Joël Bernat : « Mysticisme contre pessimisme : le cas Jung »

(Exposé le 08 avril 2011 à l’Université Paul Verlaine de Metz lors du colloque Colloque « Kulturpessimismus : ein paradigma in der diskussion » (2011). À paraître à Berlin.Résumé : Pour un grand nombre d’intellectuels, la Première Guerre Mondiale amena au même constat: l’individu avait disparu au profit de masses manipulées, et avec l’individu disparaissait aussi la spiritualité. A cela s’ajoutait pour Jung l’effet de la progression de la Science, autre outil de massification.

Jung participe à ce « pessimisme culturel », et toute sa recherche, et son orientation spécifique, va tenter d’élaborer une stratégie, une méthode de lutte qui permettrait de réinstaurer la spiritualité – contre la science qui déshumanise – ce qui, du coup, restaure l’individualité – contre les masses.

Mais ce projet, cette orientation – en soi, tout à fait recevable en son principe – va emprunter des voies mystiques et recourir à des savoirs mythiques, puis, sous l’effet de grandes généralisations, finir par produire une science et une croyance de masse (par exemple, le « New Age »).

En deçà de ce mouvement de pensée, la théorie de Jung se présente comme une utopie anti-mélancolique qui s’abrite derrière une position intellectuelle collective, celle du pessimisme culturel, mais qui en fait tente de soigner une problématique qui lui est très personnelle. Le fait est que toute sa théorisation quête une Unité supposée primordiale et dont la perte serait la source de tous les maux.

Homme. Animal si éperdudans la merveilleuse contemplation de ce qu’il pense qu’il est,qu’il néglige ce qu’il devrait indubitablement être. Ambrose Gwinnett Bierce[1]. 

Seuls les psychologues inventent des motspour des choses qui nexistent pas ! Carl Gustav Jung[2]

1: Un constat

Un des points de départ de la pensée de Carl Gustav Jung (1875-1961) est un constat suite à la Première guerre mondiale et l’énorme impact qu’elle a eu sur la plupart des intellectuels de l’époque, selon deux aspects:

  • une mécanisation scientifique de la tuerie;
  • et surtout, le triomphe de la masse sur l’individu.[3]

La guerre est en effet un phénomène de masse où disparaît l’individu, ce que Jung commente ainsi :

« ce qui pourrait encore subsister de réflexion, de compréhension et de perspicacité chez l’individu se trouve écrasé par la masse et c’est pourquoi cette dernière mène nécessairement à la tyrannie autoritaire et doctrinaire…[4] »

Comme dans de nombreux cas, à partir de ce constat, le projet de Jung est de réinstaurer l’individu contre les masses, mais selon une voie qui lui sera spécifique.

La massification produirait tyrannies et doctrines, idéaux et abstractions, et donc des anonymats : l’individu est de plus en plus ravalé à n’être qu’une fonction de la société :

l’homme d’Occident court le danger de perdre complètement son ombre, pour s’identifier avec une personnalité fictive et factice et pour identifier le monde avec l’image abstraite qu’a sécrétée le rationalisme des sciences de la nature. Mais ce faisant, l’homme occidental perd le sol qui gisait sous ses pieds.[5]

Car la massification ne produit qu’une illusion de communauté, c’est-à-dire une addition de zéros, ce qui n’a jamais donné une unité.

De plus, Jung va interpréter cette massification comme effet spécifique du progrès scientifique :

[…] c’est l’individu qui, en tant que donnée irrationnelle, est le véritable porteur de la réalité. C’est dire que c’est l’individu qui est l’homme concret, par opposition à l’homme normal ou à l’homme idéal qui, lui, est une abstraction, cette abstraction étant la seule base des formules scientifiques. […] l’efficacité psychologique qui émane d’une image statistique du monde: elle refoule l’individu au bénéfice d’unités anonymes qui rassemblent en groupement de masses.[6]

Ce qui produirait de la masse serait la Science, en ce qu’elle déshumanise, dépersonnalise, instrumentalise, manipule, désindividualise, y compris les Sciences Humaines: car elles tracent un portrait général de l’humain sur des bases statistiques et ne relèvent que du seul discours de la Raison. À ce primat de la Raison, Jung va dès lors opposer le Spirituel.[7]

