Joël Bernat : « Féminin et Passivité ont-ils un Sexe !? »

Conférence du 17 juin 2006 à l’Université du Luxembourg.Texte préparatoire pour le séminaire de l’année 2017-2018.

Envoi
I – Difficulté d’une définition, ou l’effet des équations personnelles ?
Un incessant glissement
Différentes définitions
2 – La position de Freud
L’actif & le passif de la pulsion
3 – L’apparition d’une symétrie ou l’élaboration secondaire du féminin
4 – Le féminin comme pure élaboration psychique et son refus
Reprise de la passivité dans le fantasme du féminin. Une quête
5 – Transmission d’une forme socioculturelle
6 – Sur le féminin premier ou le féminin comme pur biologique et son refus
Le refus biologique du féminin
Une issue ?
 

Envoi

Chez les Dogons et les Bambaras du Mali, chaque être naît avec deux âmes, chacune représentant un sexe :

–          le prépuce représente le sexe féminin chez le mâle,

–          et le clitoris le sexe masculin chez la femelle.

Dès lors, circoncision et excision sont des opérations qui s’imposent pour supprimer la bivalence naturelle et conformer, assigner[1] les sexes selon la loi par crainte, sans doute, d’une ambivalence psychique.

Quant à la vulve, celle-ci est comme les dieux, dans la mesure où elle incarne,

–          d’une part, la force, la puissance et la résistance,

–          et d’autre part, l’attirance, la convoitise et l’abandon, c’est-à-dire des signes « certains » de faiblesse.

L’on pourrait se dire que voilà bien des pratiques primitives et barbares. Pourtant, à la naissance du petit humain occidental, la première parole émise est celle de son appartenance sexuelle. Je dis bien appartenance dans le sens d’appartenir à une norme sexuelle, bien que ce soit présenté comme identité, ce qui n’est pas du tout pareil.

Il arrive qu’en certaines occasions cela soit très difficile pour l’œil d’affirmer cette appartenance, et alors toute une machinerie se met en route, allant des examens médicaux aux interventions chirurgicales avec, bien sûr, des cellules de soutien psychologique pour les parents effondrés de ne pas savoir le sexe de leur progéniture. Serait-il donc ainsi plus important de savoir fille ou garçon que d’avoir un enfant ?

En tous cas, nous ne sommes pas si éloignés que cela des Dogons et des Bambaras que nous considérons primitifs, même si, à première vue, l’on pourrait revendiquer un gain de civilisation : excision et autres interventions ne seront pratiquées que pour des raisons scientifiques et médicales et non plus religieuses, ce qui a le seul avantage d’en réduire le nombre.

Mais ce qui reste identique est l’impérieuse et absolue nécessité que le bébé ait un sexe normé et ainsi nommable, puis qu’il devienne ce sexe, sexe parmi deux seuls possibles : c’est la loi. La médecine participe à cela tout en pouvant par ailleurs reconnaître que la physiologie humaine – ou la Nature – ne produit pas deux sexes et donc une opposition, mais une grande diversité de sexes. Cela s’inscrit dans une sorte d’urgence à greffer de la norme, de la morale et du psychique, du sens, sur le corps, urgence à le nommer, localiser, cadrer. Urgence qui prend le dessus sur la pensée scientifique.

 Tout ceci fut joyeusement résumé par Aristophane avec son fort célèbre mythe de l’Androgyne, que nous connaissons tous, et dont les Dogons en présentent une autre version.

Plus troublant : si Freud reconnaît la diversité biologique des sexes anatomiques et son effet de diversités des constitutions sexuelles chez les humains, en passant sur le terrain du psychique, quelque chose de l’excision s’opère : non plus une excision agie sur le corps réel, mais l’excision, qui depuis des siècles s’opère psychiquement par le bistouri de la morale : le clitoris est défini comme étant masculin et phallique sans autre procès, ce qui implique, dans une logique qui n’est que de langage, que pour advenir à l’être – femme, la fillette doit y renoncer, c’est-à-dire accepter de s’auto-exciser. Le clitoris comme représentant de virilité s’opposerait donc à l’être femme, que se soit anatomiquement ou psychiquement.

Cela impose une question : que faisons-nous à nos patientes et patients, quel geste répétons-nous sous couvert de science, quelles assignations aveugles nous gouvernent ?

Car le seul pas que nous aurions fait, par rapport à nos frères et sœurs Dogons & Bambaras, serait d’internaliser[2] les opérations sur le sexe, passant du bistouri de métal au bistouri verbal et moral, de l’agir au dire : ce qui peut nous donner l’illusion ou la prétention de croire n’être plus « primitifs » …

I – Difficulté d’une définition, ou l’effet des équations personnelles ?

De nos jours, le féminin circule comme énigme, un continent noir, ce qui se vend bien, bien mieux que le masculin, comme si celui-ci allait de soi, et n’était pas, lui aussi, énigmatique : ce qui est en soi étrange et devrait faire question ! Quelle occultation est à l’œuvre sur le masculin ?

Énigme : cela fait pressentir une dichotomie, donc une formation symptomatique, du genre :

–  au féminin les ténèbres de l’énigme,

–  au masculin les lumières de la solution…

On entrevoit déjà une distribution étrange en termes de dedans et dehors, d’invisible et de visible, de caché et de montré, etc. Représentations qui doivent beaucoup au visuel, à l’expérience même de la perception des sexes, c’est-à-dire de l’objet, et non, par exemple, celle de l’éprouvé (Erlebnis)[3], c’est-à-dire du sensoriel et du pulsionnel.

