Tochter) par rapport à son père ou au substitut d’un père « séducteur » était hétérosexuel « de fait » ou « par nature » au regard de la personne concernée : chose « impossible » pour le « complexe paternel » de filiation d’avant qu’il arrive en théorie dans le « genre de sexe » (Geschlecht[16]) du  garçon « modèle » dans l’Œdipe freudien retraduit d’Œdipe roi. Lequel garçon, en matière d’[interdit de l’] inceste hétérosexuel « direct », est d’abord le  fils (Sohn) de sa mère certissima, une femme. Mais ce qui va intéresser le Freud théoricien du complexe d’Œdipe, c’est que le « garçon » (Knabe) « devienne » le fils de son père incertus[17].

Autrement dit, ce qui fera par la suite le « complexe » dit d’Œdipe, c’est « la question du père » de « l’homme » (de sexe masculin). « L’autre père », le père « hétérosexuel » par nature de la « fille » ou de la « femme » (Weib) que l’homme n’est pas ou ne peut pas / plus[18] être « par nature », se trouvera évincé ou repoussé plus loin et comme « perdu de vue » dans la « vie d’âme » (la réalité psychique) dont reviendra le « complexe » type après coup : le refoulement « originaire » serait là à l’œuvre par rapport à la défense œdipienne au niveau du refoulement secondaire ou après coup que résumera le « schème » de l’Œdipe « officiel ». Celui qui est à la base également du « contrat social » dans « la » / notre culture [où se profile à l’arrière-plan la question de l’Idéal-du-moi] et fait « fonctionner » un certain type de société (à domination masculine « phallocentrique ») plutôt qu’un autre resté jusqu’alors « indéfinissable » du point de vue (« topique ») où le « sujet » se trouve « placé(e) » par rapport au seul [interdit de l’]inceste supposé prévaloir pour « définir » l’être humain ! 

En pièce jointe à la lettre 128/139 du 25.5.97, avant la célèbre « lettre d’équinoxe » du 21 septembre 1897 où il fait part à Wilhelm Fliess du renoncement à ses neurotica, Freud,  dans le [Manuscrit M], est en train de s’interroger sur « l’architecture de l’hystérie », liée à la profondeur du refoulement, ce qui l’amène à noter dans le paragraphe suivant intitulé « Refoulement » (Verdrängung) : « cela laisse présumer que l’élément à proprement parler ‘refoulant’­­ ­­est toujours le féminin (das Weibliche) ». Il semble que Freud veuille dire que « le féminin » est l’élément provocateur du refoulement [du féminin], parce qu’il poursuit : « et cela se trouve confirmé par le fait que les femmes (die Frauen) aussi bien que les hommes (die Männer) rendent plus facilement compte de leurs expériences avec des femmes qu’avec des hommes. Ce que les hommes à proprement parler refoulent, c’est l’élément pédérastique »[19].

Ne faut-il pas en déduire que le « féminin » est sexuellement (physiquement) lié à la pénétration qu’il provoque en son lieu « génital » de fait dans « l’acte » (hétéro)sexuel ? L’une ou cette dernière, la pénétration, ne va pas sans l’autre qui la précède, le « lieu » (plus interne physiquement) du sexe féminin : son attraction potentielle pour « l’objet » (le pénis, plus externe physiquement) auquel elle confère un sens en fonction du « lieu » en question et son plus ou moins « non-dit » énigmatique refoulant la « chose ».

En tous les cas, l’élément « féminin » est provocateur du refoulement proprement dit ou après coup qui sert à s’en défendre et n’est pas spécifiquement « féminin » : est-ce à dire qu’il constituerait le « complexe d’Œdipe » type du genre « masculin » dont la théorie va s’ordonner « après coup » autour du complexe de castration ? Le complexe de castration servira alors au « garçon » ou à « l’homme » pour se défendre d’une pénétration « pédérastique » incestueuse du « père » ou de l’autre « homme » adulte  sur un mode « féminin » – par ailleurs souhaité et refoulé « après coup » : au niveau du refoulement secondaire (ou après coup) cherchant à endiguer la pulsion sexuelle infantile, sans y réussir jamais parfaitement (cf. Freud, L’analyse finie et l’analyse infinie, 1937).

L’idée de « bisexualité »

Dans le manuscrit M des Lettres à Fliess, en 1897, tandis qu’a lieu l’auto-analyse de Freud dans la Traumdeutung et dans la relation transférentielle intense avec l’ami Fliess – le père de Freud vient de mourir et L’interprétation du rêve est peut-être et essentiellement un « travail de deuil » infini de « l’enfant [masculin] dans le rêve » –, le « Weibliche », le « féminin », est presque devenu déjà une sorte de moment freudien anhypothétique. C’est un moment de plus en plus « reculé » et en passe de succomber au refoulement « organique » [dont la notion arrive plus tard dans la théorie] : Freud, encore en discussion, dans les termes de sa relation à Wilhelm Fliess, de l’idée de « bisexualité », qu’il reprendra de son ami en élaborant sa propre théorie de la libido, va considérer que la femme devra passer d’une sexualité clitoridienne du genre « petit garçon » à une sexualité vaginale moins évidente et considérée comme plus « féminine ».

