Sandor Ferenczi : « Le développement du sens de la réalité et ses stades » (1913)

In Œuvres Complètes, tome II, 1913-1919, Payot, 1970, pp. 51-65.

Freud a montré que le développement des formes de l’activité psychique propre à l’individu consiste dans le remplacement du principe de plaisir prévalent à l’origine et du mécanisme de refoulement qui lui est spécifique par l’adaptation à la réalité, c’est-à-dire l’épreuve de réalité fondée sur un jugement objectif. Du stade psychique « primaire » tel qu’il se manifeste dans les activités psychiques des êtres primitifs (animaux, sauvages, enfants) et dans les états psychiques primaires (rêve, névrose, fantasme) va donc surgir le stade secondaire, celui de l’homme normal à l’état de veille.

Au début de son développement, l’enfant nouveau-né tente d’atteindre l’état de satisfaction par la seule violence du désir (représentation), négligeant (refoulant) simplement la réalité insatisfaisante pour se donner comme présente la satisfaction désirée mais absente ; il prétend donc couvrir tous ses besoins sans effort par des hallucinations positives et négatives. « C’est seulement le défaut persistant de la satisfaction attendue, la déception, qui a entrainé l’abandon de cette tentative de satisfaction sur le mode hallucinatoire. A sa place, l’appareil psychique dut se résoudre à représenter l’état réel du monde extérieur et rechercher la modification réelle de celui-ci. Par là un nouveau principe de l’activité psychique était introduit : ce qui était représenté, ce n’était plus ce qui était agréable mais ce qui était réel, même si cela devait être désagréable » [1].

Dans l’importante étude où il expose ce fait fondamental de la psychogenèse, Freud se borne à distinguer nettement le stade-plaisir du stade-réalité. Il s’y préoccupe bien des états intermédiaires où coexistent les deux principes du fonctionnement psychique (fantasme, art, vie sexuelle), mais il laisse sans réponse la question de savoir si c’est progressivement ou par étapes que la forme secondaire de l’activité psychique se développe à partir de la forme primaire, et d’autre part s’il est possible de distinguer de telles étapes ou d’en déceler les dérivés dans la vie psychique normale ou pathologique.

Dans un article antérieur où il nous livre des vues profondes sur la vie psychique des névrosés obsessionnels[2], Freud attire cependant notre attention sur un fait que nous pourrions prendre comme point de départ pour tenter de combler le gouffre qui existe entre les deux stades du développement psychique, le stade-plaisir et le stade-réalité.

Les obsessionnels qui se soumettent à une analyse, lit-on dans cet article, reconnaissent ne pouvoir se défaire de leur croyance en la toute-puissance de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs vœux bons ou mauvais. Si éclairés qu’ils soient, si fort que s’y opposent leur instruction et leur raison, ils ont le sentiment que leurs vœux, de façon inexplicable, se réalisent. Tout analyste peut aisément se convaincre de cet état de choses. L’obsessionnel, constatera-t-il, a l’impression que le bonheur et le malheur des autres, voire leur vie et leur mort, dépendent de certaines de ses actions et processus de pensée, inoffensifs en eux-mêmes. Il est tenu d’évoquer certaines formules magiques ou d’accomplir une action déterminée : sinon un grand malheur arrivera à telle ou telle personne (le plus souvent un proche parent). Cette conviction intuitive superstitieuse n’est même pas ébranlée par des expériences répétées qui la démentent[3].

Écartons pour l’instant le fait que l’analyse va découvrir dans ces pensées et ces actes obsessionnels des substituts de motions de désir parfaitement logiques mais refoulées parce qu’intolérables[4], et portons notre attention uniquement sur la forme spécifique sous laquelle se présentent ces symptômes obsessionnels : nous devons admettre qu’ils constituent déjà en eux-mêmes un problème.

L’expérience psychanalytique m’a amené à considérer ce symptôme, le sentiment de toute-puissance, comme une projection- -de notre perception d’avoir à obéir en esclaves a certaines pulsions irrépressibles. La névrose obsessionnelle est un retour de la vie psychique à une étape infantile du développement, caractérisée entre autres par le fait que l’activité d’inhibition, d’ajournement et d’élaboration de la pensée, ne s’est pas encore interposée entre le désir et l’action et que le désir est suivi spontanément et infailliblement du geste propre à le réaliser : un mouvement d’évitement de la source de déplaisir ou l’approche de la source de plaisir[5].

Par suite d’une inhibition du développement (fixation), une partie de la vie psychique de l’obsessionnel, plus ou moins dérobée à sa conscience, est donc restée – comme le montre l’analyse – a cette étape infantile, et il y a assimilation du désir et de l’action parce que cette partie refoulée de -la vie- psychique n’a pas pu apprendre, du fait même du refoulement, du retrait de l’attention, à distinguer les deux processus ; par contre, le Moi qui a évolué sans refoulement, instruit par l’éducation et l’expérience, ne peut que sourire d’une telle assimilation. D’où la discordance de l’obsessionnel: la coexistence inexplicable de la lucidité et de la superstition.