Avec quoi nous pourrions être en partie d’accord. Mais si le constat semble recevable, c’est la réponse qui ne le sera plus, car elle va reposer sur un présupposé strictement logique : l’idée qu’en des temps anciens ne régnait que l’individu, car n’y régnait ni masse, ni Raison, ni science. Au « mythe du Progrès », Jung va donc opposer un « mythe du Déclin ».[8]

La solution s’impose tout aussi logiquement : il faut retrouver ces temps selon un « mythe du retour » qui permettrait de revenir à une certaine « pureté » de l’être[9]. L’outil du trajet ne va pas être le sensoriel comme chez cet autre grand pessimiste culturel, Paul Valéry, ou le loisir interne (otium), mais la « science métaphysique » supposée être garante de l’individuation, selon la croyance en la toute-puissance magique du Verbe[10] : « Le Verbe, source d’unité des hommes, est devenu source de suspicion et de méfiance. » Mais il ne s’agit pas pour lui du verbe de la raison mais bien de celui de l’Esprit.[11]

L’Esprit sera donc le guide sur la voie de l’Individuation qui sera le concept central de la théorisation jungienne, l’outil de lutte contre les ennemis de l’être: masse, raison et Science, intimement mêlés chez lui.

Et pour ce qu’il en est de la science, une théorie jugée massifiante est, à ses yeux, celle de Freud, contre lequel il va rapidement entrer en opposition.[12]

2: L’opposition à Freud

Un mot sur cette opposition. Ce qui a le plus frappé Jung, c’est la « volonté de Freud de faire régner le rationalisme des Lumières; cela expliquait beaucoup sa pensée et, notamment, sa partialité. »[13] Jung ne semble pas bien comprendre en quoi consistent ces Lumières, notamment en tant que méthode, ce que l’on entend dans cette assertion:

Ma préoccupation essentielle était d’approfondir la sexualité, au-delà de sa signification personnelle et de sa portée de fonction biologique, et d’expliquer son côté spirituel et son sens numineux[14], et ainsi d’exprimer ce par quoi Freud était fasciné, mais qu’il fut incapable de saisir.

La thèse de Freud incarne, pour le monisme de Jung, la pensée scientifique en ce qu’elle réduit l’individu à une masse animale, dé-narcissise l’humain[15] par sa conception mécaniciste neurophysiologique[16] (en référence aux thèses de Lamarck et Darwin), par la dialectique du soma et du germen[17], et par une vision de l’individu quêtant des leaders[18]. Le dualisme de Freud décentre le sujet qui n’est plus que soumis, non pas à l’esprit ou la volonté, mais par sa libido, ce qui fait que c’est le désir qui de toute façon mène le monde, l’esprit comme le sujet (qui est sub-jectus), objet de processus dont il n’est pas maître[19]. Lou Andreas-Salomé le résumait ainsi: « nous vivons plus que nous ne sommes »[20]. L’être est le résultat de processus inconscients, thèse qui opère une destitution narcissique.

De façon résumée, le « devenir soi-même » (le projet pindarique et socratique) serait:

  • pour Freud, par les retrouvailles internes, accéder à l’acceptation d’être multiple, d’être plus fait que de faire ; quant au sentiment de totalité[21], c’est en le perdant que l’on devient humain (processus de différenciation) ;
  • pour Jung, il s’agit de retrouver un état d’unité et son savoir perdu afin de se réunir à soi comme à l’univers, en une sorte d’apothéose (retour à l’indifférencié).

Soit une radicale opposition. Citons, à partir de constats similaires, une autre orientation, celle de Paul Valéry, dont le cœur est la retrouvaille de la sensibilité et du sensoriel, qui se doit d’être de nouveau harmonieusement mêlée à la pensée.[22]

3: Le projet

Pour Jung, c’est donc l’esprit qui doit mener le monde: il va donc s’opposer à « l ’ assèchement de la spiritualité » qu’opère cette théorie de la libido de Freud. En réinstaurant la spiritualité, cela réinstaure l’illusion d’un centre pour le sujet, un sujet maître, puissant, savant et unifié. Et cette unité du sujet individu ne peut être apportée par une science collective mais seulement par un trajet personnel, selon le mode classique du chemin initiatique.