1964 : le point postfreudien de Laplanche et Pontalis sur le(s) « fantasme(s) originaire(s) »

En 1964, J. Laplanche et J.-B. Pontalis faisaient le point dans Fantasme originaire Fantasmes des origines Origines du fantasme. Ce texte reste particulièrement éclairant sur la naissance théorique du complexe d’Œdipe. L’abandon par Freud de ses neurotica est à mettre en corrélation, soulignent les auteurs, avec « trois thèmes » qui « deviennent prévalents, dans la correspondance avec Fliess : la sexualité infantile, le fantasme, l’Œdipe. Mais tout le problème est dans leur articulation. »

Avec les Trois essais sur la théorie de la sexualité, relèvent-ils, le « déblayage du traumatisme réel et de la scène de séduction » a fait place surtout « à la description d’une sexualité infantile spontanée à développement essentiellement endogène »[20].

Et après avoir rappelé « l’existence en marge des synthèses théoriques » ensuite « dans l’œuvre de Freud, pendant une vingtaine d’années », du « complexe d’Œdipe, malgré son importance d’emblée reconnue », Laplanche et Pontalis nous font part du résultat de leur réflexion émise de concert sur ce « cantonnement » de l’Œdipe dans des chapitres « à part » de l’œuvre freudienne  : « […] à notre sens la découverte de l’Œdipe en 1897 n’est ni la cause de l’abandon de la théorie de la séduction ni ce à quoi il a été fait place nette. Il est bien plutôt ce qui, déjà atteint de façon « sauvage » dans la théorie de la séduction, a failli être perdu avec elle au profit d’un réalisme biologique »[21].

Le « Post-scriptum (1985) » à la réédition de ce texte, qui fait « date » en 1964, y insiste expressément : il s’agit d’une prise de position de ses auteurs par rapport au « retour à Freud », dans laquelle ils indiquent leur « refus de prendre un billet d’aller sans retour vers Lacan ».

Quand la thÉorie de la sÉduction sera « gÉnÉralisÉe »

La théorie de la séduction et la théorie de l’Œdipe qui en reviendrait de manière « sauvage » après coup ne se supporteraient guère ensemble au même moment du refoulement. C’est encore plus vrai lorsque la théorie de la séduction retrouvée sera « généralisée » dans la « vie d’âme » (la « réalité psychique ») vers « l’originaire » (un « approfondissement de la réalité psychique ») par Jean Laplanche à partir de 1987. L’Œdipe est alors de plus en plus secondarisé, jusqu’à subir une quasi « éclipse »[22] après 2000 : l’Œdipe du « mytho-symbolique »  ou d’un « pseudo-inconscient » (J. Laplanche, 2007) est désormais resitué hors du noyau de « l’inconscient » dans l’acception du « refoulé ».

Je reprends le fil d’une discussion commencée avec Jean Laplanche sur la question de l’Œdipe, et je préciserais à présent : du point de vue topique. Je pense à part moi que toute « nouvelle » topique sera œdipienne, ou bien elle ne sera pas.

Une théorie  du refoulement originaire

Depuis le colloque de Bonneval (J. Laplanche et Serge Leclaire, 1960), la théorie de la séduction généralisée, déjà en germe dans cette période « para-lacanienne » de Jean Laplanche incluant le premier livre de son auteur sur Hölderlin et la question du père (J. Laplanche, 1961), s’annonce, plus du point de vue dynamique du « conflit psychique », comme une théorie du refoulement originaire. Mais cette théorie bute sur l’Œdipe du « retour à Freud » de son héritage lacanien dans l’histoire de la psychanalyse devenue « française », au niveau du refoulement secondaire ou après coup. De sorte que, selon moi, elle resterait « inachevée » en tant que théorie « générale » du refoulement du point de vue topique.