Cette explication du sentiment de toute-puissance comme phénomène auto-symbolique[6] ne m’ayant pas entièrement satisfait, je me suis demandé : Où l’enfant prend-il l’audace d’assimiler pensée et action ? D’où vient ce naturel avec lequel il tend la main vers n’importe quel objet, que ce soit la lampe suspendue au-dessus de lui ou la lune qui brille au loin, avec l’espoir certain de les atteindre et de s’en emparer par ce geste ?

Je me suis alors rappelé que l’obsessionnel, selon l’hypothèse de Freud, « avoue franchement une partie de son ancienne mégalomanie infantile » dans son fantasme de toute-puissance, et j’ai essayé de rechercher l’origine de cette illusion et d’en suivre le destin. J’espérais apprendre en même temps quelque chose de nouveau sur l’évolution du Moi du principe de plaisir au principe de réalité, car il me semblait probable que le remplacement, imposé par l’expérience, de la mégalomanie infantile par la reconnaissance du pouvoir des forces de la nature constituait l’essentiel du développement du Moi.

Freud qualifie de fiction une organisation qui serait l’esclave du principe de plaisir et négligerait la réalité du monde extérieur, et c’est pourtant, dit-il, pratiquement ce qui se réalise pour le nourrisson, pour peu que l’on tienne compte des soins maternels[7]. J’ajouterai qu’il y a un état du développement humain qui réalise cet idéal d’un être soumis au seul plaisir, et non seulement dans l’imagination et approximativement, mais dans la réalité et effectivement.

Je pense à la période de la vie passée dans le corps de la mère. A ce stade, l’être humain vit en parasite du corps maternel. Il existe à peine « un monde extérieur » pour l’être naissant ; tous ses besoins de protection, de chaleur et de nourriture, sont assurés par la mère. Il n’a même pas à faire l’effort de s’emparer des aliments et de l’oxygène qui lui sont nécessaires car des mécanismes appropriés se chargent de faire parvenir ces substances directement dans ses vaisseaux sanguins. En comparaison, un ver intestinal, par exemple, doit fournir beaucoup de travail, « modifier le monde extérieur » s’il veut subsister. La survie du fœtus, par contre, incombe entièrement à la mère. Donc, si l’être humain a une vie psychique, même inconsciente, dans le corps maternel, – et il serait absurde de croire que le psychisme ne se mette a fonctionner qu’au moment de la naissance -, il doit éprouver, du fait de son existence, l’impression d’être réellement tout-puissant. Car qu’est-ce que la toute-puissance ? L’impression d’avoir tout ce qu’on veut et de n’avoir plus rien à désirer. C’est ce que le fœtus pourrait prétendre en ce qui le concerne, car il a constamment tout ce qui lui est nécessaire pour la satisfaction de ses pulsions[8] ; il n’a donc rien à désirer, il est dépourvu de besoins.

La « mégalomanie de l’enfant» quant à sa propre toute-puissance n’est donc pas une pure illusion ; l’enfant et l’obsessionnel ne demandent rien d’impossible à la réalité en soutenant mordicus que leurs désirs doivent nécessairement s’accomplir ; ils ne font qu’exiger le retour d’un état qui a existé autrefois, le retour de ce « bon vieux temps » où ils étaient tout-puissants. (Période de la toute-puissance inconditionnelle.)

Du même droit qui nous permet de supposer le transfert sur l’individu des traces mnésiques de l’histoire de l’espèce, et même a plus forte raison, nous pouvons soutenir que les traces des processus psychiques intra-utérins ne restent pas sans influence sur la configuration du matériel psychique qui se manifeste après la naissance. Le comportement de l’enfant immédiatement après la naissance parle en faveur d’une telle continuité des processus psychiques[9].

Le nouveau-né ne s’adapte pas de façon identique, en ce qui concerne ses différents besoins, a cette nouvelle situation, qui est manifestement pour lui une source de déplaisir. Immédiatement après la « délivrance », il se met à respirer pour suppléer à l’absence d’approvisionnement en oxygène qui suit la ligature des artères ombilicales ; la possession d’un appareil respiratoire préformé dès la vie intra-utérine lui permet de remédier aussitôt activement à la privation d’oxygène. Cependant, lorsque nous observons les autres comportements du nouveau-né, nous avons l’impression qu’il n’est guère enchanté de la brutale perturbation intervenue dans la quiétude dépourvue de désirs dont il jouissait dans le sein maternel, et même qu’il désire de toutes ses forces se retrouver dans cette situation. Les personnes qui prennent soin de l’enfant comprennent instinctivement ce désir, et dès qu’il manifeste son déplaisir par des cris et de l’agitation, elles le mettent dans des conditions qui se rapprochent le plus possible de la situation intra-utérine Elles le placent près du corps tiède de la mère ou l’enveloppent de couvertures et d’édredons chauds et moelleux dans le but manifeste de lui donner, l’illusion de la chaude protection maternelle. Elles protègent ses yeux des stimuli lumineux, ses oreilles du bruit, afin de lui permettre de continuer à jouir de l’absence d’excitations propre à l’état fœtal, ou bien elles reproduisent les stimulations douces et monotones dont l’enfant n’est pas exempt même dans l’utérus (bercements quand la mère se déplace, bruits cardiaques maternels, bruits étouffés filtrant de l’extérieur jusque dans l’intérieur du corps), elles bercent l’enfant et lui chantonnent des berceuses au rythme monotone.