Ainsi la théorie jungienne va s’orienter vers une retrouvaille, un retour, sur la base de cette conviction: il y eut un temps édénique de complétude[23] avant la division, avant toute différenciation. Dès lors, la réalisation du sujet en individu :

  • n’est pas orientée vers un en-avant, une conquête – comme chez Freud ;
  • mais tournée vers un en-arrière (sur le modèle religieux ici « scientifisé » de l’Éden perdu) : il s’agit de retrouver une connaissance perdue, dont la trace gît dans les savoirs anciens, préscientifiques.[24]

Car, ce qui est remarquable chez Jung, est l’insistance, la conviction qu’il y a eut dans l’histoire une rupture, une coupure, et donc un temps antérieur d’unité, unité perdue mais qui est supposée être un état idéal : ce qui trace le chemin à suivre pour tout humain, un chemin régrédient.

Afin de parcourir rapidement la pensée de Jung, nous séparerons artificiellement deux registres:

  • retrouver les savoirs anciens, perdus, pour nourrir la quête initiatique interne qui vise une apothéose de l’individu;
  • et l’extension de l’individuel au collectif.

4: L’origine interne de l’exigence d’unité (Ganzheit)

Cette exigence d’individuation est d’abord celle d’une unification : être indivisible passe pour Jung par être Un à l’intérieur. Cette thèse a une origine interne, personnelle : en effet, très tôt, Jung se sent divisé en deux parties, toujours en conflit, qu’il dénomme « n°1 & n°2 ». Peu à peu, il les définit comme suit:

  • le « n°1 » est extraverti, attiré par l’action, les sciences naturelles, prétentieux et incontrôlé, c’est un « obscurantiste détourné du monde »;
  • le « n°2 » est intraverti, attiré par les profondeurs, la théologie et l’histoire des religions, le moyen-âge et une vision totale de l’humain[25].

Ces deux parties s’opposent en un conflit moral empêchant toute intégration ou acceptation de la multiplicité interne. Mais, en fait, au lieu d’être abordé à l’intérieur, ce conflit va être projeté, lui permettant d’« oublier » son « pessimisme interne » et qui va créer ainsi un « pessimisme culturel ». Projection:

  • sur le monde extérieur avec l’opposition individu ou masse ;
  • et dans le monde relationnel : par exemple, Freud ou

L’ensemble de l’œuvre de Jung est ainsi une tentative de retrouver une unité perdue, celle d’avant la division interne, d’où sa conception de l’individuation : devenir soi-même mais comme totalité et unicité, et qui inclut l’univers.[26] Cela est posé comme finalité psychique : c’est-à-dire l’accession à une entièreté de tous temps pré-donnée.[27] Mais cette tentative est opérée illusoirement sur l’extérieur : et ce déplacement va conditionner les résultats.

Ce que l’on apprend aussi dans sa biographie est que certains états d’âme produisent un sentiment d’unité. Le premier est une ivresse à ladolescence qui fut une expérience capitale en ce qu’il découvrit un sens et une beauté jusqu’alors ignorés de lui, en un instant où il n’y avait plus d’intérieur ni d’extérieur, de moi ni d’autrui, de n°1 ou 2: « Le ciel et la terre, l’univers et tout ce qui y rampe et vole, y tourne, grimpe ou tombe, étaient devenus un.[28] » Cette ivresse deviendra, non pas une vulgaire cuite, mais une révélation comme celles qui sont liées aux expériences psychédéliques[29], et deviendra la matrice de l’illumination comme révélation d’une voie vers l’unité: ainsi Jung va privilégier les états oniriques et les transes. Et un sentiment d’être ainsi repoussé aux limites de l’univers qui passe par ces expériences, qu’il qualifie de mysterium tremendum, l’effroi sacré des mystiques.

