Piera Aulagnier : « Comment peut-on ne pas être persan ? »

In « Un interprète en quête de sens », Payot 1991, pp. 29-45.

 Au début du XVIIIe siècle, l’imaginaire jeune étranger, introduit auprès de l’élite, admirative et fascinée, s’entendait poser la question, devenue dès lors célèbre.

Un Montesquieu d’aujourd’hui, observant l’élite intellectuelle, serait en droit de dire que la question que bien des philosophes, logiciens, sociologues, psychiatres seraient prêts à mettre en guise de morale à leur écrit pourrait être: «Comment peut-on ne pas être analyste?» ou encore: «Comment peut-on ne pas être freudien ou lacanien? »

Mais cette question n’est-elle pas tout autant celle que se posent bien des analystes se penchant sur ces deux vastes champs du savoir qui s’appellent respectivement sciences humaines et médecine?

« Comment peut-on ne pas l’être? » (persan, analyste, freudien).

Seulement est-on sûr d’être encore en mesure de répondre à la question : « Comment peut-on l’être ? »

Est-on sûr que la ligne partageant d’un côté les analystes, de l’autre, les psychiatres, les philosophes, les sociologues, une fois qu’ils ont adopté les concepts freudiens, puisse encore être tracée? Si les questions touchant la formation, la didactique (et il n’est pas indifférent qu’on tende à remplacer ce terme par celui de transmission du savoir)~) le choix de repères valables garantissant le savoir de celui qui exerce ont été de plus en plus discutées, si on a pu même mettre en question la possibilité de tout repère de ce type, n’est-ce pas que l’extension du champ de la psychanalyse, le nombre croissant de ses adeptes, le fait qu’elle tende à devenir l’idéologie de notre culture, avec la récupération que cela implique, ont rendu de plus en plus difficile de définir ce qu’est un analyste? Ce qu’est sa praxis par opposition à ce qui n’en serait que des applications, des dérivés ou des sous-produits ? En quoi, par exemple, est-il ou n’est-il pas aussi un psychothérapeute? En quoi est-il ou n’est-il pas le tenant d’une option philosophique qui le conduirait à un choix en tant que zoon politikon ? En quoi est-il ou n’est-il pas celui qui propose un modèle de sujet non aliéné dont il faudrait élucider les rapports avec le modèle de « normalité » et celui de « guérison » ?

Ces questions, ouvertement ou en filigrane, surgissent de différents côtés, qu’elles interrogent l’analyste, ou qu’elles représentent le credo par lequel il se déclare tel et demande à être reconnu.

Elles sont aussi, de façon plus subtile et sous différents déguisements, à l’origine des crises qui secouent périodiquement les sociétés analytiques : mais de cet aspect du problème, bien que fondamental pour l’avenir de la psychanalyse, je ne parlerai pas ici, le réservant pour un texte prochain.

C’est un autre aspect du problème que je voudrais aborder. Aspect qui se relie plus directement à l’objet du séminaire de cette année et soulève la question de ce qu’implique l’apparition d’un enseignement étendu[1] de la psychanalyse. Quel est le rapport que ce savoir doit (ou ne doit pas), peut (ou ne peut pas) partager avec les disciplines comprises sous le terme générique de sciences humaines et plus particulièrement avec la psychiatrie? Pour parer à des malentendus excessifs je tiens à définir d’entrée de jeu les limites dans lesquelles j’entends traiter ce sujet. Deux questions seront discutées :

1) L’analyste parlant d’analyse (enseignant au sens large, qu’il appartienne aux facultés, aux collèges de médecine, ou qu’il tienne un séminaire comme celui-ci), peut-il affirmer qu’il est seul en droit, grâce à son savoir, d’occuper cette place ? Ou n’est-ce là qu’une défense narcissique de sa part?

2) A quel désir répond-il en acceptant d’être à cette place? Et comme corollaire inévitable, en quoi ce « désir » est-il relié à son désir et à son projet en tant qu’« analyste en fonction » ?

Ces deux questions n’épuisent certainement pas le problème de l’enseignement de la psychanalyse; si je les ai privilégiées, c’est que, pour des raisons liées à mes réflexions présentes, elles me sollicitent de façon plus pressante. Les considérations qui suivent les traiteront successivement.

Apparemment les analystes se partagent en trois classes. Aux deux extrêmes ceux que j’appellerai :

– les missionnaires de la propagation de la bonne parole, et

– les nostalgiques des ghettos (ghettos, il faut ajouter dorés, et réservés à une élite aristocratique).

Entre les deux :

– ceux qui paraissent à la recherche d’un compromis, s’alliant pour ce faire tantôt avec les premiers, tantôt avec les seconds.

Aux deux positions extrêmes font pendant, sur le plan de la théorie et de la praxis, une série de dualités :

– cliniciens-théoriciens;

– analyse comme thérapeutique – analyse pure ou didactique; – analyse comme savoir – analyse comme vérité;

– société fermée, réservée aux seuls élus – société à enseignement ouvert; et l’on pourrait sans doute trouver encore d’autres binômes.