Si nous essayons de nous identifier au nouveau-né non seulement sur le plan affectif (comme le font les personnes qui en prennent soin) mais également sur le plan de la pensée, nous devons admettre que les cris de détresse et l’agitation de l’enfant constituent une réaction en apparence très mal adaptée à la perturbation désagréable qui est soudainement intervenue, du fait de la naissance, dans la situation de satisfaction dont il jouissait jusque-là. A partir des réflexions exposées par Freud dans la partie générale de son « Interprétation des rêves », nous pouvons supposer que la première conséquence de cette perturbation a été le réinvestissement hallucinatoire de l’état perdu de satisfaction : l’existence paisible dans la chaleur et la quiétude du corps maternel. Le premier désir de l’enfant ne peut donc être que de se retrouver dans cette situation. Et le plus curieux, c’est que cette hallucination de l’enfant – à condition que l’on s’occupe normalement de lui – se réalise effectivement. Donc du point de vue subjectif de l’enfant, la « toute-puissance » inconditionnelle dont il jouissait jusque-là ne s’est modifiée que dans la mesure où il lui faut investir ce qu’il désire sur le mode hallucinatoire (représenter) mais sans avoir rien d’autre à modifier dans le monde extérieur pour obtenir effectivement l’accomplissement de ses désirs. N’ayant certainement aucune notion de l’enchaînement réel des causes et des effets, ni de l’existence et de l’activité des personnes qui prennent soin de lui, l’enfant est amené à se sentir en possession d’une force magique capable de réaliser effectivement tous ses désirs par la seule représentation de leur satisfaction. (Période de la toute-puissance hallucinatoire magique.)

A l’effet produit par leur activité on voit que les personnes chargées de l’enfant ont bien deviné ses hallucinations. Dès que les mesures élémentaires ont été prises, l’enfant se calme et « s’endort». Le premier sommeil n’est donc que la reproduction réussie de la situation intra-utérine qui préserve autant que possible des excitations externes, avec probablement pour fonction biologique de concentrer la totalité de l’énergie sur les processus de croissance et de régénération sans être troublé par une tâche extérieure à effectuer. Des considérations qui ne peuvent être exposées dans ce contexte m’ont convaincu que même le sommeil ultérieur n’est qu’une régression périodique et répétée au stade de la toute-puissance hallucinatoire magique et par cet intermédiaire à la toute-puissance absolue de la situation intra-utérine. D’après Freud, il faut supposer à tout système vivant selon le principe de plaisir la possession de mécanismes qui lui permettent d’échapper aux stimuli de la réalité[10]. Il semble que le sommeil et le rêve sont les fonctions remplies par ces mécanismes, autrement dit les reliquats de la toute-puissance hallucinatoire du petit enfant qui subsistent dans la vie adulte. L’équivalent pathologique de cette régression serait l’accomplissement hallucinatoire des désirs dans les psychoses.

Comme le désir de satisfactions pulsionnelles surgit périodiquement sans que le monde extérieur ait connaissance du moment où la pulsion se manifeste, la représentation hallucinatoire de l’accomplissement de désir ne suffit bientôt plus à entraîner réellement l’accomplissement du désir. Cet accomplissement est lié à une nouvelle condition : l’enfant doit produire certains signaux, par conséquent effectuer un travail moteur, même inadéquat, afin que la situation se modifie dans le sens de ses désirs et que « l’identité de représentation » soit suivie de « l’identité de perception » satisfaisante[11].

Le stade hallucinatoire se caractérisait déjà par l’apparition de décharges motrices incoordonnées (cris, agitation) au moment où surgissaient des affects de déplaisir. L’enfant utilise maintenant celles-ci comme signaux magiques dont l’émission réalise promptement la perception de la satisfaction (naturellement grâce à une aide extérieure dont l’enfant n’a par ailleurs aucun soupçon). Ce que l’enfant ressent subjectivement au cours de ces processus ressemble probablement à ce qu’éprouve un véritable magicien qui  n’a qu’un certain geste à faire pour provoquer à son gré dans le monde extérieur les événements les plus complexes[12].

Remarquons que la toute-puissance de l’être humain est liée à des « conditions » de plus en plus nombreuses à mesure qu’augmente la complexité de ses désirs. Bientôt ces manifestations par décharge ne suffisent plus à provoquer l’état de satisfaction. Les désirs, qui prennent des formes de plus en plus spécifiques au fur et à mesure du développement, exigent des signaux spécialisés correspondants. Tels sont en premier lieu : l’imitation avec la bouche des mouvements de succion quand le nourrisson désire être nourri, et les manifestations caractéristiques, à l’aide de la voix et de contractions abdominales, lorsqu’il désire être changé. L’enfant apprend aussi progressivement à tendre la main vers les objets qu’il convoite. Il en sort un véritable langage gestuel : par une combinaison appropriée de gestes, il devient capable d’exprimer des besoins tout à fait spécifiques, qui le plus souvent seront effectivement satisfaits ; de sorte que l’enfant – pour peu qu’il respecte la condition consistant à exprimer le désir au moyen de gestes correspondants – peut continuer à se croire tout-puissant : c’est la période de la toute-puissance à l’aide de gestes magiques.