Jung date du 12. XII. 1913 sa confrontation avec l’inconscient, l’Ombre, sous la forme d’une metanoïa ou conversio, voyage dans l’obscur de l’âme humaine, pour « enfanter un nouvel ordre » … qui s’achève en 1918. Ce nouvel ordre est centré sur l’impératif de retrouver ses racines, l’océan dont on est issu, afin de faire Un avec le Tout… Cette opération est nommée amplification et son opérateur est le symbole pensé comme élément d’un inconscient collectif et qui permet de passer au-delà des associations personnelles et de retrouver ses racines, cet océan d’énergie antérieur à l’individu, et qui est l’inconscient collectif. Il est composé d’archétypes, formes dynamiques qui modèlent la matière indifférenciée et contiennent une charge d’énergie d’ordre numineux.

Ce numineux vaut la peine que l’on s’y attarde un instant en écoutant Jung: il reprend en fait les travaux d’Otto[30], qui avait posé comme principe que l’expérience religieuse est irréductible à la raison. C’est une expérience terrible, dévastatrice, hors de toute médiation mentale (voisine, donc, de l’illumination ou de l’effondrement psychotique). C’est l’épreuve de l’omnipuissance divine en une étrangeté radicale, une terreur sacrée, le mysterium tremendum (le Thambos des Grecs), produisant une attraction irréversible hors de la vie ordinaire, le mysterium fascinum. [31] Terreur et attraction, soit une ambivalence extrême qui est le numineux même. Mircea Eliade dira hiérophanie : apparition du sacré en une totalité. Cette expérience est censée transformer le sujet en le faisant participer aux processus mythiques, cosmiques, théogoniques. Jung dira que c’est une réalité daïmonique en ce que le moi est confronté à l’expérience de ses limites et à la présence d’une réalité transcendantale qui lui est subordonnée, produisant l’irruption de contenus trans-individuels.

5: Les savoirs perdus ou la quête individuelle

Ainsi que nous l’avons indiqué, Jung est animé par l’idée qu’il existe un savoir vrai, ou pur, qui serait perdu pour la conscience collective actuelle. Savoir détenu par certains peuples ou déposés dans certains écrits ou symboles.

La preuve ? Nous en relèverons deux, pour Jung :

  • la première est le constat qui a frappé les esprits au début du XXe siècle : quels que soient le degré de cultures des êtres, les époques et les lieux, il y a des thématiques identiques que l’on retrouve dans toutes les cultures ou cosmogonies. Alors, pour Jung, cela signifie que ces éléments communs contiennent des vérités universelles que l’on se doit de déchiffrer et qui composent ce qu’il nommera l’Inconscient collectif. Il va tenter d’en faire un relevé le plus exhaustif possible : et de lire tous les textes sacrés ou hermétiques, de parcourir les cultures anciennes, égyptienne, hindoue, alchimique ou divinatoire, etc., afin d’opérer ce patient relevé. Et quand un élément se retrouve partout, il accède ainsi au rang d’archétype ;
  • une autre preuve est l’omniprésence, dans toutes les cultures et toutes les époques de textes initiatiques dont la trame, le chemin, reste assez invariablement la même : purification, illumination, unité et apothéose.[32] L’unité indivisible aurait son chemin, celui du sacré.[33]

Ce chemin passerait par ce qu’il va nommer : archétype[34], soit une « Forme symbolique qui entre en fonction partout où n’existe encore aucun concept conscient[35] ».

Ce terme, emprunté à Jakob Burckhardt, est en fait une reprise de l’Archè présocratique, et apparaît chez Jung en 1909[36], pour remplacer celui d’imago (1911) qui remplaçait déjà ceux d’image historique ou image primordiale. La définition est proche de la Khôra de Platon[37], voire du concept de structure : « Il me semble probable que la véritable essence de l’archétype ne peut devenir consciente ; elle est transcendante : c’est pourquoi je la dis psychoïde »[38] (c’est-à-dire un pont entre l’externe et l’interne, façonnant l’espace-temps et la psyché).