 Ce qui manque à mes yeux dans la théorie de Laplanche [interprétant] avec Freud, c’est une articulation plus probante du refoulement secondaire ou après coup au refoulement originaire, à laquelle donne lieu le schéma ou « schème » (au sens kantien) de l’Œdipe : arrêté ou « suspendu » au « complexe de castration », pièce maîtresse dans la formation de l’Idéal-du-moi. Même si Laplanche, jusqu’où parvient son avance  dans la recherche fondamentale en matière de théorie, est en mesure d’esquisser le rapport du « refoulant » au « refoulé » qui en revient « créé ». Il y a là toute la problématique du « temps » à l’œuvre dans « l’inconscient » où émerge le concept de « la Nachträglichkeit dans l’après-coup » lorsque la philosophie ou « pensée du temps » chez un Jean Laplanche, « hégélien de formation, bien que… »[23],  n’a pas fini d’entrer en interaction avec la psychanalyse. Une psychanalyse trop prompte à définir l’inconscient comme « a-temporel », alors que c’est plutôt au niveau du processus « indirect » du narcissisme et du rêve – qui est un processus narcissique « ouvert » (à l’autre) – que le temps serait comme « suspendu », apparemment arrêté pour former le « moi » objet d’amour de « l’autre » du « message » adressé à ego. Pour ma part, je retraduirais la Nachträglichkeit littéralement par un néologisme : la « postférabilité » de quelque chose ou d’un événement à l’adresse de « quelqu’Un »[24] qui rend du coup le « transfert » (Übertragung) transcendantal[25]. Et ce « quelqu’Un » serait plutôt le « père du temps » dans la traduction de Hölderlin pour « la fille » d’Œdipe dans l’Idéal-du-moi, Antigone que le poète en sa poétique de « l’exposition du mythe » analyse comme une « course ». La « tragédie » (Trauerspiel : « jeu du deuil ») était consacrée à célébrer (chanter) au moment des Jeux le deuil des héros morts « jeunes » au combat. Avec Hölderlin, nous avons à faire avec une conception du « mythe » dont la dimension, « solaire » à son origine – astronomique[26] – en Grèce, s’avère « titanesque ». Le « mythe » d’Œdipe que, depuis l’entrée de Hölderlin en psychanalyse chez Jean Laplanche, j’essaie de « généraliser » avec la T.S.G. (théorie de la séduction généralisée) du psychanalyste, inspiré par « un très grand écrivain »[27] qui le précède[28], fait éclater les limites du « moi » d’après l’introduction du narcissisme en psychanalyse par Freud comme concept de « clôture » du moi de la seconde topique.

« Im Anfang war die Tat » : l’acte et / ou le fait ?

Essayons encore de revenir à ce qui s’est passé entre les deux théories freudiennes, celle abandonnée des neurotica, et celle du passage à l’Œdipe avec la découverte du « fantasme », tandis que Freud se replie sur le reste de sa découverte, L’interprétation du rêve. Puisque nous savons que pour Freud, Œdipe roi, le « mythe » tragique exposé par le poète antique, est un « rêve diurne » typique.

À partir du renoncement aux neurotica, la psychanalyse proprement dite, science de l’inconscient, est assurément née de la découverte, avec les hystériques, du « fantasme » (die Phantasie) dans la réalité psychique.

La théorie de la séduction n’étant pas vérifiable au « niveau de preuve » de la réalité « factuelle » de « l’acte » incestueux commis par le « père » séducteur, la théorie freudienne  se déplace maintenant au niveau de preuve du « fait » dans la « réalité psychique » (réalité « effective » : Wirklichkeit dans la « vie d’âme ») sur le modèle du « rêve ». Il y a une certaine propension dans la théorie « scientifique » de Freud, si ce n’est à confondre « l’acte (die Tat) » et le « fait (die Tatsache) », du moins à traiter certain « fait » comme « l’acte » par « régression » au niveau de la « perception » dans le rêve diurne « typique » d’Œdipe.

 Selon mon hypothèse, aurait lieu ici l’articulation « sauvage » de l’Œdipe freudien au type de « réalité » qui succède à la « seconde conscience » de l’hystérique dans la première théorie « abandonnée » du refoulement de « l’autre sexe » : le tour de « passe-passe » serait de l’ordre d’une « rationalisation » ou « élaboration secondaire » dans la théorie qui réalise un souhait comme le rêve – dont Freud serait loin d’être entièrement conscient lui-même. La théorie se refoule elle-même, « s’auto-théorise » en quelque sorte ; elle « produira », grâce à « l’imagination transcendantale » (Kant) après coup (nachträglich) le « schème » ou « fantasme » [incestueux] œdipien « type », celui qui servira au niveau défensif du « refoulement secondaire ou après coup » pour tenter d’endiguer la pulsion au niveau du refoulement originaire. Une théorie succède à l’autre. L’Œdipe, dans le genre dorénavant  masculin, (re)naîtrait indirectement comme le phénix des cendres d’une théorie de la séduction de la fille par le père qui ne devra pas « avoir lieu » (dans la topique).

 Que s’est-il donc passé dans « le rêve de l’homme » entre les deux théories ? Le « fait » hystérique était « postférable » (nachträglich) à l’adresse de son transfert sur l’autre et par « destin(s) de la pulsion ». Le « fait » hystérique étant un proton pseudos, une « première [chose] fallacieuse », il va se reporter sur la « chose de fait » (Tatsache), l’objet partiel ayant valeur d’indice du « pénis » au niveau de la « perception », soit du « signe pris pour vrai » (Wahrnehmungszeichen) selon le processus « régressif » du « travail de rêve ».