Cette période a également un équivalent en pathologie. Le saut étonnant du monde de la pensée dans celui des processus somatiques que Freud a découvert dans la conversion hystérique[13], s’éclaire si nous le concevons comme une régression au stade de la magie gestuelle. En effet, selon la psychanalyse, les crises hystériques – représentent à l’aide de gestes l’accomplissement de désirs refoulés. Dans la vie psychique de l’individu normal, les innombrables gestes superstitieux ou prétendus efficaces (gestes de malédiction, de bénédiction, mains jointes pour la prière, etc.) sont des résidus appartenant à la période du sens de réalité où nous nous sentions encore suffisamment puissants pour violer à l’aide de ces gestes anodins l’ordre normal de l’univers – dont à vrai dire nous ne soupçonnions pas l’existence. Magiciens, devins et magnétiseurs trouvent encore crédit en affirmant ce pouvoir absolu de leurs gestes, sans oublier le Napolitain qui se protège du mauvais œil par un geste symbolique.

Avec l’accroissement des besoins tant en quantité qu’en complexité vont se multiplier non seulement les « conditions » auxquelles l’individu devra se soumettre s’il veut voir ses besoins satisfaits, mais aussi les cas où ses désirs, de plus en plus hardis, ne s’accompliront pas, même en respectant scrupuleusement les conditions jadis efficaces. La main tendue revient souvent vide, l’objet convoité ne suit pas le geste magique. Et même, une puissance adverse invincible peut s’opposer par la force à ce geste et contraindre la main à reprendre sa position antérieure. Si jusqu’alors l’être « tout-puissant » pouvait se sentir un avec l’univers qui lui obéissait et suivait ses signes, une discordance douloureuse va peu à peu se produire au sein de son vécu. Il est oblige de distinguer de son Moi, comme constituant le monde extérieur, certaines choses malignes qui résistent à sa volonté, c’est-à-dire de séparer les contenus psychiques subjectifs (sentiments) des contenus objectivés (impressions sensibles). Autrefois j’ai appelé phase d’introjection du psychisme le premier de ces stades où toutes les expériences sont encore incluses dans le Moi, et phase de projection, ce qui lui fait suite[14]. Selon cette terminologie on pourrait appeler les stades de toute-puissance, phases d’introjection, et le stade de réalité, phase de projection du développement du Moi.

Cependant, même l’objectivation du monde extérieur ne rompt pas d’emblée tout lien entre le moi et le non-moi. Certes, l’enfant apprend bien à se contenter de ne disposer que d’une pâtie du monde, le « Moi », tandis que le reste, le monde extérieur, résiste souvent à ses désirs, mais il continue néanmoins à investir le monde extérieur de qualités qu’il a découvertes en lui-même, c’est-à-dire de qualités du Moi. Tout semble indiquer que l’enfant traverse une période animiste dans son appréhension de la réalité, période où toute chose se présente à lui comme animée et où il tente de retrouver en toute chose ses propres organes ou leur fonctionnement[15].

On a fait un jour à l’encontre de la psychanalyse cette remarque ironique que, suivant cette théorie, l’ « inconscient » verrait en tout objet convexe un pénis et en tout objet concave un vagin ou un anus. A mon avis, cette proposition définit fort bien les choses. Le psychisme de l’enfant (et la tendance de l’inconscient qui en subsiste chez l’adulte) porte – en ce qui concerne le corps propre un intérêt d’abord exclusif, plus tard prépondérant, à la satisfaction de ses pulsions, à la jouissance que lui procurent les fonctions d’excrétion et des activités telles que sucer, manger, toucher les zones érogènes. Rien d’étonnant à ce que son attention soit retenue en premier lieu par des choses et des processus du monde extérieur qui lui rappellent, en raison d’une ressemblance même lointaine, ses expériences les plus chères.

Ainsi s’établissent ces relations profondes, persistant toute la vie entre le corps humain et le monde des objets, que nous appelons relations symboliques. A ce stade l’enfant ne voit dans le monde que des reproductions de sa corporéité et, d’autre part, il apprend à figurer au moyen de son corps toute la diversité du monde extérieur. Cette aptitude à la figuration symbolique représente un perfectionnement important du langage gestuel ; elle permet à l’enfant de signaler non seulement les désirs concernant directement son corps mais d’exprimer des désirs qui se rapportent à la modification du monde extérieur, désormais reconnu comme tel. Si l’enfant est soigné avec amour, il n’est pas obligé, même à ce stade de son existence, d’abandonner son illusion de toute-puissance. Il lui suffit encore de figurer symboliquement un objet pour que la chose (considérée comme animée) « vienne » effectivement à lui  dans un grand nombre de cas ; c’est sans doute l’impression qu’éprouve l’enfant à cette phase de pensée animiste lorsque ses désirs sont satisfaits. Toutefois l’incertitude quant à l’apparition de la satisfaction lui fait pressentir peu à peu qu’il existe aussi des puissances supérieures, « divines » (mère ou nourrice) dont il faut se gagner les bonnes grâces pour que la satisfaction suive promptement le geste magique. Cependant, la satisfaction s’obtient facilement, surtout avec un entourage particulièrement conciliant.