Mais sous l’apparente netteté de ces prises de position antinomiques, se fait jour, de façon tout aussi nette, une foncière ambiguïté présente dès l’origine de l’analyse, et qui est allée s’accentuant jusqu’à donner parfois ces derniers temps l’impression d’un mouvement dont la vitesse ne permet plus de prévoir ni sa trajectoire, ni, encore moins, son point d’arrivée. Cette ambiguïté se manifeste sur bien des plans dont je mentionnerai les deux principaux :

– le rapport que soutient l’analyste entre « ses » concepts, « sa » théorie et la reconnaissance comme l’adhésion qu’il attend des autres (ces autres dépassant toujours le cadre de ses collègues directs);

– ce qu’il dit sur sa praxis, ce qu’il peut en donner comme théorisation et ce que devient cette praxis quand il agit en tant qu’analyste.

On peut saisir cette ambiguïté à partir d’une première question qu’on peut poser, et que l’on pose, à l’analyste :

Quelle est la source de son savoir?

– Les textes de Freud?

Certainement, répondra un hypothétique analyste interrogé, mais il n’admettra pas que ce soit là sa seule source. Cela enlèverait en effet toute spécificité à son savoir.

– Le fait d’avoir été, en plus, analysé?

En partie certainement. Mais demandez donc à un analyste si l’addition : analyse personnelle + lecture des textes de Freud = savoir de l’analyste; je serais fort étonnée qu’à quelques exceptions près, la réponse soit affirmative.

– Resterait donc un troisième facteur à ajouter

L’être analyste ou le fait d’analyser.

Mais la fonction de ce troisième terme, il est facile de le voir, peut très bien être d’escamoter la question; il pose ce qui est à démontrer comme déjà résolu.

Une réponse qui a été souvent donnée par les analystes consiste à déplacer le problème par un énoncé de ce genre : la particularité du savoir de l’analyste résulte de ce qu’a de spécifique son rapport au savoir, entendant par là que l’ouverture qu’il réussirait à maintenir avec son propre inconscient (ce qu’on appelle l’auto-analyse) le mettrait à l’abri (plus que tout autre sinon totalement) des pièges de sa propre parole, de la fascination propre à la position du sujet supposé savoir, et donc de l’usage qu’il peut en faire. En un certain sens, il deviendrait le paradigme du « parfait enseignant », de celui qui dénonce le fantasme du dialogue, qui ne se laisse pas prendre au piège de la relation narcissique enseignant-enseigné, qui dispenserait en toute gratuité un discours qu’il croit vrai, mais qui le premier proclamerait la vérité comme ouverte et mouvante, et qui, ce discours prononcé, refuserait d’en recevoir en échange quelque gratification que ce soit puisqu’il saurait, lui, que l’enseigné est forcément pris au piège de son propre transfert comme de son propre narcissisme. Ce « modèle » fort alléchant se heurte à ce fait d’expérience : des analystes parlent, enseignent, défendent leurs positions théoriques et le font face à des auditeurs qui deviennent, bien souvent et malgré eux, des témoins gênants pour soutenir le postulat sus-indiqué. Mais il y a plus important : si nous admettons l’hypothèse de l’analyste capable de soumettre les effets de sa propre parole au crible d’une auto-analyse et de se préserver par là de ces mêmes effets, jusqu’à quel point ce qu’il peut en dire est-il communicable à ses auditeurs, dès que ceux-ci ne sont pas eux-mêmes analystes ?

Dès que l’analyste ne s’adresse plus au cercle restreint de ses collègues (de personnes ayant une même expérience), la question de ce qui le meut à prendre cette position, de ce qu’il se propose ce faisant, de la cause comme des effets, de ce choix, montre l’ambiguïté de sa position, met en question les justifications qu’il pourrait en donner.