Cette loi sociale de l’assignation à un sexe, c’est-à-dire à une bonne forme (Gestalt par exemple) ou une norme, renforcée par la complaisance du langage et le pouvoir du mot, produit une opération psychique qui ne cesse de mettre les termes de féminin, féminité, femme, sur une même ligne afin de les fondre et confondre, en une confusion psychique. Cet amalgame serait à penser en termes de refoulements, avec en arrière-plan, cette idée que le physique déterminerait, au pire point par point, le psychique, c’est-à-dire qu’ici, le féminin ne serait qu’une pure émanation psychique du physiologique de la femme. Ce genre de conceptions ne manquent pas, s’appuyant sur le physiologique pour en inférer des qualités psychiques qui seraient « idoines », pire, « naturelles ».

Pour peu que l’on passe du côté du vécu et de l’éprouvé, le féminin, si l’on tente d’en donner une première définition, et ceci sur la base de ce que l’on peut entendre de nos patients – et de nous-mêmes – n’est ni la femme, ni la féminité[4], ni même la sexualité dite féminine. C’est ce que je vais tenter de montrer ici.

 Un incessant glissement

Il y a donc une première difficulté, une première résistance : un glissement incessant du féminin à la féminité puis à femme ou vice versa, ou encore, actuellement, de : identité sexuelle à identité de genre. L’on est alors amené à se demander si le glissement n’est pas un renforcement d’un refoulement. Prenons trois exemples :

  1.     On ne cesse de glisser d’une question sur la différence anatomique[5] des sexes à une question sur la différence psychique des sexes, et de là, la différence est toujours et surtout du côté de l’autre : la « femme est castrée », « pas-toute », etc., comme si l’homme ne l’était pas ! Glissement qui permet d’occulter que la différence est quelque chose entre, c’est-à-dire ni l’un ni l’autre, mais entre : soit un représentant de l’altérité projeté à l’extérieur pour souvent masquer l’altérité interne[6]. De même, cela efface la prise en considération d’une divergence des sexes (psychiques). L’altérité ne cesse de nous faire penser, c’est sa fonction[7] et prend toutes les formes sans en être aucune, et n’est que cela : mais dès que l’on souhaite en dire quelque chose, le plus souvent, cette altérité quitte cette place entre, pour être accolée à l’autre ; l’altérité est souvent réduite à une dualité d’exclusion : ou l’un, ou l’autre ;
  2.    Il est fréquent de lire des phrases telles que le roc du féminin ou le roc de la féminité, évidemment attribuées à Freud, souvent dans le sens de point énigmatique de la sexualité, point de butée de la psychanalyse, constitué par un refus. Or, si Freud écrit, en 1937, féminité, on observe souvent, dans l’entre-glose, le passage ou le glissement à féminin et parfois à femme : le roc devient tantôt celui du féminin, tantôt celui de la sexualité de la femme (n’oublions pas que Freud a très tôt séparé la sexualité physique de la sexualité psychique) ;
  3.     Mais il y a un autre point, un autre glissement dans les commentaires, un glissement qui se constitue par la suppression d’un terme dans l’écrit de Freud, le terme biologique, ce qui crée une équivoque : le refus de la féminité semble alors être le fait d’un sujet ou de on ne sait trop quoi. Freud écrivit ceci : « (…) car pour le psychisme, le biologique joue vraiment le rôle du roc qui se trouve au-dessous de toutes les strates. Le refus de la féminité ne peut être qu’un fait biologique, une partie du grand mystère de la sexualité.[8] » C’est bien le biologique qui refuse cette féminité, et Freud de bien préciser, que ce soit chez la femme ou chez l’homme. En tous cas, ce qui est refoulé du texte freudien, c’est la pulsion et le biologique, refoulements qui déplacent la source, c’est-à-dire l’accent du substrat organique vers le psychique, vers un sujet. Ce qui réduit la fameuse blessure narcissique que la psychanalyse de Freud a infligée à l’être humain. Narcisse se défend ! Même chez les psychanalystes.

Ces « glissements » peuvent relever de bien des causes[9] mais l’équation personnelle du penseur y est toute entière.

Différentes définitions

Ces glissements ou ces résistances internes ont pour effet que les définitions sont extrêmement variées et plurielles, associant le féminin avec d’autres choses (c’est-à-dire que face à l’énigme, on déplace et change de termes et de registres…), tant le souci de donner forme ou chair à la notion est grand. Mais du coup, chacun y va de ses préférences pulsionnelles. Pour exemples, si l’on parcourt les thèses dans les écrits psychanalytiques, l’on trouvera :

1°) pour certains, féminin renvoie a priori à la mère, c’est-à-dire à un féminin maternel ou à la femme-mère comme si cela était identique, mais néanmoins selon deux types :

  – une mère limitée et organisée par l’existence du père (pas-toute), c’est-à-dire une mère œdipienne ;

  – une mère toute-puissante, qui a fait son bébé toute seule (selon deux modèles, soit celui de la sauvage Gaïa, soit celui de la sage vierge Marie, etc.), c’est-à-dire une mère préœdipienne ;

2°) pour d’autres, féminin renvoie à la femme, donc différenciée de la mère, et renvoie de la femme à l’érotique féminin, celui de la femme-amante, mais là aussi selon deux références :

  – celui de la toute jouissance, soit la toute-puissance (et son énigme pour l’homme)[10] ;

  – la femme castrée (bien plus rassurante…).