Un des « moyens » physiques utilisés par l’enfant pour figurer ses désirs et les objets qu’il convoite acquiert alors une importance particulière qui va l’emporter sur les autres modes de représentation, à savoir le langage. A l’origine[16], le langage est l’imitation, c’est-à-dire la reproduction vocale de sons et de bruits produits par les choses ou se produisant par leur entremise ; l’habileté des organes de la phonation permet de reproduire une diversité bien plus grande d’objets et de processus du monde extérieur, et ce beaucoup plus simplement que par le langage gestuel. Le symbolisme gestuel est donc remplacé par le symbolisme verbal : Certaines suites de sons sont mises en rapport associatif étroit avec des choses et des processus déterminés, et même sont progressivement identifiés à eux. C’est le point de départ d’un progrès important : la laborieuse représentation par images et la mise en scène dramatique, plus laborieuse encore, deviennent inutiles ; la conception et la représentation de ces séries de phonèmes appelées mots permettent une version bien plus économique et précise des désirs. En même temps le symbolisme verbal rend possible la pensée consciente dans la mesure où, s’associant aux processus de pensée en eux-mêmes inconscients, il leur confère des qualités perceptibles[17].

La pensée consciente au moyen de signes verbaux est donc la  plus haute réalisation de l’appareil psychique, la seule qui permette  l’adaptation à la réalité en retardant la décharge motrice réflexe et la libération du déplaisir. Malgré tout, l’enfant arrive à préserver, même à ce stade de son développement, son sentiment de toute-puissance. En effet les désirs que l’enfant conçoit sous forme de pensées sont encore si peu nombreux et relativement si peu complexes que l’entourage attentif et soucieux du bien-être de l’enfant réussit facilement à deviner la plupart de ces pensées. Les mimiques qui accompagnent généralement la pensée (en particulier chez les enfants) facilitent grandement aux adultes cette espèce de lecture des pensées. Et si, de surcroît, l’enfant formule ses désirs en mots, son entourage dévoué s’empresse de les réaliser au plus vite.

Quant à l’enfant, il croit réellement détenir des pouvoirs magiques, il se trouve dans la période des pensées et des mots magiques[18].

Et c’est à ce stades du sens de réalité que semblent régresser les névrosés obsessionnels qui ne peuvent se défaire du sentiment toute-puissance de leurs pensées ou de leurs formules verbales et qui, comme Freud l’a montré, mettent la pensée à la place de l’action. Dans la superstition, la magie et le culte religieux, la foi en la puissance irrésistible de certaines prières, malédictions et formules magiques, – qu’il suffit de penser intérieurement ou de prononcer à voix haute pour qu’elles fassent leur effet -, joue un rôle considérable[19].

Cette mégalomanie quasi incurable de l’être humain n’est démentie qu’en apparence par certains névrosés dont la poursuite fiévreuse du succès s’avère rapidement recouvrir un sentiment d’infériorité (Adler), bien connu des patients eux-mêmes. Dans tous les cas de ce genre, l’analyse en profondeur montre que ces sentiments d’infériorité, loin de constituer l’explication ultime de la névrose, sont déjà des réactions à un sentiment excessif de toute-puissance auquel ces malades se sont f ixés dans leur prime  enfance et qui, plus tard, les empêche de supporter  toute frustration. L’ambition manifeste de ces sujets n’est qu’un « retour du refoulé », une tentative désespérée de récupérer, en, modifiant le monde extérieur, la 1 toute-puissance dont à l’origine ils jouissaient sans effort.

Nous ne pouvons que répéter : tous les enfants vivent dans l’heureuse illusion de la toute-puissance dont ils ont effectivement bénéficié autrefois – ne serait-ce que dans le sein maternel. Il dépend de leur « Daimon » et de leur « Tyche » de pouvoir conserver ces sentiments de toute-puissance au cours de leur vie et de devenir des optimistes, ou d’aller grossir le nombre des pessimistes, qui n’acceptent jamais de renoncer à leurs désirs inconscients irrationnels, se sentent offensés et rejetés pour la plus futile raison, et se considèrent comme des enfants déshérités du sort – parce qu’ils ne peuvent demeurer ses enfants uniques ou préférés.

C’est seulement lorsque l’enfant est complètement détaché de ses parents sur le plan psychique que cesse, dit Freud, le règne du principe de plaisir. C’est également à ce moment, extrêmement variable selon les cas, que le sentiment de toute-puissance cède la place à la pleine reconnaissance du poids des circonstances. Le sens de réalité atteint son apogée dans la science où, par contre, l’illusion de toute-puissance tombe à son niveau le plus bas; l’ancienne toute-puissance se dissout ici en seules «conditions » (conditionnalisme, déterminisme). Nous trouvons toutefois dans la théorie du libre-arbitre une doctrine philosophique optimiste qui réalise encore les fantasmes de toute-puissance.