Une autre réponse pourrait être envisagée : si l’analyse est, ce qui est incontestable, une théorie sur le sujet psychique, et donc trouve dans la philosophie, dans la sociologie, dans les sciences traitant de l’homme un champ d’application privilégié, n’est-il pas normal que l’analyste fasse bénéficier de ses lumières le philosophe, le sociologue, l’ethnologue, etc.? En effet, pourquoi pas? Mais il faut dès lors reconnaître que ce que l’on appelle aujourd’hui la psychanalyse appliquée semble de plus en plus trouver dans un parterre extra-analytique ses plus brillants exposants. Il arrive aussi que de l’extérieur nous vienne, rarement il est vrai, une reprise des concepts freudiens et une application de ces mêmes concepts qui égalent les écrits des meilleurs théoriciens de notre bord; Jacques Derrida, s’interrogeant sur Freud et la scène de l’écriture n’a rien à envier à ce que le meilleur analyste pourrait écrire sur ce sujet. Mais Cet usage des concepts freudiens, sur lesquels nous n’avons du reste aucun droit de chasse privé, nous le rencontrons de plus en plus un peu partout. Face à la brillance de certains exercices où l’on voit mathématiques, logique, métaphysique, structuralisme côtoyer les concepts de coupure, de suture, de « a » de « A », où les uns sont invoqués pour expliquer les autres et vice versa, l’analyste finit par éprouver cette étrange sensation dont nous parle Freud à propos de l’Unheimliche. S’agit-il de l’application de ces mêmes concepts qu’il croyait pourtant connaître, ou est-on en train de lui en proposer d’autres qu’on appelle du même nom : il a l’impression que quelque part il y a maldonne. Manque à savoir de sa part ? Erreur ou fascination leurrante de la part des autres? Entre les deux réponses possibles, il se surprend à hésiter, ne sachant plus si en condamnant, il pèche par ignorance ou si en approuvant, il ne se laisse pas prendre au leurre narcissique qu’on lui tend, peut-être en toute méconnaissance, leurre qui viserait à récupérer le savoir analytique sans faire les frais de l’expérience analytique. Ce que j’avance ne veut pas rendre compte de je ne sais quel malaise ou quel conflit affectif chez l’analyste : cela le regarde et il est supposé être en mesure d’y réagir. La question me paraît plus grave : l’inquiétante étrangeté renvoie ici au doute qui le saisit face à une culture qui lui renvoie en miroir son propre discours, mais de façon telle qu’il ne peut plus le reconnaître comme sien et qu’il ne sait plus si en dénonçant l’erreur il dénonce l’usage culturel qui en est fait ou le discours lui-même. Et cela est autrement sérieux. Si l’analyste est réduit à devoir choisir entre ces deux positions extrêmes : ou bien prétendre qu’il est le Seul interprète valable du message de Freud, et que toute application de Ce Message hors de la situation analytique est un non-sens, ou bien Proclamer que tout peut et Surtout doit passer par la grille, par le code du système freudien et que cela suffit à témoigner de la vérité du dit; si, effectivement, ces deux choix sont les seuls possibles, il ne reste plus qu’à avouer la faillite du système lui-même.

Face à cette situation et voulant éviter de trancher, l’analyste peut être tenté de ne pas prendre Position et se contenter de défendre son autonomie en se réfugiant dans un champ bien délimité, en se désintéressant du reste. Mais quel sera ce champ? Celui d’un discours sur la clinique? Celui d’un discours sur la didactique et la formation des analystes ? Est-il si sûr que ça de s’y trouver à l’abri ? L’exposé du cas clinique excepté, j’en doute fort. Et je prendrai comme exemple ce qui de prime abord pourrait paraître son bien le plus sûr : sa réflexion sur la didactique au sens strict. Ce discours est-il fondamentalement autre chose que l’analyse des pièges narcissiques inhérents à toute situation mettant face à face un sujet supposé savoir et un sujet désirant acquérir ce savoir? Mais ce discours sur le mirage du savoir, sur la fonction leurrante de l’enseignant, sur les pièges du transfert, sur la position de « leurrés » des deux partenaires, n’est-il pas aujourd’hui monnaie courante hors des cercles analytiques? la stéréotypie et l’identité des termes employés permettent-elles encore de voir ce qui devrait les différencier ?

Il y a enfin un dernier point à considérer : il représente tout autant le dernier bastion que l’analyste occupe, quand il se sent délogé des autres lieux, que le fleuron que la plupart des autres sont prêts à lui accorder, voire à lui imposer sans demander son avis. A court d’arguments, l’analyste rétorquera que la suprématie non discutable de son savoir sur le sujet psychique, vient de ce que lui analyse : soit qu’il est le seul qui ait pu vérifier la vérité du discours freudien, que cette vérification, cette expérimentation in vivo, il Peut seul la poursuivre indéfiniment et que de ce fait, il est habilité à pouvoir critiquer le « su » en ce domaine et à dévoiler peu à peu des pans du « non-su ». Cette position n’est pas, elle non plus, sans présenter quelque ambiguïté: l’enseigné pourrait en effet lui répondre : 1) Que la vérification de la théorie freudienne n’a plus besoin d’être faite; 2) Que ce qu’il apporte comme son prolongement de la théorie ne peut être vérifié par les autres et paraît donc sujet à caution : pour qu’il devienne vrai, il faut que la vérification en soit possible pour tout auditeur, soit directement soit par la voie d’une application du dit dans d’autres domaines. Ce bastion pourrait donc être moins solide qu’i1 ne semble. Néanmoins, il est en général peu attaqué. La raison en est simple, le discours de l’analyste est en partie toujours attendu et entendu comme une interprétation offerte à celui qui vient écouter. L’auditeur entendra tout discours de l’analyste, et cela en proportion directe de la notoriété de ce dernier, comme une sorte de message codé qui va lui permettre de déchiffrer son comportement le plus secret ou celui du voisin. Que ce faisant il tombe dans un piège qu’il s’est lui-même posé est une autre affaire. Il n’en reste pas moins que celui qui vient écouter l’analyste est mû, entre autres choses (ce n’est pas le motif exclusif, ni même essentiel), par un désir où transgression et ruse vis-à-vis de l’analyse ont leur part. Transgression, car il ne faut pas s’y tromper, plus d’un demi-siècle d’usage n’a pas totalement réussi – on y arrivera sans doute – à désamorcer et à neutraliser ce que le discours de Freud avait de perturbant pour une culture qui, depuis deux mille ans, avait édifié ses lois, ses références, ses garanties. Avoir tout à coup libre accès à un savoir qui vient mettre en cause tout savoir établi; à une éthique qui dénonce comme erreur ou comme méconnaissance ce qui, jusqu’alors, fondait les éthiques qui la précédaient, c’est se voir tout à coup offrir le moyen de justifier, au nom de ce Dieu de la science que vénère notre société, ce qui risquait jusqu’alors d’être taxé d’inadaptation sociale, de trouble caractériel, d’utopie infantile. je ne suis pas en train de dire que le discours analytique est par nature ce «moyen», je dis qu’il peut être entendu comme tel.