Le « primat du phallus » deviendra le nouveau  proton pseudos « homologué » ou « pris pour le vrai » du fait de la visibilité de l’organe sexuel externe masculin. Et la jonction sera dès lors établie avec la « sexualité infantile » de la phase phallique dans le complexe d’Œdipe sur le modèle du « garçon » : un sexe « idéalisé » par le mythe donnera le « genre » dominant avec lequel il se confond en abusant de son « pouvoir » de « représentation ».

L’Œdipe du garçon est « complexe » dans la mesure où le fantasme incestueux « direct », hétérosexuel, du « fils » avec la mère « doit » aussi et d’abord recouvrir le fantasme incestueux « indirect », homosexuel « par nature » avec le père dans l’Œdipe « négatif » ou « inversé » de l’enfant de sexe masculin : tel est le revers de la médaille (le « primat du phallus ») de ce presque Witz « tendancieux » de Freud, « Le destin, c’est l’anatomie »[29]. Le complexe paternel de filiation du garçon consiste à se fabriquer un [mythe du] père auquel le « fils » puisse ressembler « sexuellement » : le détour de « l’identification sexuelle » aura lieu dans le narcissisme, par l’idéalisation du même « sexe » à avoir (à conquérir) que celui de l’homme, le père. C’est donc toute la question qui se posera, avec l’introduction du narcissisme, de l’Idéal-du-moi dans le genre impossible « en partie » du garçon, qui doit à la fois « être » comme son père, parce qu’il a le même genre de sexe que lui, et « ne pas être » comme avec « l’autre père » dans le temps de la « fille » que fut sa mère, une « femme ». L’homme « culturel » ne doit surtout pas « (re)devenir » ou « être » une femme comme sa mère, mais « avoir » une femme « objet » comme son père a le phallus : l’homosexualité masculine est refoulée dans, avec et par l’Idéal-du-moi au niveau du refoulement secondaire de « l’identification narcissique » avec le père. L’échec relatif du refoulement secondaire pour endiguer la pulsion sexuelle au « moment » de la Disparition du complexe d’Œdipe[30]  dans le cas « catastrophique » du « garçon » pourrait être à la source du « retour » d’un refoulé « originaire » qui échoue dans le « narcissisme secondaire », selon l’étiologie des « névroses narcissiques » (lorsque Freud ne les appelle pas encore « psychoses »). L’identification narcissique refoule une identification hystérique moins [« re »]connue avec « la fille » du complexe paternel hétérosexuel, au moment de l’Œdipe négatif ou inversé du garçon. L’ « autre père » (hétérosexuel) de la fille est celui du « message »[31] adressé à l’enfant par la mère.

Le « primat du phallus » d’une théorie moniste et d’apparence « naturaliste »[32] de la libido relaie de fait « l’acte » du « meurtre du père » rétro-projeté, ou zurückphantasiert, « phantasié en arrière », dans le récit « préhistorique » de Totem et tabou (1912), soit le « mythe scientifique » de Freud, qui sert de « matrice » au « complexe de castration ». Le vers fameux de Faust de Goethe, Im Anfang war die Tat, « Au commencement était l’acte »[33],  est rappelé par Freud en point d’orgue final de Totem et tabou pour signifier l’acte « primitif » du « meurtre du père », différé dans la pensée du névrosé.

Théorie générale du refoulement

            Le refoulement originaire de l’autre sexe, le féminin, est donc inversement proportionnel à la progression du refoulement secondaire d’où revient l’Œdipe après coup dans le genre du garçon. Ainsi que dans « le fleuve »[34] hölderlinien, pour « avancer », il marche « comme à reculons » vers l’originaire de l’adresse donnée par « le père du temps » (de l’autre).

 

 

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Un exemplaire de l’ouvrage a été déposé également aux Archives de Hölderlin à Stuttgart (Allemagne) avec d’autres travaux de l’auteur touchant à Hölderlin depuis 1965 : 23 titres / résultats indiqués au 07.02.2013  dans la base de données de la Bibliographie Internationale de Hölderlin (IHB online), Württembergische Landesbibliothek Hölderlin-Archiv.

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                      , 2007-2012 ; Sous le pseudonyme de « BRUINEK », travaux : novembre 2007- mai 2012, en tant qu’auteur « principale » de  « Jean Laplanche, un article de l’Encyclopédie libre Wikipédia » au portail francophone de cette Encyclopédie en ligne. Version « Bruinek » censurée comme contrevenant aux « principes » encyclopédiques de Wikipédia après l’annonce par la presse de la mort de Jean Laplanche, le 6 mai 2012 : à présent archivée dans « l’historique » de l’article en ce qui concerne la plupart des travaux effectués depuis fin 2007.  « Bruinek » s’est retirée  de l’article en tant que son auteur principale durant ces cinq dernières années, après avoir effacé la plus grande partie de ses contributions (pour leur relative sauvegarde dans l’historique de l’article ; dernier enregistrement de la version « Bruinek » : 18 mai 2012  à 7H43). Sur « le problème avec Wikipédia », consulter « l’historique » et la page de « discussion » de l’article en ligne pour plus de détails concernant ce qu’il reste de l’ancienne version « Bruinek », aujourd’hui assez détournée de son but initial informatif dans l’ordre de la recherche proprement psychanalytique.