Car l’archétype échappe à toute représentation : c’est une forme préexistante et inconsciente qui semble faire partie de la structure héritée de la psyché au même titre que les instincts. Donc, pas de contenu déterminé sauf quand il devient conscient et empli du matériel de l’expérience consciente. L’archétype en lui-même est vide, élément purement formel, une possibilité de préformation, représentation a priori. Ces formes sont héritées, et on les trouve avec les instincts dans la couche la plus profonde de l’inconscient, dans cette partie que Jung nomme : inconscient collectif.

Cette thèse produit une vision du monde : l’être ne naîtrait pas vide mais incon-

scient puisque il est pensé comme porteur de systèmes organisés prêts à fonction

ner[39] : systèmes qui seraient « nullement inventés, mais sont au contraire rencontrés en tant que formes typiques qui, spontanément et plus ou moins universellement, en dehors de toute tradition, apparaissent dans les mythes, les contes de fées, les fantasmes, les rêves, les visions et les productions délirantes[40] ».

Ce sont des matrices vides où se forment les représentations[41] : il n’y a donc pas de transmission de la forme en soi mais de la capacité à représenter, « une possibilité donnée a priori de la forme de représentation[42] ».

Je vous propose deux exemples:

a – Le couple archétypique fondamental : anima – animus

Ce sont les plus connus. Ils sont le développement de ce que Freud avait avancé en tant que bisexualité psychique, mais, déplacée du biologique au symbolique, devient tout autre chose, car ces archétypes vont justifier et amplifier la séparation interne chez Jung entre ses numéros « un » et « deux ». Du coup, ces éléments fondamentaux de la psyché ne sont pas symétriques car ils ne symbolisent pas les mêmes choses :

  • L’anima est l’archétype de la femme dans l’inconscient de l’homme[43]; il se caractérise par sa nature de logos, mais au sens de Jung, c’est-à-dire le pneuma et de noûs, tel l’Hermès[44] aux multiples visages. C’est le symbole de la sensibilité et de l’inspiration, « de la vie en soi, qui procure expérience et connaissance[45] », et qui devient, par l’intégration, l’éros ou la conscience. Anima est, en son plus haut degré, la puissance qui arrache l’homme à son univers rationnel, avec cette précision que, en sa face négative, c’est la séductrice, le fauteur de trouble (Circée ou la femme fatale), et en sa face positive, l’initiatrice. Si l’homme n’est pas conscient de cet archétype, il sera sous son emprise. Cette confrontation avec cet « autre intérieur » est génératrice d’angoisse et à la limite de la folie;
  • L’animus est l’archétype de l’homme dans l’inconscient de la femme, et de part sa nature d’éros, porte les traits d’Aphrodite, Hélène, Perséphone ou Hécate[46]. Il désigne l’esprit de la femme, son logos spécifique, qui « demande à distinguer et reconnaître[47]». Devenu conscient, il est le symbole de la force et de la rigueur de la créativité.
  • Ces deux archétypes sont projetés, quand ils sont inconscients, d’abord sur le parent de sexe opposé, puis sur les personnes étrangères. Remarquons qu’ils opèrent des typologies, c’est-à-dire des distributions de qualités psychiques maintenues en opposition (il n’y a pas, par exemple, de reconnaissance du soubassement pulsionnel et affectif de la pensée ni de l’effet d’après-coup de la pensée sur l’expression des affects).
  • Du coup, la synthèse est projetée dans un devenir (au lieu d’être reconnue comme déjà-là) selon le schéma initiatique classique : ces archétypes, devenus conscients, peuvent permettre la réalisation interne de l’androgyne mythique : le UN unificateur de la psyché, mais d’une psyché quand même propre à Jung, soit l’unification du « numéro un » et du « numéro deux ».