Quant à ce que j’appelle la « ruse », il faut reconnaître qu’il est toujours tentant de se servir des armes qui sont offertes contre l’offrant : il est tentant de pouvoir démontrer par l’acquisition du savoir qui vient s’offrir que ce savoir pèche dans ce qu’il proclame comme sa vérité essentielle : soit qu’il n’y pas de connaissance de la psyché sans le préalable d’une analyse. Il y a là un double bénéfice: le savoir que l’on a acquis paraît ipso facto supérieur à celui de l’analyste parlant puisqu’il en démontrerait une erreur. Le non-analyste qui croit arriver à tenir un discours qu’il pense exact sur le sujet psychique et donc sur lui-même, non seulement se pose comme l’égal de l’analyste mais pense le dépasser en savoir puisque son discours prouve que sur un point tout au moins, et pas des moindres, l’analyste se trompait, en d’autres termes que l’analyse personnelle est une épreuve inutile.

Mais toutes ces réflexions, si on admet leur vérité, prouveraient avant tout une chose : que l’analyste ne serait pas dupe des pièges propres à la diffusion de son savoir. Or, que je sache, s’il parle, s’il écrit, ce n’est pas sous je ne sais quelle pression extérieure. Du phénomène culturel que représente aujourd’hui la théorie analytique, sorte de nouvelle idéologie de l’époque, il peut bien sûr s’en dire la victime; ce faisant il oublie qu’il en a été et qu’il en reste l’inducteur. Apprenti sorcier ? Missionnaire prêt à sacrifier son bien sur l’autel de la vérité? Sujet pris comme tout un chacun au piège de son propre narcissisme? Apôtre d’un nouvel idéal qui ne veut se présenter comme tel? Quelle que soit la catégorie qu’il revendique comme sienne, une chose me paraît sûre : de ce destin, de cet avenir de la psychanalyse, qu’il s’en réjouisse ou qu’il s’en désespère, il a été le facteur déterminant. Et il continue de le rester. Si l’auditeur, et ici je simplifie volontairement le problème, vient l’écouter dans l’espoir, peu orthodoxe et qui, comme tel, serait à décourager, d’être interprété, sa présence ne suffit pas à faire surgir par enchantement l’analyste parlant : encore faut-il qu’un sujet qui se dit analyste ait le désir de prendre la parole face à cet auditoire.

Ce désir, quel est-il ? C’est là l’autre volet de la question : analyser le sens latent de la demande du savoir analytique, que de plus en plus la société réclame à grands cris, est une chose, -analyser le sens tout aussi latent de l’offre que fait l’analyste de ce savoir en est une autre.

Ceci conduit à la deuxième partie de ce texte qui empruntera un détour et s’interrogera sur ce que j’appellerai : le projet de l’analyste. J’entends par là ce que vise l’analyste quand il exerce sa fonction et quand il en parle. Ici aussi, le problème n’est pas nouveau, ici aussi il tend à s’exacerber sans pour autant, hélas, dépasser une ambiguïté qui risque, à brève échéance, de nous coûter cher. L’analyse en tant que praxis, paraît dès son origine, soit s’être laissée prendre dans un dilemme, soit, au contraire, avoir essayé de le récuser sans autre résultat que de tomber dans un autre piège tout aussi dangereux.

Il est posé par ces deux termes :

– la psychanalyse envisagée avant tout comme thérapeutique;

– la psychanalyse envisagée comme une démarche particulière dont la seule visée serait l’acquisition d’un certain savoir sur le fonctionnement psychique (la question des effets de ce savoir sur le sujet qui l’acquiert est le plus souvent laissée dans l’ombre).