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Notes:



[1] LAPLANCHE, J., 2007, « Le genre, le sexe, le sexual » (2003), dans Sexual. La sexualité élargie au sens freudien 2000-2006, Paris, Quadrige/PUF, p. 165. Jean Laplanche « interprète [avec] FREUD », S., 1933, XXIIIe Leçon, « La féminité », Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse, OCF.P, XIX, Paris, PUF, 1995, p. 199 : « […] il répond à la spécificité de la psychanalyse de ne pas prétendre décrire ce qu’est la femme – tâche dont elle ne pourrait guère s’acquitter –, mais d’examiner comment elle le devient […] ».

[2] FREUD, S., 1900, L’interprétation du rêve, OCF.P IV, Paris, Quadrige/PUF, 2010, p. 305. Traduction de *Gemütsleben modifiée [Les OCF.P. traduisent : « la vie affective » comme les autres traductions françaises de la Traumdeutung]. « Das Gemüt » signifie : « l’âme, le cœur, les sentiments ».  La traduction que je propose relève, de mon côté, d’une étude  en cours que j’intitulerais à ce jour « Œdipe en Allemagne » au moment de la première acmé de la littérature allemande, soit au « temps de Goethe » et après coup du « tournant » dans la pensée occidentale que signifie la philosophie de Kant.

[3] LAPLANCHE, J., 1989-1990 / 2005-2006, « La Nachträglichkeit dans l’après-coup », Problématiques VI L’après-coup, Paris, Quadrige/PUF, 2006.

[4] Selon la traduction française en 1953 de Lacan qui « repère » ce futur « concept » de la Nachträglichkeit freudienne, traduction jugée « faible » par le même Lacan en note. Avec « l’après-coup », Lacan traduit plutôt la « deferred action » de l’anglais.

[5] Chez Aristote, la « poésie » signifie la « mimèsis d’une histoire ou muthos ». Selon la mimèsis, le poète (antique) « représente des actions » (Aristote, Poétique, chapitre 9, 1451 b 27). La « fable » est  le système des « faits ». Cf. ARISTOTE, Poétique, Tr. de J. Hardy, Préface de P. Beck, « Les Belles Lettres », 1990,  Paris, Tel / Gallimard, 1996. Je cite aussi Philippe Beck dans la préface, pp. 35-37 et p. 44, passim.

[6] Je m’appuie, sans pouvoir la développer dans le cadre éditorial limité de cet article, sur la théorie du « destin » de Hölderlin qui étudie le « retournement catégorique » de notre « temps » (occidental) : avec le « départ » des dieux antiques, le « destin » occidental de l’humanité a changé de « sens » ; il se retrouve moins « directement » exposé au « feu du ciel ». Plus dans le goût d’Œdipe à Colone que dans celui d’Œdipe roi, selon l’analyse de Hölderlin qui s’inspire de la conception de l’histoire de Herder (à l’époque du Sturm und Drang) tout en la dépassant largement par sa propre écriture et poétique du « mythe ». Mais je découvre, au cours de mes travaux de recherche sur ce qui est devenu à mes yeux « Hölderlin et la question de l’Œdipe », travaux par lesquels je croise la pensée et l’œuvre de Jean Laplanche commencée dans la période « para-lacanienne » de celui-ci (J. Laplanche, Hölderlin et la question du père, 1959-1961), qu’une « question du féminin » relève de celle de l’Idéal-du-moi telle que l’expose la première pièce de Sophocle sur le topos œdipien, Antigone. Toujours en me fondant sur la traduction et l’analyse par Hölderlin de la « première » pièce parmi les trois de Sophocle sur le thème œdipien. Freud, après Goethe (pour Faust), ne s’intéresse qu’à Œdipe roi.

[7] En abrégé, sur la naissance d’un « mythe du héros », l’homme : Le mythe du héros antique, « masculin » par définition de son « origine » acquise après coup, se relie au mythe grec dans son ensemble. Au départ, dans le mythe ouranien des origines, il remonte à la castration d’Ouranos avec la faucille de Gaïa par le plus « jeune » des Titans, Cronos confondu au niveau de la langue avec Chronos, le « temps » : son origine tient à l’idée de paternité qu’apporte celle de « castration » des parties génitales du sexe qui en résulte après coup (de la faucille de Gaïa ») identifié sexuellement au « masculin ». Par le monstre, la Sphinx, le mythe d’Œdipe «sur « l’homme » revient de très loin sur ses « origines » énigmatiques acquises avec « le temps ». C’est pourquoi Hölderlin, helléniste et traducteur du « mythe tragique » exposé par Sophocle retraduira l’adresse d’Antigone à son « Zeus » [de la traduction convenue habituelle] en amont au « père du temps » : d’où, chez le poète et philosophe, une « traduction » du « destin » de l’humanité après le tournant catégorique dans le temps opéré avec la philosophie de Kant par la Critique de la raison pure où se trouve posée la question métaphysique de l’Occident chrétien.