Comme on le voit, chacun engage donc son féminin personnel, historique[11]… mais dans ces thèses, si l’on y regarde de plus près, l’élément déterminant est celui de la toute-puissance, comme si la question était en fait : le féminin, l’est-il ou pas ?

Le féminin peut être aussi abordé selon deux autres plans, moins « incarnés » :

3°) selon une dimension narcissique : il s’agirait de construire un féminin et de l’articuler au masculin pour réaliser une complétude narcissique[12] ;

4°) selon le registre des objets, et là les auteurs formulent une question : comment s’y prendre pour articuler le féminin du père et le masculin de la mère ? (en une sorte de jeu « logique »…)

Notons que fréquemment, il est oublié que femme ou mère phallique ou castratrice sont d’abord des fantasmes masculins liés à une époque du développement de la sexualité infantile.

 Mais revenons au départ, c’est-à-dire à la position de Freud.

 2 – La position de Freud

Si les humains n’ont eu de cesse de penser la sexualité (ce qui fait là aussi question), il y a néanmoins un mouvement remarquable dans l’histoire de cette pensée, mouvement qui avait saisi Freud : si les Antiques mettaient l’accent sur la pulsion, les Modernes, eux, le mettent sur l’objet (et de là de belles confusions lorsque les Modernes se réfèrent aux textes grecs[13]…), transfert d’accent qui signe le travail de civilisation (Kulturarbeit).

Cela amène une question : le féminin est-il un objet ou une pulsion ?

Sans perdre de vue que fort souvent, penser en termes d’objet permet de refouler la dimension pulsionnelle : un bel exemple serait celui de la question : « qu’est-ce que être femme ou homme ? », c’est-à-dire un bon objet, question qui ne reçoit pas vraiment de réponse claire ; aussi se tourne-t-on dans ces cas-là vers la norme, et donc le comment être, au lieu de se confronter à la question pulsionnelle : « qu’est-ce que être ? », point final, c’est-à-dire individu indépendamment de mon anatomie. Ceci faisant entrevoir une des fonctions possibles de l’objet ; le qualificatif convoque les discours culturels et moraux normatifs.

Freud, sur la base de sa pratique, finit par conclure que le féminin n’existe pas dans l’inconscient, on y trouve seulement des positions : active ou passive :

« L’inconscient ne connaît ni le masculin, ni le féminin, il ne connaît que l’actif et le passif »[14].

Le désormais slogan de Lacan,

« le signifiant femme n’existe pas dans l’inconscient »

en est certes une reprise, mais comme on l’entend, refoule l’autre partie (c’est le but de tout slogan), car il serait juste d’ajouter : « le signifiant homme n’y existe pas non plus ». Cette occultation est au vif de la difficulté de cette question.[15]

Au sujet de ces termes, il nous semble important de rappeler que Freud avait proposé trois significations différentes aux concepts de masculin et de féminin (concepts, car ce sont des concepts, pas des choses…) :

1°) comme équivalents d’activité ou passivité dans le registre pulsionnel ;

2°) au sens biologique ;

3°) au sens sociologique (là nous sommes du côté de l’objet).

Pour Freud,

« la pulsion est toujours active, même quand son but est passif[16] […] L’élément actif et ses manifestations secondaires, […] sont d’ordinaire liés à l’élément masculin pris dans le sens biologique mais il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi […] Quant au sens sociologique […] les observations que nous faisons tous les jours […] nous prouvent que ni du point de vue biologique ni du point de vue psychologique, les caractères d’un des sexes chez un individu n’excluent ceux de l’autre ». [17]

L’actif & le passif de la pulsion

Prenons la question par un autre bord. La passivité est sans cesse niée, au quotidien. Par exemple, « je prends le train » alors que c’est lui qui me prend, « je la prends » alors que c’est aussi elle qui me prend – en elle. Ceci est permis par l’illusion selon laquelle le « mot est la chose », illusion qui masque le fait que le mot refoule la chose en la coupant en deux, effaçant la grande activité de la passivité. Exemplaire, les discours homosexuels sur la fellation : pour les uns, le suceur est sous-mis, infériorisé, passif, féminisé[18], pour d’autres, c’est le sucé qui est entièrement soumis.

Relevons en passant qu’il y a deux formes de passivité :

–          l’une qui est inhibitrice (c’est-à-dire que la passivité est ici un résultat, celui d’une suppression de l’agir),

–          l’autre, qui est en fait une activité (où la passivité est une forme d’expression).

Et les choses se présentent souvent imbriquées, par exemple dans la scène de la masturbation, qui est une scène capitale pour notre sujet, scène où se lient :

–          une activité musculaire de la main par exemple,

–          sur un corps qui lui est soumis dans une passivité fantasmatique,

–          produisant une activité élaborative fantasmatique.

Scène où chaque élément peut représenter le féminin et le masculin selon les souhaits de l’« acteur »… Scène dont le langage porte la trace : si l’on dit « je me masturbe », c’est-à-dire « je masturbe moi », on ne dit pas « moi masturbe je », ce qui au passage indique que le « je » représente une position active, et le « moi » une position passive en tant que pris comme objet par la pulsion agie par le « je ».

 3 – L’apparition d’une symétrie ou l’élaboration secondaire du féminin

Si l’on quitte le descriptif pour s’intéresser à l’historique, on découvre bien vite que le féminin est une représentation nouvelle, une manifestation secondaire, une élaboration psychique, de quelque chose de plus ancien, la passivité qui est, elle, bien historique au sens de l’ontogenèse, si l’on pense à l’état de l’enfant recevant et dépendant des soins (mais en différenciant les élaborations orales et anales qui ont des tonalités différentes[19]).