Au nom de Freud, on a défendu tour à tour les deux positions : la prévalence, dans l’acte analytique, du projet thérapeutique, donnerait un reste, un « savoir par surcroît » dont l’analysé peut ou non perpétuer l’enrichissement, ou bien l’inverse, pour ceux qui privilégieraient ce que faute d’un autre terme, j’appellerai le « pur analyser ». Ce qui est ainsi mis en question, c’est le « désir » de l’analyste, question à laquelle on a souvent répondu (sans se rendre compte que, ce faisant, on s’en sortait par une pirouette) par un objet « savoir », qui est l’objet de tout penseur comme de tout chercheur. Posons, à notre tour, quelques définitions simples et qui paraissent difficilement incontestables :

a) Le savoir de l’analyste a comme objet l’étude du fonctionnement psychique;

b) La particularité de ce savoir consiste dans la nécessité pour l’analyste comme pour l’analysé de devoir à chaque fois le retrouver in vivo;

c) Cela le différencie de ce que serait, par exemple, le savoir mathématique. Face à un triangle rectangle, je peux toujours affirmer que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des autres côtés. Face à un sujet, je ne peux soutenir aucun théorème de ce type : « Tout sujet qui a eu comme mère cette entité clinique qu’on définit comme mère de schizophrène est schizophrène. » Ni même : « Chez tout sujet hystérique, je peux déduire a priori les facteurs historiques ayant déterminé son destin. » De ce sujet particulier qui me fait face, je ne connais rien : ce que je sais par contre, c’est la voie à suivre pour le faire parvenir à cette connaissance;

d) Il en découle que le savoir de l’analyste se résout dans un « savoir analyser», soit être capable de faire parvenir un autre sujet à un déchiffrage de son texte inconscient.

A partir de ces définitions que tout analyste accepterait, on a souvent abouti à une profession de foi ainsi exprimée: « Le désir de l’analyste (ou son projet), c’est l’analyser», toute dimension thérapeutique étant considérée, soit comme séquelle d’une vocation médicale mal analysée, soit comme scorie imposée par la pression sociale.

Envisageons maintenant les implications nécessaires de cette position. Il faut d’abord rappeler un point essentiel. Analyser, dans le sens où l’emploie tout analyste, signifie promouvoir chez un autre sujet, qui se plie à l’expérience, la possibilité et le désir de s’analyser. Hors de cette dimension, il n’y a simplement pas d’analyse. On en arrive alors à constater que sur ce point, le désir de l’analyste est de susciter chez un autre sujet le même désir : soit le désir d’analyse chez celui qui est sur le divan.

Désir de s’analyser ou désir d’analyser? C’est là une question troublante pour l’analyste et qui est à l’origine de bien des confusions[2].

En effet, si, comme il le prétend, l’être analyste est l’état qui favorise le plus une auto-analyse indéfinie, ce « désir d’analyse » que son projet viserait à susciter chez l’autre devrait, si on arrive à démanteler les résistances qu’il rencontre sur son chemin, aboutir à un « désir d’analyser ». Ce qui pourrait conduire, à échéance plus ou moins brève, à mettre en place une sorte d’étrange fonctionnement autoreproducteur aboutissant à l’autoreproduction de l’espèce analytique, autoreproduction qui deviendrait la seule visée valable « pure » du « fait » d’analyser.

Ce qui peut, sans problèmes, se traduire en termes de « savoir », sous couvert d’une éthique qui paraît sans faille. Si le savoir de l’analyste a comme résultat, dans son application, de devenir possession d’un autre sujet (ce qui est tout à l’honneur de l’analyste en tant qu’enseignant ou en tant que particulier), si son désir est ce partage (et ici encore on ne peut qu’applaudir à son éthique), il sera d’autant plus exaucé et d’autant plus pur, qu’il aboutit à la formation d’un autre analyste. L’on pourra conclure que la didactique est le seul acte analytique « pur »-, d’où la facilité d’un autre glissement :

le vrai analyste = l’analyste didacticien

et l’on pourra alors soutenir le paradoxe, mais le sera-t-il encore, selon lequel la seule indication pure (entendez valable) de l’analyse est le désir de devenir analyste.

Dès lors, un petit groupe de sujets se séparera de l’ensemble de la société; ils n’auront comme fonction que de maintenir le groupe, voire de l’élargir; ils feront « avancer la théorie de l’analyse », sans doute, niais une théorie elle aussi, quitte à imaginer que, dans leurs heures libres, ils fonctionneront comme des conseillers suprêmes de l’institution sociale. Dans la société de consommation qui est la nôtre, ils seront les seuls à prétendre pouvoir échapper au leurre en revendiquant une sorte de gratuité, de pur luxe de leur praxis. Mais cette position, faut aussi la soutenir dans ses implications sur un autre plan :

a) Toute analyse qui ne débouche pas sur le « devenir analyste » est une analyse mal terminée;

b) Tout acte analytique qui a comme objet un sujet dont on peut être sûr, dans certains cas, qu’il ne sera pas analyste (l’enfant, le psychotique, l’adolescent et même le névrosé), est un sous-produit, l’application d’une praxis d’inspiration psychanalytique;

c) Le terme de « cure » devient lui-même suspect : il faudra parler d’« initiation », de « démarche épistémologique », ou inventer un autre terme, celui de « didactique » paraissant lui-même douteux : ce sur quoi débouchera toute « cure » sera la répétition indéfinie d’un même processus.