[8] Je suis l’analyse de Jean Laplanche (Problématiques I L’angoisse, 1981), selon laquelle il s’agit d’une « seconde théorie » défensive de l’angoisse chez Freud par rapport à la première plus pulsionnelle.

[9] Freud, S. (1914), Pour introduire le narcissisme, OCF.P,  XII, p. 235.

[10] FREUD, S., 1923, Le moi et le ça, OCF.P , XVI, Paris, PUF, 1991, 298.

[11] Sur mon emploi du mot « subliminaire », cf. BONNELLIER, R., 2012, « Traduction et psychanalyse : attention en libre/égal suspens ou la métaphore de l’Oiseau, sur le vautour du Léonard de Freud », Cliniques méditerranéennes, N° 85,  Érès, 153-168.

[12] Das Mädchen est du genre neutre par formation grammaticale de diminutif à partir du nom féminin die Magd, la « jeune fille » au statut ancillaire de « servante » d’une dame dans le monde féodal [avec sa projection chrétienne au « niveau de la langue » en superstructure du « Phallus idéal » sur Marie, la « Sainte Vierge » ou « Sainte Magd », servante et mère (porteuse) du Seigneur Dieu, son Fils Jésus-Christ]. Une étude socio-historique des genres en Occident, exemplaire en Allemagne depuis le Moyen âge « chrétien », reste à faire. Le statut médiéval de la « fille » du « genre » Mädchen n’a guère évolué comparativement au bond fantastique que fait celui du  Knabe (« garçon ») ou « valet » d’un seigneur [Le jeu de cartes en a gardé la trace]. Ce dernier connaît une évolution considérable par l’ascension progressive « économique » de la classe bourgeoise jusqu’à la conquête des Droits de l’Homme et du « citoyen » (Bürger : « bourgeois » en allemand). Jusqu’à, également, dans l’idéalisme allemand, la philosophie identitaire d’un « sujet » – à prétention universelle dans l’histoire – que (re)traduit le système « total » de Hegel. Un Hegel dont Freud détestait la « théologie », mais que Lacan ré-introjecte dans sa théorie de « l’inconscient structuré comme un langage » pour « dynamiser » une dialectique de la temporalisation du « sujet » normo-névrosé « œdipien » réorganisé autour du Phallus « signifiant » la « Castration » au « Nom-du-père ». Le dénivelé historique dans le développement entre les genres dans la culture occidentale serait l’une des raisons majeures pour laquelle « la femme n’existe pas » dans le Symbolique de Lacan, au moment « français » du « structuralisme » appliqué au croisement de la psychanalyse avec les sciences sociales.

[13] LAPLANCHE, J., 2007, « Le genre, le sexe, le sexual » (2003), dans Sexual, op. cit., p. 173.

[14] Cf. LAPLANCHE, J., 2007, ibidem, p. 174 : « Incertitudes : elles sont nombreuses […]. Comment se situe, par rapport  à cette double lignée [celle de l’assignation sociale, à côté de la lignée de l’attachement], le problème de la féminité et celui de la « bisexualité » ? Quel est le rapport de ce que j’ai suggéré sur « l’identification par » avec la notion d’idéal du moi ? ».

[15] FREUD, S., 1933, XXXIIIe Leçon, « La féminité », Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse, OCF.P, XIX, Paris, PUF, 1995, 204.

[16] Le substantif du genre neutre (c’est étymologiquement un « collectif »), das Geschlecht, dont dispose Freud, signifie autant le « genre » au sens large (comprenant le « genre » humain, la « famille », la « race »…) que le « sexe ». Comme nombre de substantifs en allemand, il s’est formé à l’origine sur une base verbale. Philologiquement, en remontant à la nuit des temps – l’explication serait longue, le verbe concerné est schlagen, « battre », frapper », et du coup « sonner » l’heure, par exemple du destin qui assigne son « lot », et entre autres son « sexe » au nouveau né, lequel ou laquelle deviendra un homme « comme son père » ou  une femme « comme sa mère ». À ce « niveau de la langue » (naturelle) a priori (chez Kant), la « différence des sexes » est objectivement « égalitaire » : le « primat du phallus » n’intervient en aucune façon et n’est qu’un second  « proton pseudos » fondateur de l’Œdipe freudien « mytho-symbolique ». Sur cette question du « niveau de la langue », cf. BONNELLIER, R., 2012, « Surréel et romantisme dans la langue allemande », Topique, N° 119, p. 87-100.