La notion de féminin est prise dans une symétrie logique avec celle de masculin (c’est le pouvoir du mot que d’offrir une réversibilité[20] par rapport à la chose). Elle apparaît lors de ce que Freud a dénommé phase phallique, période préœdipienne de la sexualité infantile, qui est remarquable en ce qu’elle produit essentiellement des antinomies, des binaires.[21] Cette phase phallique a sa logique propre que l’on peut résumer à « + » ou « – », c’est-à-dire « puissant, omnipotent » ou « impuissant ».

À cette phase, ce duo masculin – féminin, ou castré – non castré, va rassembler, reprendre et élaborer d’autres paires d’opposition telles que actif – passif, et susciter de nouvelles théories sexuelles infantiles. Pour citer Freud :

« Déjà, lors de l’apogée du développement sexuel infantile, une sorte d’organisation génitale s’était instituée, dans laquelle toutefois seul l’appareil génital masculin jouait un rôle, celui de la femme demeurant non-découvert »

[ce qu’on appelle le primat phallique – et qui ou que justifie en théorie la thèse de la méconnaissance précoce du vagin -]

« L’opposition entre les sexes ne s’exprimait alors pas encore en termes de masculin ou féminin, mais dans les termes : « possesseur d’un pénis ou castré »[22].

C’est donc une conception unisexe ou monosexuée ou androcentrée.

Alors un autre slogan, tel que : « la femme est castrée », « pas toute », fait entendre qu’il n’y aurait qu’un seul sexe de référence (le pénis) et non plus une différence anatomique des sexes : c’est bien une théorie phallique de garçon… De plus, une telle affirmation vient nier la séparation radicale qu’opère Freud entre la sexualité physique et la sexualité psychique (ainsi qu’entre constitution sexuelle et disposition sexuelle).

Ce qui n’est pas sans conséquence évidemment, comme celle qui consiste à se réfugier phalliquement dans un discours masculin afin d’échapper aux affres du féminin dès lors que sont posées des équivalences telles que : impuissant = féminin, puissant = masculin. On l’entrevoit : cette théorie sexuelle infantile devient une défense contre le féminin en soi (dans les deux sexes).

 4 – Le féminin comme pure élaboration psychique et son refus

Face à la perception de la différence des sexes et son éprouvé de castration,

–          chez le garçon ou dans le masculin, cela produit une menace sur son corps,

–          chez la fille ou dans le féminin, cela produit une envie.

Le garçon se doit d’y échapper (du féminin, pas du castré)[23] pour être un homme. Or, chez le garçon il existe des souhaits de posséder des seins, un vagin, d’avoir un enfant[24], tout comme il existe une envie de pénis (qu’il soit plus gros, plus long, plus fort, comme papa, etc.)

Quelle serait donc la marque de la castration (d’une trace physique à une représentation psychique) qui serait spécifique à la fillette ? :

–          non pas la thèse masculine monoréférencée au pénis (dans ce cas, comme l’écrivit Freud : « elles sont invitées à participer à quelque chose qu’elles n’ont pas élaborées ») ;

–          ni la représentation que Freud assigne à du féminin ou de la féminité, obligation à soumission, à résidence (changer d’organe, de clitoris à vagin, c’est-à-dire de femme à mère, avec pour compensation substitutive : bébé = pénis[25]) ;

Ce qui serait une angoisse de castration de la fillette serait celle d’une angoisse pour son intérieur (trou, effraction, blessure, orgasme, etc.)[26] et sa surface.

Si le garçon éprouve une chute narcissique (il peut perdre ses attributs externes), la fille éprouve l’envie de ces attributs, d’en être parée.

Mais chez chacun, l’on observe une envie de complétude narcissique (ou d’une intégrité narcissique phallique) en souhaitant acquérir les attributs de l’autre sexe, et donc ceux de la femme pour le garçon[27]. Ainsi chaque sexe rêve des formes et pouvoirs de l’autre tout en ne pouvant jouir que de ses propres zones érogènes.

Ici, nous sommes donc au niveau du refus psychique d’une féminité (position féminine passive) commun aux deux sexes du fait de la surestimation du pénis (ou de sa monoréférence). Dès que la fille éprouve une limitation, elle l’attribue à son clitoris comme pénis inférieur, ce que ravive tout désir de puissance, là où chez le garçon cela ravive son envie d’un pénis plus grand.

Ce refus psychique du féminin recouvre, en l’élaborant, le refus biologique du féminin passif. D’où la trace, dans ce que l’on entend, des références phalliques (comme une datation interne).

Il y a, à cette phase, une méconnaissance du vagin qui fait que le garçon surinvestit préférentiellement l’anus et la fille le clitoris. Cela peut donner certaines théories, comme celle qui ferait une redistribution autour de la peau comme surface et des orifices où, bien sûr, le féminin trouverait son lieu[28]. Ou encore, le mécanisme défensif du déplacement phallique, le glissement dont nous parlions.

La complétude narcissique ne pouvant se réaliser, elle sera hallucinée dans un fantasme – afin de maintenir le refus psychique – un fantasme particulier, celui de la bisexualité psychique qui conjoint actif et passif ; cette fantasmatique est elle aussi différemment pensée selon les auteurs :

1°) soit comme une articulation du masculin et du féminin psychiques chez l’homme comme chez la femme ;

2°) soit comme troisième terme qui mène à élaborer l’articulation du féminin, du masculin, et du bisexuel chez les deux sexes.