Si telle devient l’idéologie analytique, il faut passer la main pour ce qui est de la psychopathologie dans sa totalité : à la rigueur, on conseillera le médecin et le psychiatre pour qu’ils profitent de notre savoir. Si cela advenait, l’analyse de demain sera un « quelque chose » qui n’aura plus de freudien que le nom.

A cette position peut s’opposer une autre, à l’extrémité opposée de l’échelle des valeurs : faire de la psychanalyse une superspécialité psychiatrique. « A nous les malades, aux autres les brillants exercices de style » (qu’on pourra, du reste, toujours rejeter au nom de la sacrosainte expérience clinique). De cette deuxième position, il faut aussi mesurer les implications :

a) Comme toute spécialisation, elle impliquerait un premier savoir médical, donc le candidat ne pourrait être qu’un médecin. Cela n’a en soi rien de scandaleux, sinon que la nécessité d’un savoir médical préalable n’a jamais été démontrée, et ne peut pas l’être. On n’a pas l’impression que le médecin devenu analyste et exerçant comme tel fasse souvent recours à son ex-savoir;

b) A moins de dire que par « maladie » on se réfère de façon précise et exclusive au champ de la névrose (et alors la notion même de superspécialité psychiatrique n’a plus de sens) si le projet ou le désir de l’analyste est le «guérir du thérapeute», se pose la question de l’ambiguïté de son attitude thérapeutique face à la psychose. En effet, ou bien il est sûr que l’analyse est la démarche thérapeutique par excellence (face au psychotique); ou bien il en doute. Dans le deuxième cas, on peut se demander au nom de quoi il se réclamerait d’une superspécialité. Dans le premier, on ne peut que s’étonner devant le nombre fort réduit d’analystes exerçant en hôpital psychiatrique. Dire que c’est parce que l’institution, telle qu’elle fonctionne, est incompatible avec la psychanalyse rend la situation tout aussi suspecte : car il faut dès lors s’étonner de leur peu d’empressement à dénoncer l’institution (il y a des exceptions, bien sûr)[3].

Mais il y a une troisième objection plus théorique et plus sérieuse : si la démarche analytique n’est qu’une superdémarche thérapeutique (et à moins qu’on définisse cette notion de façon spécifique) réservée au trouble mental, si l’analyste est un spécialiste partageant le même

concept de « guérison » que tout médecin, il faut qu’il accepte de reconnaître que le « modèle » de fin de cure auquel il se réfère fait appel à des notions (adaptation sociale, réussite professionnelle, bonheur privé) qu’il emprunte à des champs extra-analytiques. Existe-t-il une définition psychanalytique du bonheur? J’en doute. Et il y a plus : en acceptant ce type de références, il oublie que ce sont celles-là mêmes que son discours met en question.

De toute façon, l’opposition « désir d’analyser », « désir de guérison » me paraît un artifice aussi démenti par les faits qu’il l’est par le discours de l’analysé (qui, lui, en effet, revendique tour à tour une des deux positions comme cause de sa demande d’analyse).

L’analyste peut-il prétendre que l’« analyser » de son projet ou le « s’analyser », visé par sa praxis, sont pour lui pur savoir gratuit ? je ne le crois pas.

L’analyste, il faut l’espérer, aussi «pur» soit-il, a lui aussi un « modèle », mais ce « modèle » ne peut viser la guérison en tant que simple retour à l’avant de la maladie. Ce qui vise la fin de la cure, ce n’est pas le revenir à un quelconque « bon état naturel de la Psyché », c’est même l’opposé. Soit, ce qu’il ne serait jamais naturellement dans la possibilité de la Psyché d’atteindre, ce qui transgresse la loi même de sa structure; j’entends la connaissance de l’inconscient. Et cet état « autre » que nous n’avons aucune raison d’appeler le « normal», ni même «guérison », car on peut guérir d’autres façons, il le valorise parce qu’il représente l’extrême limite que puisse atteindre le sujet dans sa lutte contre l’aliénation inscrite dans sa propre structure.

Que le point de départ soit le « normal », la névrose, la psychose, ou la perversion, le projet de l’analyste devrait toujours être le même conduire le sujet aussi loin que faire se peut dans une démarche désaliénante. 

Pur désir de savoir? Position difficile à soutenir à partir du moment où la visée de l’analyste s’avoue soumise à cette éthique.

Pur désir de guérir? Mais quel sens a c  e terme pour celui qui croit que le but possible, sinon assuré, de sa démarche, est autre chose que la disparition des symptômes, ou un quelconque critère de « normalité » perdue par la survenue de la maladie. Ce que nous apprend la théorie freudienne permet de soutenir cette affirmation extrême : soit que le psychotique le plus « fou » peut atteindre ce point ultime de son analyse qui en fera un analyste. Cas rare, c’est vrai. Mais tant qu’on n’aura pas démontré que cette affirmation est pur non-sens, je dirai que l’analyste entreprenant une didactique, s’asseyant face à un psychotique, analysant un enfant, agit en analyste authentique. Que le psychotique soit assis ou allongé, que l’enfant parle ou dessine, ne change rien : ce qui définit le sens de « l’acte », c’est le projet que soutient celui qui l’entreprend.