[17] Le progrès de la biologie, avec la technique apportée des cellules souches et la PMA (Procréation médicale assistée) qui laisse se profiler à l’horizon le recours à « l’utérus artificiel » au lieu de celui encore obligé à une « mère porteuse », pourvu qu’elle soit bien sous tous rapports (physique, Q.I., etc., vérifiés sur l’Internet), risque de modifier la donne anthropologique d’une « filiation » eugénique de bons « Aryens » potentiels relookés comme il se doit et en tous genres de clones [ce sont les porteurs de chromosomes XY qui resteront seuls à décider génétiquement de la « différence des sexes »]. Risque aussi de demeurer toutefois : la « différence » des sexes, ou de « l’autre sexe », à la source du désir ! Et pour laquelle la question actuelle soulevée du « genre » recouvrirait, à la façon d’un « cache-sexe », celle d’un complexe sexuel humain de plus en plus « complexe » là où la question de l’Œdipe est à rouvrir en psychanalyse.

[18] En embryologie, l’être humain de base est féminin ; le sexe masculin est, comme on sait, un ajout.

[19] FREUD, S. Briefe an Wilhelm Flieβ 1887-1904, Ungekürzte Ausgabe, hrsg. Von Jeffrey Moussaieff Masson, Deutsche Fassung von M. Schröter,  Frankfurt am Main, S. Fischer Verlag, 1986, 262-263 /  Lettres à Wilhelm Flieβ 1897-1904, Édition complète, Traduit de l’allemand par F. Kahn et F. Robert, Paris, PUF, 2006, 312-313. 

[20] Cependant, le travail éditorial des OCF.P sur les nombreux ajouts ultérieurs de Freud aux Trois essais « subversifs » de 1905 obligerait aujourd’hui à nuancer ce propos où s’embranche la critique par Jean Laplanche du « fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud » (1993).

[21] LAPLANCHE, J. – PONTALIS, J.-B., 1964, Fantasme originaire. Fantasmes des origines. Origines du fantasme, Paris, Hachette (Collection « Textes du XXe siècle »), 1985, pp. 32-33.

[22] Cf. BONNELLIER, R., 2009, « Œdipe : l’éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche », Cliniques méditerranéennes 80, 233-247. Cet article se penche entre autres sur l’héritage problématique concernant l’Œdipe du « retour à Freud » français de Lacan dans la pensée et l’œuvre de Jean Laplanche, « critique », ai-je dit, de Lacan « avec Lacan ».

[23] Cette formulation un peu sibylline, entendue en discussion avec le public après conférence, est de Jean Laplanche lui-même.

[24] Je m’appuie sur le « Quelqu’Un » de « l’adresse » (Geschicklichkeit) poétique de Hölderlin, qui ne serait pas sans renvoyer au « père du temps » du retour hölderlinien aux philosophes présocratiques, à Héraclite : ce « quelqu’Un » n’est pas à prendre hâtivement pour son « précipité » [obtenu par l’imagination transcendantale] d’un « trait unique » à la seule enseigne du « Phallus » lacanien dans l’identification hystérique à l’œuvre dans le processus narcissique identificatoire du mythe second(aire) de son héros, l’homme.

[25] J’ai aussi commencé de mettre à l’essai ce néologisme « traductif » de la Nachträglichkeit dans un article récent déjà cité plus haut : cf. BONNELLIER, R., 2012, « Surréel et romantisme dans la langue allemande », Topique, N° 119 : sur la base du verbe latin ferre pour « porter » (tragen en allemand), je traduis littéralement la Nachträglichkeit par la « posférabilité » (de quelque chose ou d’un événement), en laissant entendre le croisement avec le « transfert » (Übertragung) dont « la transcendance » est du coup rendu possible dans le temps « après » de l’adresse donnée « avant » par l’autre, à partir de ce que Jean Laplanche appelait la « situation de séduction originaire ».

[26] Hölderlin s’intéresse à la physique, à Kepler. Son roman solaire Hypérion ou l’ermite en Grèce, à deux foyers dont le principal, le soleil – féminin en allemand – est « Diotima », est construit savamment et « poétiquement », selon une structure « réflexive », sur le modèle d’une orbite de Kepler : c’est déjà un complexe d’Œdipe « généralisé » à partir de l’autre [« sexe »] originaire.

[27] Lors de son séminaire du D.E.A. de psychanalyse à l’université Paris VII codirigé avec Jacques André en 1993 et dans lequel j’étais inscrite, à l’occasion d’un exposé d’une doctorante (M. Cardoso Rezende) qui travaillait sur le Surmoi et appliquait la théorie de la séduction généralisée de son directeur de thèse au « cas » de Louis Althusser par rapport au livre de ce dernier L’avenir dure longtemps, suivi de Les Faits (1992), j’entendis Jean Laplanche déclarer : « Althusser est un grand écrivain ; Hölderlin est un très grand écrivain ». Je rapporte le fait avec quelques autres « détails » dans ma propre thèse dirigée au final par Vladimir Marinov et soutenue à Paris XIII après un parcours assez « compliqué » : cf. BONNELLIER, R., 2007,  « De Hölderlin et la question du père à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche : Avancée paradoxale de la traduction d’Œdipe en psychanalyse », p. 41, note 2.