L’on pourrait aussi se demander avec d’autres auteurs s’il n’y a pas en fait deux bisexualités psychiques :

1°) l’une de départ, de fondation, car en fait indifférenciée ;

2°) l’autre, processuelle, c’est-à-dire résultant d’une perlaboration menant à construire et reconnaître les différences du masculin et du féminin en soi et chez l’autre.

 Le féminin comme élément psychique pur, est une représentation (vertreten et non vorstellen) du moi face au ça, ou au surmoi. En ce sens, il va de soi qu’il est d’apparition tardive dans la psyché (voir la phase phallique de la sexualité infantile). Or l’on constate un incessant oubli : masculin, féminin, masculinité, féminité ne sont que des représentations relevant de la réalité psychique, c’est-à-dire des éléments secondaires d’un fantasme ou d’une théorie sexuelle infantile.

D’où une nouvelle question : qu’est-ce qui pousse à l’affirmer comme réalité vraie, liée à une anatomie spécifique ?

 Reprise de la passivité dans le fantasme du féminin. Une quête

Féminin et passivité : par exemple, être : aimé, soigné, protégé, coïté, battu, pénétré, etc.

On ne peut pas isoler un élément de la passivité en oubliant, c’est le risque, qu’il s’agit d’une partie du fantasme (ils sont tous prégénitaux, donc symétriques) : soit deux places marquées autour d’un acte, un verbe : activité / verbe / passivité.

Le fantasme ici organise une bisexualité psychique, sur le mode d’une symétrie dans un système à deux places : soit je ou ça me fixe sur l’un, soit je ou ça parcourt les deux (renversement ou retournement du fantasme : aimer, être aimé).

Mais la place dite « passive », par exemple « être soigné », renvoie à l’enfant de la sexualité infantile, où il dépendait d’un soignant (supposé tout puissant) : il y a là une répétition de la scène de soins et le fantasme en indique la quête et le désir de retrouvaille (soins parentaux)[29]. Position frappée de soumission, d’impuissance, que ce soit dans les soins tendres ou moins tendres (suppositoires et thermomètre, etc.) – à l’expresse condition d’oublier que cette représentation exclut l’activité du bébé qui tête ou pas… -. C’est donc l’autre, l’actif, qui détient cette toute-puissance (du soin). Cette soumission me fait sujet[30], c’est-à-dire sous – jeté (sub-jectus en latin).

Or, on est aussi capable de décrire sur un autre registre le sentiment de toute-puissance de l’enfant dans les soins (enfant roi), ce que l’on retrouve dans le couple sado-masochiste : c’est le masochiste qui dirige et qui jouit malgré son apparente passivité.

Autre exemple, le fantasme d’« être battu(e) » par le père, la mère, le surmoi, se construit selon la série suivante : 1° je l’aime (actif), 2° non, c’est lui qui m’aime (passif), 3°, il ne m’aime pas, il me hait, me bat, etc. Et lorsque Freud évoque le masochisme féminin, il y à remarquer qu’il ne cite que des exemples d’hommes.

Exemples de féminin « banal » chez l’homme : il n’y a pas qu’une position homosexuelle pour représenter des souhaits d’être soigné, excité, coïté, etc. Cela peut fonctionner de façon moins tapageuse ou visible, telle que se mettre dans une position d’attente face à la vie, attendre que l’on m’excite, c’est-à-dire que l’on me propose afin de passer à l’action : la stimulation ne peut que venir de l’extérieur et pas de l’intérieur. Sinon, je reste en plan (et me plains), « la vie ne me sourit pas », etc. mais au moins je ne m’excite pas[31].

De même, je me saoule, masturbe, drogue etc., pour ne plus être excité, et non pas : je me soigne.

 5 – Transmission d’une forme socioculturelle

Mais il nous faut maintenant différencier un autre plan : à côté de ce qu’un sujet élabore selon ses expériences vécues, c’est-à-dire selon son moi, il y a des formations et des élaborations externes qui viennent s’imposer à lui, l’organiser. C’est le poids culturel (le travail de civilisation, Kulturarbeit, transmis par le surmoi) qui a établi des connections (des contraintes agies d’abord dans la réalité – voir le gynéconome athénien, les romains et les monothéismes) entre :

–          l’actif et le masculin de l’homme, ce qui refoule le féminin de l’homme. Il ne doit ni ne peut en jouir sinon à être par exemple homosexuel (un homosexuel réduit à n’être que éfféminé) ;

–          le passif et le féminin de la femme, ce qui refoule le masculin de la femme. Elle ne peut en jouir sinon à être « garçon manqué », virago, hommasse, ou lesbienne. (Ou mère ?)

Ainsi sommes-nous psychiquement bisexuels (avec une position psychique selon un représentation, par exemple homosexuelle, qui figure la passivité, position psychique refoulée ou interdite).

 Ces contenus seraient donc un apport extérieur (une Forderung de la « morale civilisée ») sur et contre un contenu interne (Anspruch) : un codage socioculturel. Donc toute la question de l’assignation culturelle, de la transmission « phylogénétique » opérée par le surmoi, en opposition à la bisexualité physiologique et au fantasme de bisexualité psychique, opposition qui exige le refoulement d’une partie selon l’assignation dite et faite à la naissance (la première parole émise : « c’est un garçon, c’est une fille » selon une anatomie vue.