Ce qui l’amena à étudier l’alchimie puisque le but était, selon lui, de réaliser l’apocatastasis, c’est-à-dire l’harmonie originelle, notamment grâce à la vision symbolique, définie selon le principe plotinien : « Faire un avec ce que nous voyons »[48] (on retrouve là, élevée au rang de concept, l’expérience de l’ivresse d’adolescence).

b – L’archétype Grande Mère

L’archétype Grande Mère: c’est celui de la finalité, d’une epistrophè, soit le retour de l’âme vers sa source, car le retour à la mère est « la racine secrète de tout devenir de transformation » en ce que l’on y atteint les richesses insoupçonnées de l’inconscient collectif.[49] Ces richesses sont celles de l’Océan primordial (le Noun de la mythologie égyptienne[50]), celui que l’on trouve dans la Bible au second verset de la Genèse : « […] l’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». L’humanité aurait conservé dans sa mémoire inconsciente collective le souvenir de ses origines, aussi lointaines soient-elles.

C’est aussi le but du voyage psychique (metanoïa) que l’on atteint par la découverte des archétypes : l’homme pénètre progressivement dans les cercles qui le mènent vers le centre de son être intérieur (selon l’archétype de la spirale). Le premier est celui de la persona (en latin, c’est le masque), le personnage social qui, s’il a l’utilité et le caractère indispensables d’un vêtement, risque bien souvent de nous dissimuler notre nature individuelle (c’est le n°1). Il faut ensuite affronter et intégrer lombre constituée par nos défauts et les produits de la fonction psychologique la moins différenciée (le n°2). L’ombre désigne l’inconscient dans son ensemble car tout ce qui n’est pas entré dans la lumière de la conscience apparaît comme rempli d’obscurité et de menace. Jung applique à la plongée dans l’ombre l’expression de mort volontaire qu’il emprunte à Apulée parlant des mystères d’Isis. Mais au-delà on débouche dans une immensité sans limites, une indétermination inouïe et l’accession aux trésors de l’inconscient collectif d’avant toute séparation.

Avec l’entrée dans cet infini, océan d’énergie supposé antérieur à l’individu, les énergies qui font alors irruption dans la conscience inondent l’être, tel un déluge. On assiste à un abaissement du niveau mental pouvant aller jusqu’à la dissolution de la conscience.

Cet océan est un lieu hautement énergétique et créateur, une matrice, à l’instar des mythes de la création : au début, il n’y avait rien, mais de ce rien tout en est sorti.

Ce voyage intérieur, par la retrouvaille de l’unité primordiale, propose une apothéose : l’individu ainsi réalisé serait devenu tel un dieu. C’était aussi la quête des alchimistes, la clef des Savoirs perdus, c’est aussi ce qu’incarnent certains dieux.

6: La quête au niveau collectif (de l’inconscient collectif à l’énergie des peuples – Völkerpsychologie)

Je vous disais que cette division interne, en Jung, entre ses numéros « un » et « deux », va se retrouvée projetée au niveau collectif, créant ainsi une forme de typologie des races où il ne fera, en fait, que projeter ce qu’il pense avoir acquis au niveau individuel (pour un monde à son image).

À ses yeux, il y aurait des peuples au plus près de cet océan primordial énergétique, tantôt du fait d’être jeunes, tantôt du fait de n’être pas encore des masses ou encore de n’avoir point de science ni de Raison:

Il n’y a pas de doute qu’à un niveau antérieur et plus profond du développement psychique, où il est encore impossible de distinguer entre une mentalité aryenne, sémitique, chamitique ou mongole, toutes les races humaines ont une psyché collective commune. Mais avec le début de la différenciation raciale[51], des différences essentielles se sont aussi développées dans la psyché collective.

Or, quand des politiciens et des leaders religieux essayent d’imposer une société multiraciale, c’est un échec – ou, au pire, une perte – car « … nous ne pouvons pas transplanter en bloc l’esprit d’une race étrangère dans notre propre mentalité sans dommage important pour cette dernière… » Pour Jung, la babélisation ne produit que des catastrophes (alors que toute son œuvre est en quelque sorte une babélisation des savoirs…)

C’est le cas, aux yeux de Jung, avec les Aryens par opposition au peuple Juif, tout entire versé dans la science et le commerce (le negotium).