Ce détour du côté de l’analyste montre l’impossibilité dans notre champ de séparer le rôle de l’enseignement et l’usage qui en est fait par celui qui l’exerce de la conception que ce même sujet a du rôle de l’analyste, de son éthique, de son savoir. L’ombre de l’enseignant, en se projetant sur celui qui a la tâche d’analyser ce que signifie chez un autre le désir d’être analyste, risque de ne plus lui faire entendre que ce qui peut consolider sa position de dépositaire du, savoir. L’analysé se retrouvera identifié à l’élève fidèle sans plus voir ce qui dans cet acte d’allégeance est pur effet de l’aliénation transférentielle. L’analyste en favorisant ce passage ferme à l’élève tout accès à une connaissance qui ne soit simple répétition du déjà-dit du Maître et rend impossible à l’analysé tout accès à une position analytique qui ne passe par un mécanisme d’identification. L’analyste-enseignant doit rester conscient de ce danger qui le guette, faute de quoi ces deux activités s’annuleront réciproquement.

Ce n’est qu’au prix de cette vigilance que le projet de l’enseignant pourra partager le projet de l’analyste sur un point : conduire l’auditoire aussi loin que l’on peut dans une démarche de désaliénation. Mais l’analyste ne pouvant prétendre, ce qui serait en totale contradiction avec sa théorie, que de la place qu’il occupe en tant qu’enseignant, il est en posture d’interprétant face à l’inconscient des auditeurs, cette désaliénation doit viser un objet différent et qui ne peut être que le discours qu’on tient sur le savoir analytique; ce qu’il propose, c’est le discours qu’il croit vrai sur ce savoir. Si tel est son désir et son projet, ce qui répond à la deuxième question que je posais au début de cet exposé (soit : à quel « désir » répond-il en parlant), cela ne répond pas pour autant à la première : au nom de quoi, de cette place, se revendique-t-il comme l’occupant privilégié? Qu’est-ce qui garantirait de façon particulière la vérité de son dire, en ce domaine? Quel « en plus » de savoir posséderait-il par opposition au lecteur de Freud, aussi génial soit-il ?

Ma réponse va faire appel à deux concepts présents dans la parole de l’analyste : l’un de façon implicite – le savoir et sa vérification l’autre de façon explicite voire provocante – la vérité.

Mais celui qui dénonce la fonction leurrante que peut jouer le savoir, comme le leurre propre au discours qu’on tient sur ce même savoir, pour y opposer une « vérité » dont son discours porterait témoignage, est-il sûr (et pourquoi ?) de ne pas être tout autant victime de ces mêmes pièges ? Question difficile et qui exige que l’on définisse de façon claire en quel champ et dans quelles limites le dévoilement d’une possible antinomie entre savoir et vérité trouve sa raison d’être et quel en est le fondement : dénoncer comme utopie ou comme mystification l’alliance savoir-vérité détruirait toute possibilité de discours, y compris le discours analytique, si on ne définit de façon précise le « savoir » et la « vérité » dont il est question.

Dire qu’il existe un clivage entre

-la vérité de l’énoncé (soit le savoir) ;

et

-la vérité de l’énonçant (soit le désir en tant que promoteur de l’énoncé n’a de sens que si l’objet de l’énoncé est, de quelque façon, l’énonçant lui-même, en d’autres termes chaque fois que ces concepts s’appliquent à cet objet particulier qu’est le sujet psychique.

Ce qui pourrait dès lors spécifier la parole de l’analyste dans son fauteuil comme hors du fauteuil c’est qu’elle devrait tendre à témoigner chez celui qui parle du dépassement de cette possible antinomie. Dans le champ du savoir qui nous concerne, et ce que je dis ne s’applique que dans ces limites, le tendre vers la vérité de l’énoncé implique que soit connue et interrogée à chaque pas la vérité de l’énonçant. La parole de l’analyste ne trouve sa garantie de vérité que dans le savoir de l’énonçant sur lui-même et donc sur le désir qui meut sa parole. Dès lors, on peut dire que si l’énoncé est du côté du savoir et si l’énonçant est du côté du désir, la visée de vérité de notre discours implique non seulement que le désir soit l’objet qu’interroge le savoir, ce qui ipso facto pose les limites du champ psychanalytique, mais tout autant que ce savoir » soit devenu l’objet du désir.

Il reste à dire quelles sont les limites dans lesquelles ce « savoir » est transmissible : en d’autres termes que peut-on enseigner de la psychanalyse hors de l’expérience psychanalytique au sens strict? Question difficile sans aucun doute.