Exemple : la « sexualité féminine », est une assignation par l’homme. Si la femme ne se soumet pas aux canons de la sexualité assignée comme féminine, c’est une virago, pire, telle Andromaque, elle prend le dessus. Ou, trop soumise, elle ne jouit pas (se soumet à la position passive réclamée dans une passivité totale puisque sans orgasme), remplit le devoir conjugal du soin (maternel) et devient donc frigide sinon produit un vaginisme (retour de l’activité).

En assignant ou associant, culturellement ou par l’éducation (c’est-à-dire surmoïquement) le « féminin » à « femme » (invention romaine transmise surmoïquement), une « qualité psychique » à un élément ou fragment du corps, cela vient déposséder la femme de son corps, de son sexe et de sa pensée, inhibe son excitation (passivité), son désir et fait que c’est l’autre, l’homme qui excite ou qui serait le détenteur de l’excitation et de sa gestion. La femme ne serait là que pour le soigner (le repos du guerrier). D’où sa résistance, par exemple dans l’hystérie (voir l’anatomie imaginaire).

Mais si elle grimpe aux arbres, c’est qu’elle est excitée, masculine, mais manquée puisque son corps n’est pas le bon – pour la décharge musculaire (biologiquement première, puis culturellement réservée au mâle) …[32]

 6 – Sur le féminin premier ou le féminin comme pur biologique et son refus…

Le féminin dans les deux sexes est une représentation psychique de la position pulsionnelle à but passif, position qui s’exprime dans deux registres opposés :

–          au niveau pulsionnel, sous la forme d’un désir inconscient nostalgique (Sehnsucht), quête de retrouvaille de la jouissance d’être soigné (puis aimé, coïté, etc.) dans une espèce de fusion narcissique (se dissoudre dans l’autre, ne faire plus qu’un, fantasme du retour dans le ventre maternel, mysticisme, etc.) ; ou bien l’élaboration fantasmatique phallique anti-castration de la complétude narcissique (voir l’androgyne, etc.[33]) ;

–          au niveau du moi et de l’objet, l’effroi justement de cette dissolution du moi[34], ou l’angoisse d’être blessé, effracté, etc., selon des élaborations plus tardives.

Nous sommes ici face à un conflit de base, d’où, sans doute, le recours à des élaborations externes dans l’espoir qu’elles viennent traiter, ou refouler, ce conflit.

Il s’agit de l’identification à un objet passif, offert, soumis à la pulsion et sa décharge « comme extérieure » : il s’agit là d’une identification à l’objet et non à la pulsion (puisque c’est une opération du moi), alors que dans un fantasme inconscient, on peut imaginer une identification à la pulsion ou du moins sa représentation.

Le refus biologique du féminin

Alors, revenons sur la phrase de Freud :

« Le refus de la féminité ne peut être qu’un faitbiologique, une partie du grand mystère de la sexualité ».

Freud repasse ici du côté de la pulsion.

Refus qui, redisons-le, est propre aux deux sexes : il s’agit de « la sexualité », écrit Freud.

Mais que veut dire Freud avec ce terme de biologique ? Souvenons-nous qu’à la même époque, il écrivait aussi que la pulsion de mort était le seul concept psychanalytique qui avait reçu confirmation par la biologie.

Ce que Freud indique ici, et depuis le tout début de son œuvre, c’est que la fonction première de la psyché est de lutter contre toute excitation (externe comme interne). C’est une acquisition de la neurologie, bien démontrée dans les laboratoires.

Ainsi, la vie psychique ne serait qu’une réaction de défense à l’excitation afin de la supprimer ou du moins la réduire afin de ne pas être soumise, poursuivie[35], débordée, « traumatisée » (voir les principes de constance puis de Nirvâna). Après tout, nous ne sommes que des organismes, mais une telle pensée est bien narcissiquement douloureuse à admettre.[36]

C’est le moi qui prend le relais de cette psyché primitive et qui sera donc en charge de cette lutte contre l’excitation, ou plutôt contre l’état d’être excité selon un seuil quantitatif. Mais le moi n’est équipé que par rapport à l’« extérieur », à l’instar de la musculature et de ses défenses. Débordé souvent par ce qui lui vient de l’intérieur, il projette aussi bien son effroi sur certains objets ou figures, que son sentiment ou son vœu de puissance sur d’autres.

Pour se défendre, la psyché – puis le moi -, soumise, excitée, agressée, refoule, projette ou détourne sur des objets extérieurs, refusant de s’offrir ou d’être prise comme objet de ses pulsions mais cherchant des objets externes pour apaiser les pulsions, c’est-à-dire l’excitation. C’est ce féminin-là qui est biologiquement excité. La première voie est la décharge musculaire, prototype des défenses ultérieures.

Psyché est tout en refus de cette position passive (subir l’excès) qui sera plus tard marquée du terme de féminin, c’est-à-dire de « subi, soumis, etc. » C’est aussi pour cela que très tôt les hommes ont affirmés (mythification) que c’est la femme qui est excitatrice, tentatrice et fatale, ou que c’est le Diable qui se cache derrière[37] (déjà avec Ève). Ou encore, le refus du moi d’être l’objet de l’autre, c’est-à-dire excité par l’autre.

Mais cette fuite « biologique » de l’excitation et de la détresse (pourtant fondatrice du moi, qui en garde la trace) s’oppose conflictuellement plus tard à une dimension psychique, celle de la Sehnsucht, du désir nostalgique de jouissance, du paradis perdu (que l’on éprouve passivement comme fin d’une activité d’extinction de l’excitation).