[28] Cf. BONNELLIER, R., 2007, ibidem, p 41, note 3 : « A la fin de l’unique entretien personnel de vive voix qu’il m’a été donné de solliciter et d’obtenir […] avec Jean Laplanche – il eut lieu au domicile parisien du psychanalyste, rue de Varenne, au début de l’été 1993,  à la suite de mon année de D.E.A. à Paris VII –, l’homme Jean Laplanche – c’est une grande personne et je suis plutôt petite –, déjà debout pour me raccompagner jusqu’au seuil, me confia tout joyeux à propos de Hölderlin cette parole alors sibylline pour moi, mais déjà historique, et avec laquelle je partais :  » Il est le premier « . R.B. ».

[29] Freud paraphrase la phrase de Napoléon Die Politik ist das Schicksal dans « Du rabaissement généralisé de la vie amoureuse » in : OCF.P. XI, p. 140, et dans « La disparition du complexe d’Œdipe » in : OCF. P. XVII, p. 31, n. a. L’entretien de Goethe avec Napoléon à Erfurt le 2 octobre 1808 est rapporté par l’écrivain in : Goethe, Paralipomena zu den Annalen, Jubiläums-Ausgabe, t. XXX, p. 414 (note des OCF.P XVII, p. 31).

[30] Concernant l’expression en allemand rapportant un « mythe solaire » des origines sous la plume freudienne dans  l’Untergang des Ödipuskomplexes, cf. BONNELLIER, R., 2012, « Surréel et romantisme dans la langue allemande », Topique, N° 119, art. cit.

[31] Je greffe au moment de la formation de l’Idéal-du-moi la catégorie du « message » compromis avec l’inconscient de l’autre (adulte) de la T.S.G. de Jean Laplanche. Là où Freud tend à faire l’économie chez le garçon de « la question de la mère » en lui substituant, « les yeux fermés », l’« identification primaire au père de la préhistoire personnelle » : il s’agirait « culturellement » d’épargner au garçon un  « changement d’objet » hystérique plus originaire dans son « complexe » où un père de la fille (pour la mère) précèderait le père du garçon, « modèle » de l’enfant « mythique » de la psychanalyse.

[32] Dans l’article de 2009 déjà nommé [BONNELLIER, R., « Œdipe : l’éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche », Cliniques méditerranéennes 80-2009] – dont celui-ci est la suite longuement retravaillée depuis plus de deux ans, je fais erreur en considérant comme un « lapsus » le non renvoi par Jean Laplanche de la citation de Goethe par Freud à Faust [un vers célèbre dont Freud n’estime pas nécessaire non plus de rappeler l’auteur]. Erreur que Laplanche n’a pas manqué de relever encore de son vivant : « je ne considère pas comme un lapsus de n’avoir pas renvoyé la citation de Freud à Goethe et de là à la germanité » [Correspondance personnelle de Roseline Bonnellier avec Jean Laplanche, 2010, courriel de J. Laplanche, daté mar. 02/02/10 12:15]. Sous l’anecdote, l’erreur était « grosse » de conséquences pour mon travail de recherche ultérieur. Elle m’a fait reconnaître après coup la nécessité d’ouvrir un champ d’investigation, que je commence d’appeler « Œdipe en Allemagne », du côté d’un retour à Freud plus « allemand » que « français » (sous Lacan). Je forme en effet l’hypothèse qu’il tient à la facture du « mythe » scientifique de Freud de faire reposer l’argument « naturaliste » au niveau de preuve de la perception du « pénis » du « fait » de sa visibilité chez Homo erectus interprétation à laquelle  Jean Laplanche se rallie « positivement ». Or, chez Freud [et non pas chez le Laplanche d’après le « retour à Freud » français], cette facture du « mythe scientifique » est de la même veine « naturaliste » que celle de Goethe au « niveau de langue » de la théorie. Et non pas de celle « après coup » ou « en différé » (deferred action) du « mythe » structuraliste « langagier » au niveau de la « linguistique » qui fait se ranger Lacan auprès de Lévi-Strauss, par croisement de la psychanalyse devenue « française » avec les « sciences sociales ». Ce qui, en dernière analyse, pourrait bien représenter un autre genre de « fourvoiement », cette fois « culturaliste », pour le « destin » de la psychanalyse en tant que « science ». À suivre…

[33] GOETHE, Faust I, « Cabinet d’étude », v. 1237 : pour Goethe, l’« acte » est « poétique », fondateur du premier  « classicisme » de la littérature allemande, plus tardif en Europe par rapport à « l’époque classique » en France au siècle précédent.

[34] HÖLDERLIN, L’Ister [ancien nom du Danube]. Jean Laplanche prend modèle sur le fleuve hölderlinien pour décrire « l’objet-source de la pulsion ».

 

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