Reconnaître que nos désirs et nos pensées sont conditionnés signifie le maximum de projection normale, c’est-à-dire d’objectivation. Il existe cependant une maladie psychique, la paranoïa, qui se caractérise entre autres par le fait de rapporter au monde extérieur, de projeter, même ses propres pensées et désirs[20]. On pourrait, semble-t-il, situer le point de fixation de cette psychose à l’époque du renoncement définitif à la toute-puissance, soit à a phase de projection du sens de réalité.

Jusqu’à présent nous n’avons présenté les stades de développement du sens de réalité qu’en termes de pulsions égoïstes, dites « pulsions du Moi », qui sont au service de l’auto-conservation ; or la réalité a justement, comme Freud l’a constaté, des relations plus profondes avec le « Moi » qu’avec la sexualité, d’une part parce que celle-ci est plus indépendante du monde extérieur (pendant longtemps elle peut se satisfaire sur le mode auto-érotique), d’autre part parce qu’elle est réprimée pendant la période de latence et n’entretient aucun contact avec la réalité. La sexualité resterait donc toute la vie plus soumise au principe de plaisir, tandis que le « Moi » subirait aussitôt la plus amère des déceptions pour toute méconnaissance de la réalité[21]. Considérons maintenant sous l’angle du développement sexuel le sentiment de toute-puissance qui caractérise le stade-plaisir, nous constatons qu’ici la « période de la toute-puissance inconditionnelle » dure jusqu’à l’abandon des modes de satisfaction auto-érotiques, alors qu’à cette époque le « Moi » s’est depuis longtemps adapté aux conditions de plus en plus complexes de la réalité, et après avoir dépassé les stades des gestes et des mots magiques, il est déjà presque parvenu à reconnaître la toute-puissance des forces de la nature. L’auto-érotisme et le narcissisme sont donc les stades de la toute-puissance de l’érotisme ; et comme le narcissisme ne cesse jamais mais subsiste toujours à côté de l’érotisme objectal, on peut dire – dans la mesure où l’on se borne à s’aimer soi-même – qu’en matière d’amour on peut conserver toute la vie l’illusion de toute-puissance. Le fait que le chemin du narcissisme soit également la voie de la régression, qui reste toujours accessible après toute déception infligée par un objet d’amour, est trop connu pour que nous ayons à le démontrer. Dans les symptômes de la paraphrénie (Dementia Praecox) et de l’hystérie, nous pouvons supposer des régressions auto-érotique et narcissique, tandis que nous trouverons probablement les points de fixation de la névrose obsessionnelle et de la paranoïa à un certain niveau du développement de la « réalité érotique » (nécessité de trouver un objet).

Ces relations, à vrai dire, n’ont pas encore été suffisamment étudiées pour toutes les névroses et il faut par’ conséquent nous contenter, en ce qui concerne le choix de la névrose, de la formulation générale de Freud aux termes de laquelle le type du trouble ultérieur se détermine en fonction « de la phase de développement du Moi et de la libido où s’est produite l’inhibition de développement prédisposante ».

Mais nous pouvons déjà essayer de compléter cette proposition par une seconde. Selon notre hypothèse, la teneur en désirs de la névrose, c’est-à-dire les modes et les buts érotiques que les symptômes représentent comme accomplis, dépend de la phase où se trouvait le développement de la libido au moment de la fixation ; quant au mécanisme des névroses, il est probablement déterminé par le stade de développement du Moi où se trouvait l’individu au moment de l’inhibition prédisposante. On peut d’ailleurs très bien imaginer que le stade évolutif du sens de réalité qui dominait au moment de la fixation resurgisse dans les mécanismes de la formation de symptômes lorsqu’il y a régression de la libido à des stades antérieurs. Et comme le Moi actuel du névrosé ne comprend pas ce mode ancien d’ «épreuve de réalité», rien n’empêche que celui-ci soit mis au service du refoulement et serve à représenter les complexes de pensées et d’affects censurés. Suivant cette conception, l’hystérie et la névrose obsessionnelle, par exemple, seraient caractérisées, d’une part par une régression de la libido à des stades antérieurs de l’évolution (auto-érotisme, œdipisme), d’autre part en ce qui concerne leurs mécanismes, par un retour du sens de réalité au stade des gestes magiques (conversion) ou des pensées magiques (toute-puissance de la pensée). Répétons : il y a encore beaucoup a faire avant d’établir avec certitude les points de fixation de toutes les névroses. Dans ce qui précède je voulais seulement indiquer une solution possible – et à mon sens plausible.

Quant à ce que nous supposons de la phylogenèse du sens de réalité, il ne peut s’agir pour le moment que de prophétie scientifique. Sans doute réussira-t-on un jour à mettre en parallèle les différents stades évolutifs du Moi, ainsi que leurs types de régression névrotiques, et les étapes parcourues par l’histoire de l’espèce humaine, tout comme Freud, par exemple, a retrouvé dans la vie psychique des sauvages les traits de caractère des névrosés obsessionnels[22].