C’est-à-dire, être soigné.

Ainsi :

–          la féminité, vue depuis le masculin, s’offre comme lieu supposé d’absence et de suppression des tensions quand elle est élaborée comme lieu de projection et de dépôt des tensions (voir le fantasme de l’homme : plus elle est belle et plus elle peut m’apaiser c’est-à-dire qu’elle éveille en moi mon besoin d’apaisement total selon le principe de Nirvâna)[38] ;

–          et la masculinité comme lieu des excitations à soigner, apaiser ou endiguer, ou aussi comme lieu musculaire de protection, bouclier contre les agressions stimulatrices externes, en échange.

Une bi-direction possible donc : suppression par la sexualité, protection par le soin – et la déception amoureuse : il/elle ne m’apaise pas ou plus.[39] (jeu éros et tendresse)

C’est là que la figure maternelle peut être convoquée comme incarnation de cette dimension de soins et donc faire croire qu’elle en est la source même : ce n’est qu’une figuration, une forme. Mais dans notre histoire, ma mère est à la fois celle qui a soigné et protégé, apaisé (comme un pare-stimuli) mais aussi celle qui a effracté, intrusé : la sorcière (ou l’âme sœur et la femme fatale).

Pour cela, certain préfèrent le père, tellement plus paisible, civilisé ou civilisant, c’est-à-dire rassurant, maîtrisant et maîtrisable, ou le culte du phallus.

Une issue ?

Accepter, non phalliquement, le féminin en soi, c’est prendre le risque d’advenir, de devenir. Ce que les poètes savent depuis toujours. Un exemple, au hasard :

« (…) la soumission est peut-être la blessure humaine la plus difficile à guérir. Cette habitude creuse très profond, déforme l’homme tout entier, n’épargne aucune partie du corps. Passer de n’être personne à être quelqu’un, c’est le voyage le plus long que puisse entreprendre un être humain. » (Henning Mankel, La lionne blanche, Seuil 2004).

 Ce que l’on retrouve dans l’élaboration finale de l’angoisse de castration, c’est-à-dire l’angoisse de mort : la crainte de la fin du plaisir, de ne plus pouvoir jouir de la vie, ou bien d’avoir trop différé cette jouissance, de s’en être privé et de ne plus pouvoir y accéder.

Cette élaboration passe la chute du voile androcentrique pour que l’on achève son enfance (Green), c’est-à-dire faire en sorte que là où était la primauté du phallus, la différence des sexes doit advenir, et que là où était la castration, la reconnaissance du vagin – et du clitoris – doivent advenir. Une femme n’est pas « le deuxième sexe » mais « l’autre sexe », radicalement autre.


[1] D’où nous vient cette « folie » d’assignation ?

[2] C’est-à-dire de « névrotiser ».

[3] Il est à relever que c’est en termes d’éprouvé que les contestataires s’opposent à la loi du visuel, sans omettre toute l’ambiguïté de cet éprouvé : est-ce une authentique perception interne, ou bien une interprétation, un vision-du-monde interne ? C’est un mythe endopsychique projeté.

[4] Ensemble de comportements (ou de conduites requises) exprimant le féminin, ou la femme ? Féminité serait un terme médian, inclinant tantôt plus côté femme, tantôt plus côté féminin, selon les auteurs.

[5] Cet anatomique est-il imaginaire ou biologique, est-il du voir ou du projeté ?

[6] Ce que refuse le narcissisme dont le souhait est : l’un et l’autre.

[7] Voir, par exemple, la Khôra de Platon dans le Timée.

[8] Sigmund Freud, « Analyse avec fin et analyse sans fin ». Quelque chose se répéterait dans certaines théories avec la « débiologisation » de Freud.

[9] La dérive que produit l’entre-glose selon ce que j’appellerais volontiers l’axiome de Montaigne, dérive qui nous montre le risque qui nous attend tous, celui de projeter notre équation personnelle ou notre doxa (nos préférences pulsionnelles, disait Freud) dans ce que nous lisons ou observons, quand on recourt plus à la connaissance dite établie (par le nom de Freud) et non plus à l’observation clinique : référence qui occulte l’acte de ma lecture qui ne constitue que mon Freud : car l’équation personnelle joue dans l’acte de lecture, et il y a donc à confronter cette lecture à celle des autres comme à l’expérience de la pratique.

[10] Voir Baubo et Déméter : si la déesse comme mère est déprimée, endeuillée, et donc impuissante, elle redevient toute-puissante comme femme sexuée. Voir aussi Schreber, la « salope », etc.

[11] Un autre exemple est celui des lectures du mythe de Tirésias : certains ne voit que la transformation de l’homme en femme, beaucoup moins s’intéressent à sa transformation de femme en homme, et encore moins tentent de prendre l’ensemble de ces deux transformations. Transformations qui sont chaque fois le fruit d’une punition, d’avoir dit le secret de la jouissance féminine ou interrompu une scène primitive (deux serpents – aux sexes invisibles). Le mythe indique clairement que devenir homme castre dans le sens où cela réduit la capacité de jouissance de 80%…

[12] C’est là le fond même du mythe de Narcisse qui quête sa sœur morte et se jette puis se noie dans son image, image de son double, reconstituant hallucinatoirement l’androgyne aristophanesque.

[13] Surtout lorsque, comme Foucault, on cherche à valider l’objet par la pulsion. Fonctionnement éminemment refoulant.