Je crois qu’est justifié un enseignement psychanalytique à condition que soient précisés les paramètres hors desquels il devient aussi leurrant, aussi mensonger que les discours qu’il prétend mettre au pilori.

Face à un auditoire qui, non seulement tend à s’élargir mais paraît de plus en plus solliciter la parole de l’analyste, quel discours peut être proposé ? De quelles nouvelles « unités de savoir » serons-nous les dépositaires et les offrants? En ce domaine, la dialectique de l’offre et la demande risque le plus de nous entraîner hors de notre trajectoire et de nous transformer en apprentis sorciers qui, un jour ou l’autre, feront en vain appel au Maître capable de remettre en bon ordre le chaos : ce jour-là ils risquent d’avoir la triste surprise de constater que les « Maîtres » sont passés de l’autre côté, qu’ils ne peuvent que favoriser la magie des objets et des mots.

Il est sans doute plus facile, mais non inutile, de commencer par préciser ce qui de la psychanalyse ne peut s’enseigner du haut d’une chaire (quel que soit le terme par lequel on remplace ce mot). Ce qui ne peut pas s’enseigner, et c’est le paradoxe de notre savoir, c’est ce qui en est le but même, son essence: soit « l’analyser » ou le « s’analyser ». Ce type de savoir est tributaire, et le restera tant que l’analyse se voudra fidèle à Freud, de cette expérience qu’est l’analyse personnelle.

Ce qui peut s’enseigner et ce qui peut se transmettre de notre propre expérience, c’est, d’une part, ce que la théorie freudienne apporte comme enrichissement dans la compréhension d’autres branches du savoir; de l’autre, et c’est là sans aucun doute la difficulté majeure, un « modèle méthodologique » permettant d’analyser en quoi une démarche visant le savoir risque de manquer son but, et ce qui peut la préserver, autant que faire se peut, de la faillite. C’est pointer l’ambition extrême du discours analytique qui, en un sens, devrait se proposer comme incarnation de ce « modèle ». Incarnation non pas de la « vérité » mais d’une méthode qui subordonne tout savoir sur l’énoncé à une interrogation sur l’énonçant, ce qui implique qu’on accepte que la connaissance de soi soit une éternelle remise en question. On voit dès lors ce qu’une telle position a d’inconfortable et le risque que lui fait courir une « demande » qui vise à parer l’analyste d’un savoir absolu qui serait transmissible et qui pourrait devenir le bien futur de l’auditeur. Entre l’offrant et le demandeur, le jeu de la séduction est d’autant plus facile et plus dangereux qu’il satisfait pleinement le narcissisme des deux partenaires.

Freud rappelait que l’analyste ne peut conduire son patient au-delà du point où il s’est arrêté lui-même dans sa propre analyse. Tout en espérant que même Freud puisse parfois se tromper, je conclurai en le paraphrasant. L’enseignement prend fin au moment où l’analyste devient lui-même aveugle sur le désir qui le meut dans cette fonction; au-delà le savoir se mettra au service du pouvoir, la vérité se fera leurre. L’enseignant passera outre les limites que son savoir doit respecter pour rester tel. Fait plus grave, il confondra sous l’unique étiquette d’élève ceux qui attendent de lui une ouverture au savoir et ceux qui sont en droit d’en attendre une ouverture au désir. On pourra voir dès lors l’analysé fuir ce que sa position a de pénible en se parant des emblèmes de l’élève fidèle, et comme tel largement gratifié, et l’élève échapper aux difficultés qu’il peut rencontrer de sa place, en devenant conjointement l’analysé, celui qui du savoir du Maître recueillerait ipso facto la meilleure part. Au nom du savoir l’expérience analytique pourra ainsi être transformée en une entreprise de séduction visant à augmenter le pouvoir des Maîtres; au nom du pouvoir on légifèrera sur le savoir, sur les modalités de sa transmission, sur ceux qu’on déclarera, arbitrairement, dignes ou indignes de postuler au titre d’élève ou à celui d’analyste (qui seront devenus synonymes). Si ce processus de dénaturation, qu’il œuvre au sein d’une hiérarchie constituée et en son nom ou qu’il prenne l’étendard de la défense de la « pureté » de l’expérience au nom d’un leader unique, ne trouve pas un point d’arrêt, l’analyste devra se rendre compte, à plus ou moins brève échéance, qu’il n’est plus possible « de l’être (persan, analyste, lacanien) ».



[1] Par « étendu » j’entends tout enseignement officialisé ou non, qui ne s’adresse pas de façon exclusive à des analystes, qu’ils soient en formation ou chevronnés.

[2] Confusion qui, au sein des sociétés psychanalytiques, prend souvent la forme d’un docte discours sur la théorie de la « didactique » que ce soit pour la déclarer impossible ou pour en faire le paradigme de toute analyse.

[3] Même  si on ne partage pas totalement leur opinion, on ne doit pas sous-estimer les travaux qui portent sur la psychothérapie institutionnelle, ni certaines mises en cause qu’ont suscitées les événements du mois de Mai.

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