Le développement du sens de réalité se présente en général—` comme une série de poussées successives de refoulement, auxquelles l’être humain est contraint par la nécessité, par la frustration exigeant l’adaptation, et non par des « tendances à l’évolution » spontanées. Le premier grand refoulement est rendu nécessaire par le processus de la naissance, qui, très certainement, se fait sans collaboration active, sans « intention » de la part de l’enfant. Le fœtus préférerait de beaucoup rester encore dans la quiétude du corps maternel, mais il est impitoyablement mis au monde, doit oublier (refouler) ses modes de satisfaction préférés et s’adapter à d’autres. Le même jeu cruel se répète à chaque nouveau stade du développement[23].

Peut-être pourrait-on se risquer à faire l’hypothèse que ce sont les modifications géologiques de la croûte terrestre et leurs conséquences catastrophiques pour les ancêtres de l’espèce humaine qui ont contraint au refoulement des habitudes préférées et à l’ « évolution ». Il est possible que ces catastrophes aient constitué des points de refoulement dans l’histoire de l’évolution de l’espèce, et leur intensité et leur localisation dans le temps peuvent avoir déterminé le caractère et les névroses de l’espèce. Suivant une remarque du Professeur Freud, le caractère de l’espèce est le précipité de l’histoire de l’espèce. Puisque nous nous sommes déjà aventures aussi loin dans le champ des connaissances incertaines, ne reculons pas devant une dernière analogie et mettons la grande poussée de refoulement individuel, la période de latence, en rapport avec la dernière et la plus importante des catastrophes qui se soit abattue sur nos ancêtres (à une époque où il y avait déjà certainement des êtres humains sur la terre), avec la calamité de l’ère glaciaire que nous répétons encore fidèlement dans notre vie individuelle[24].

Ce désir impétueux de tout savoir, qui m’a entraîné dans ce dernier paragraphe vers les lointains fabuleux du passé et m’a fait surmonter à l’aide d’analogies ce qui nous échappe encore, me ramène au point de départ de ces considérations : au problème de l’apogée et du déclin du sentiment de toute-puissance. Comme nous l’avons dit, la science doit renoncer à cette illusion, ou du moins toujours savoir à quel moment elle pénètre dans le domaine des hypothèses et des fantaisies. Dans les contes, en revanche, les fantasmes de toute-puissance continuent de régner sans partage[25]. Là même où nous devons nous incliner le plus humblement devant les forces de la nature, le conte vient à notre secours avec ses thèses typiques. Dans la réalité, nous sommes faibles, les héros du conte seront donc forts et invincibles ; nous sommes limités par le temps et l’espace dans notre activité et notre savoir : dans les contes on vit éternellement, on est dans mille endroits à la fois, on prévoit l’avenir et on connaît le passé. La pesanteur, la dureté et l’impénétrabilité de la matière constituent à tout instant des obstacles sur notre chemin, mais l’homme, dans les contes, a des ailes, son regard perce les murs, sa baguette magique lui ouvre toutes les portes. La réalité est un dur combat pour l’existence : il suffit dans le conte de prononcer quelque parole magique : « Petite table, couvre-toi !» Nous vivons dans la crainte perpétuelle d’être attaqué par des bêtes dangereuses ou des ennemis féroces : le manteau magique du conte permet toutes les transformations et nous met rapidement hors d’atteinte. Combien il est difficile dans la réalité d’atteindre à un amour qui comble tous nos désirs : le héros de conte est irrésistible, ou bien il séduit d’un geste magique.

Ainsi le conte, dans lequel les adultes racontent si volontiers à leurs enfants leurs propres désirs insatisfaits et refoulés, donne en vérité une représentation artistique extrême de la situation perdue de toute-puissance.



[1] Freud : « Forrnulierungen über die zwei Principien des psychischen Geschehens» (Formulations sur les deux principes du fonctionnement psychique), 1911 (Ges. Schr., t V, p. 409).

[2] Freud : « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle » (Cinq psychanalyses, P.U.F.).

[3] Cet article a été rédigé avant que l’on puisse tenir compte de l’étude de Freud sur « Animisme, magie et toute-puissance de la pensée » (Totem et tabou, 1913) où il traite le même sujet d’un point de vue différent.

[4] S. Freud : « Die Abwer-Neuropsychosen » (Les psychonévroses de défense), 1893, et « Obsessions et phobies », 1895 (Ges. Schr., t. I).

[5] On sait que les petits enfants tendent la main de manière quasi réflexe vers tout objet brillant ou qui, pour toute autre raison, leur plaît. Ils sont même incapables au début de s’abstenir d’une « inconvenance » leur procurant un plaisir quelconque si une excitation en ce sens se présente. Un petit garçon à qui sa mère interdisait de se mettre les doigts dans le nez lui répondit : « Je ne veux pas, c’est ma main qui veut et je ne peux pas la retenir. »

[6] C’est ainsi que Silberer appelle les auto-perceptions représentées symboliquement.