[14] In « L’intérêt de la psychanalyse », 1914.

[15] Mais en disant « signifiant femme » l’on fait courir le risque que l’accent se porte bien plus sur « femme » que sur « signifiant » ou l’ensemble des deux. Ce que Lacan semble vouloir dire ainsi est qu’il s’agit du signifiant mère qui est dans l’inconscient.

[16] C’est une chose.

[17] Freud fait le constat que ces significations ne peuvent pas vraiment relever d’un concept unique. Il doit « faire » avec les contraintes inhérentes au principe d’une seule libido. Cette trilogie est peut-être l’ébauche de celle que Lacan élaborera plus tard : symbolique, réel, imaginaire. La pratique de l’analyse nous permet de reconnaître, dans l’entremêlement des trois champs qu’il délimite, la nécessité pour Freud de séparer les différentes significations portées par le couple masculin – féminin. Cette antinomie de la bisexualité psychique est retrouvée tout au long du travail de Freud : voir les Trois essais, Un enfant est battu, les Nouvelles conférences, Analyse finie et infinie… Pour mémoire on peut constater qu’en France avec Lacan, cette notion a disparue des concepts analytiques opérants.

[18] C’est le discours moral des Romains.

[19] Par exemple, les soins peuvent être vécus comme une totale effraction dans la période anale (suppositoires, thermomètre, etc.). L’autre plan de ce fait sera lié à l’instauration du surmoi et du sentiment de dépendance.

[20] Voir Piaget.

[21] Systèmes binaires, c’est-à-dire définissant des dualités, des couples d’oppositions (comme manger – être mangé, prendre – donner, puissant – impuissant, etc.) qui sont la base de la formation du fantasme. L’on peut soutenir ainsi que toute la sexualité infantile, et donc la vie psychique de cette période, fonctionne ainsi sur la base de dualités, dualités que l’on retrouve chez l’adulte évidemment, et pas seulement dans sa sexualité et ses fantasmes ou ses ambivalences, mais aussi dans ses modes de pensée.

La problématique œdipienne, sur ce point, vient rompre cette suite élaborative de dualités. Car c’est en effet un mode tout nouveau qui apparaît, celui d’une tiercéité, ce que certains ont décrit en termes de triangulation.

[22] Freud par lui-même, p. 62.

[23] Voir « Le mensonge partagé » de Ruth Mac Brunswick.

[24] Cf. le petit Hans.

[25] Mais voir Hans ou Ruth Mac Brunswick.

[26] Ce qui peut devenir un prototype des angoisses féminines de l’homme, soit selon la passivité, soit selon l’identification.

[27] Voir la fantasmatique homosexuelle chez l’homme : son orgueil phallique qui lui fait mépriser la femme cache en fait son envie d’éprouver une jouissance féminine ; pour ce faire il élabore un substitut grâce à l’équivalence vagin = anus. Ajoutons que l’homosexualité est une défense contre la rivalité œdipienne dans la névrose, une fixation dans la perversion et une régression narcissique dans la psychose.

[28] C’est le moi qui est une surface et le ça qui est souvent représenté comme un gouffre ; dès lors, la réassurance narcissique passe par la caresse sur la peau, c’est-à-dire qu’elle réassure le moi face à l’inconnu du sexuel. Mais faire de cela des lieux pour le masculin et le féminin est bien une conception d’homme (la femme est un trou – à condition d’effacer les bords qui font ce trou : certains hommes ont ainsi besoin de supprimer le sujet).

[29] En ce sens, la position passive, du fait de l’inachèvement du petit humain, serait première, un état primitif de la psyché (à l’instar de l’embryon chez qui le sexe femelle serait premier), instaurant une primauté de la dépendance sur laquelle se greffe le surmoi, selon Freud (voir l’Abrégé). Ceci dit sans faire de liens entre ces deux choses. Le mythe de Psyché et d’Éros est ici exemplaire.

[30] Terme bien intéressant qui nous vient du latin, sub jectum, jeté sous.

[31] Voir le destin psychique de l’interdit de la masturbation qui représente cela, c’est-à-dire de se faire jouir et de s’y autoriser ? Masturbation qui fut plus tolérée pour les garçons (nécessité de la pulsion d’emprise) et interdite aux filles…

[32] N’oublions pas que la sexualité infantile et autoérotique est interne ; la pulsion prend le sujet ou le moi pour objet ; mais la sexualité génitale est composée d’une exigence physiologique interne et d’un codage externe.

[33] L’efféminé affiche, lui, une offre de soins et d’apaisement de l’excitation tout en masquant la sienne, ce que l’on retrouve dans certains jeux de séduction.

[34] Voir l’angoisse devant la jouissance.

[35] Voir les rêves de poursuite (de persécution, qui signifie à l’origine : poursuite), commun aux deux sexes.

[36] On ne peut pas soutenir que la psychanalyse est la troisième attaque narcissique infligée à l’humanité si d’un autre côté on réfute le fondement  neurophysiologique de la vie psychique.

[37] Étant au plus près de la Nature, ce serait donc sa nature d’être excitée et ainsi excitante…

[38] Lolita = Nirvâna, ou plus la forme est « belle », plus elle m’excite et plus je la suppose pouvoir endiguer mon excitation et l’épuiser.

[39] Dans un couple, les éléments peuvent être clivés et projetés selon les partenaires. Voir aussi les « humères » de Winnicott ou l’orgasme du moi, etc.

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