[7] Ges. Schr., t. I, P- 411, note. Voir aussi la controverse entre Bleuler et Freud concernant ce problème (Bleuler, « Das autistische Denken » (La pensée autistique), Jahrbuch, t. IV).

[8] Par suite de perturbations dues par exemple à la maladie ou à une affection de la mère ou du cordon ombilical, le besoin peut s’abattre sur l’individu dès la vie intra-utérine, le dépouiller de sa toute-puissance et le contraindre à tenter de « modifier le monde extérieur », autrement dit à effectuer un travail. Ce travail peut consister à inspirer du liquide amniotique en cas de menace d’étouffement.

[9] Freud a indiqué incidemment que les sensations de l’enfant au cours de la naissance provoquent probablement le premier affect d’angoisse du nouveau-né, celui qui restera le prototype de toute angoisse, de toute anxiété ultérieures.

[10] Freud : « Formulations sur les deux principes ». Op. cit.

[11] Freud : L’interprétation des rêves.

[12] Si je cherche un équivalent de ces décharges dans la pathologie, je pense inévitablement à l’épilepsie essentielle, la plus problématique des grandes névroses. Et si j’admets qu’en ce qui concerne l’épilepsie, il soit difficile de séparer le physiologique du psychologique, je me permettrai cependant de faire remarquer que les épileptiques passent pour être des individus extrêmement « sensibles » dont la docilité laisse percer au moindre prétexte une rage et une soif de domination effrayantes jusqu’à présent, ce trait de caractère était généralement interprété comme un effet secondaire, une conséquence des crises fréquentes Mais il faut également envisager une autre possibilité : la crise épileptique ne pourrait-elle pas être considérée comme une régression à la période infantile de l’accomplissement du désir par des mouvements incoordonnés ? Les épileptiques seraient donc des individus dont les affects de déplaisir s’accumulent et s’abréagissent périodiquement dans des crises paroxystiques. Si cette explication s’avère valable, nous devons situer le point de fixation d’une future atteinte épileptique à ce stade d’expressions incoordonnées des désirs. Les trépignements irrationnels, la crispation des poings, les grincements de dents, etc., qui accompagnent les explosions de colère de la plupart des gens, par ailleurs bien portants, seraient des formes atténuées de la même régression.

[13] Cf. les travaux de Freud dans « Les études sur l’hystérie ».

[14] Cf. « Introjection et transfert », 1909 Ferenczi, O.C., t. I.

[15] Cf. sur l’animisme, l’essai de H. Sachs, « Über Naturgefühl » (Le sentiment de la nature, Imago, I, 1912.

[16] Cf Kleinpaul, Leben der Sprache, Leipzig, 1893 ; et Dr Sperber : « Über dein Einfluss sexueller Momente auf Entstehung und Entwicklung der Sprache » (Imago, 1, 1912).

[17] S. Freud, Interprétation des rêves (N.d.T. Dans cette dernière phrase, le texte hongrois nous permet de rectifier ce qui paraît être une coquille dans le texte allemand).

[18] L’interprétation psychologique de la « magie » n’exclut pas, bien entendu, la possibilité qu’il y ait également dans cette croyance un pressentiment de faits physiques (télépathie, etc.).

[19] Cette « toute-puissance » (« force motrice ») est également très caractéristique des mots obscènes. Cf.  mon article « Les mots obscènes », OC., t I.

[20] Freud : « Die Abwehrneuropsychosen (Les psychonévroses de défense), 1894 (Ges. Schr., t. 1). Freud : « Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa » (Cinq psychanalyses, P.U.F.) et Ferenczi : « Le rôle de l’homosexualité ans la pathogenèse de la paranoïa », t. I de cette édition.

[21] Freud : « Formulations sur les deux principes », op. cit.

[22] Freud : Totem et tabou. « Quelques considérations sur la vie psychique des sauvages et des névrosés », 1912-13 (Payot).

[23] Si l’on va jusqu’au bout de ce raisonnement, il faut envisager l’existence d’une tendance à l’inertie ou d’une tendance à la régression dominant même la vie organique ; la tendance à l’évolution, à l’adaptation, etc., dépendrait, par contre, uniquement de stimuli externes.

[24] La conception selon laquelle l’abandon de mécanismes familiers (évolution) n’est jamais provoqué par une tendance spontanée mais uniquement par la contrainte externe, semble démentie par les cas où l’évolution précède les besoins réels. Le développement du mécanisme respiratoire dès la vie intra-utérine en serait un exemple. Mais cela ne se produit que dans l’ontogenèse, ce que l’on peut déjà considérer comme la récapitulation d’un processus évolutif commandé par la nécessité dans l’histoire de l’espèce. Les exercices ludiques des animaux (Gross) ne sont pas des rudiments d’une future fonction de l’espèce mais également des répétitions d’aptitudes acquises phylogénétiquement. Ils laissent donc la place à une explication purement causale et historique et n’entraînent pas obligatoirement un point de vue finaliste.

[25] Cf. Fr. Riklin: « Wunscherfüllung, und Symbolik im Märchen » (Symbolisme et accomplissement des désirs dans le conte).

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