Dès son essai de 1918, « De l’inconscient »[52], Jung distingue les « Juifs allemands » des « Allemands de souche » dans la mesure où les Juifs n’ont pas à voir avec la question de l’identité nationale, n’ayant pas de patrie ; de plus, « ils sont civilisés à un plus haut degré, mais ils ont un rapport moins aisé à ce quelque chose en l’homme qui touche à la terre, qui puise en elle des forces nouvelles, à ce côté terrien que l’homme germanique recèle en lui-même dans une dangereuse concentration ».

Le 21 juin 1933, Jung devient le nouveau vice-président de la Société médicale générale de psychothérapie, présidé par le Dr. Matthias Heinrich Goering[53] (cousin du Reichsmarschall Hermann Goering), six mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. À ce moment, il est considéré en Allemagne comme le chercheur germanique le plus important de la psychologie des profondeurs dans le monde aryen anglo-saxon[54]. Cependant, à la décharge de Jung, ses conférences et articles sont vite récupérés par le pouvoir nazi, l’opposant toujours à la « science juive » de Freud. Jung démissionnera l’année suivante et l’on se doit de reconnaître que ses propos sont, comme toujours, bien ambivalents, selon le conflit de ses numéros « un » et « deux ».[55]

Pour exemple, il rédige en 1934 un article intitulé « L’état présent de la psychothérapie »[56], où l’on peut lire ceci:

[…] Les Juifs ont en commun avec les femmes cette particularité – étant physiquement plus faibles, ils doivent chercher les défauts de l’armure de leurs adversaires, et grâce à cette technique qui leur a été imposée tout au long des siècles, ils sont mieux protégés là où les autres sont plus vulnérables. [57]

[…] En sa qualité de membre d’une race dont la culture est vieille de plus de trois mille ans, le Juif est psychologiquement plus conscient de lui-même que nous ne le sommes. C’est pourquoi, d’une manière générale, il est moins dangereux pour le Juif de déprécier son inconscient. En revanche, l’inconscient « aryen » contient des forces explosives et la semence d’un avenir encore à naître. Étant encore jeunes, les peuples germaniques sont parfaitement capables de produire de nouvelles formes de culture et cet avenir a son siège dans l’obscurité de l’inconscient de chaque individu où reposent des semences gorgées d’énergie et capables d’un éclat puissant. Le Juif, qui a quelque chose du nomade, n’a jamais produit et ne produira jamais une culture qui lui soit propre, car tous ses instincts et ses dons exigent pour se développer un peuple hôte, plus ou moins civilisé.

La race juive, dans son ensemble, possède – c’est du moins mon expérience – un inconscient qui ne peut être comparé à l’inconscient « aryen » que sous certaines réserves. À l’exception de quelques individus créateurs, le Juif moyen est déjà bien trop conscient et différencié pour porter en lui les tensions d’un avenir encore à naître. L’inconscient « aryen » a un potentiel supérieur à l’inconscient juif ; tel est l’avantage et le désavantage d’une jeunesse pas encore complètement sevrée de la barbarie. À mon avis, cela a été une grande erreur de la psychologie médicale d’appliquer sans discrimination des catégories juives – qui ne sont même pas valables pour tous les Juifs – à la chrétienté allemande et slave. Du coup, on est venu à qualifier le secret le plus précieux des peuples germaniques – leur profondeur d’âme créatrice et intuitive – de marécages banals et puérils tandis que mes avertissements se voyaient soupçonnés d’antisémitisme. Ce soupçon émanait de Freud. Or Freud ne comprenait pas la psyché allemande, pas plus d’ailleurs que ses épigones germaniques. Le grandiose phénomène du national-socialisme que le monde entier contemple étonné les a-t-il éclairés ? [58]

[…] Un mouvement qui saisit tout un peuple, a mûri dans chaque individu[59] […]

Ensuite, Jung écrivit son célèbre essai : « Wotan » (1936)[60], le dieu païen de la mythologie allemande, qui représenterait Hitler déversant son aggressivité sur le monde[61]. Le Reich national-socialiste est un appel à l’Ombre refoulée, c’est-à-dire à l’inconscient wotanique de l’Allemagne: les profondeurs du caractère de Wotan expliqueraient mieux le National-socialisme que tous les facteurs économiques, politiques et psychologiques mis ensemble[62]:

« […] En dépit de leur excentricité, les adorateurs de Wotan semblent avoir jugé les choses plus correctement que les adorateurs de la Raison. Apparemment tout le monde a oublié que Wotan est une donnée germanique originelle, la plus authentique expres-

sion et la personnification insurpassable d’une donnée fondamentale du peuple allemand. »[63]

La thèse de Jung est que le réveil des forces psychiques que symbolise l’ancien dieu germanique, Wotan, explique le mouvement du national socialisme en Allemagne. Ce dieu préchrétien est un voyageur infatigable, libérateur des passions, passionné de guerres, médiateur du magicien vers les choses occultes, un dieu de l’orage et de la frénésie. C’est un dieu archétypique et autonome. Pour Jung, plusieurs passages des écrits de Nietzsche anticiperaient le retour de Wotan. Pour expliquer les origines de Wotan et de son impact sur la religion allemande moderne, il fait largement référence aux ouvrages de Martin Nick et Wilhem Hauer[64] traitant respectivement du mythe de Wotan et du « Mouvement de la foi allemande » (Deutsche Glaubensbewegung) dans lequel on incitait les membres à reconnaître que Wotan, et non le Christ, était le vrai dieu du peuple allemand. De plus, Jung considère qu’Hitler est un représentant de Wotan, un homme possédé qui a infecté une nation. Ainsi, le peuple allemand est considéré comme une victime plutôt qu’un agent actif du mal. Il prévoit que Wotan, un jour, dévoilera l’autre face de sa nature – son aspect mantique et extatique – et que le mouvement du national socialisme n’en sera pas la dernière expression.

Jung s’en expliquera plus tard dans une lettre écrite à Miguel Serrano[65]. Extraits:

[…] Quand, par exemple, la croyance dans le dieu Wotan disparut et que personne ne pensa plus à lui, le phénomène originellement nommé Wotan demeura ; rien ne changea sauf son nom, comme le national-socialisme l’a démontré à grande échelle. Un mouvement collectif est composé de millions d’individus, chacun d’entre eux présentant les symptômes du wotanisme, prouvant donc qu’en réalité Wotan n’est jamais mort mais a conservé sa vitalité et son autonomie d’origine. Notre conscience s’imagine seulement qu’elle a perdu ses dieux ; en réalité, ils sont toujours là et attendent seulement des conditions différentes pour revenir en force.

[…] Comme nous avons en grande partie perdu nos dieux et que la condition actuelle de notre religion n’offre pas une réponse efficace à la situation mondiale en général et à la ‘religion’ communiste en particulier, nous sommes à peu près dans la même situation fâcheuse que l’Allemagne pré-nationale-socialiste des années 20, c’est-à-dire que nous sommes en position de prendre le risque d’une nouvelle expérience wotanique, mais cette fois à l’échelle mondiale.

Emporté par ses thèses, Jung sera un temps aveugle aux actes qu’il a ainsi un temps cautionné. Cette cécité est aussi l’effet de son ambivalence, sa division interne, et sa quête tout azimut d’unité, tant interne qu’externe.

Conclusion

L’illusion de toute-puissance (magique)

De tous temps, l’on peut noter le refus de certains hommes à admettre l’incapacité ou l’impossibilité à transformer la Raison en puissance divine, et d’atteindre ainsi une apothéose[66]. Soit aussi un refus d’admettre les limites du Verbe (le mot n’est ni un acte ni une chose) et, au contraire, la volonté de maintenir l’illusion de sa toute-puissance magique. Quant à l’acte, il ne peut, au mieux, produire que des héros, car là non plus, il n’y a pas de toute-puissance magique.

Le trajet de Jung, sous couvert d’assomption de l’individu à l’unité et au pouvoir créateur, en est une illustration, mais c’est aussi une tentative classique de quête à l’extérieur d’un pharmakon qui supprimerait la division interne.

De cette souffrance intérieure, de sa division propre, Jung est passé à un pessimisme extérieur, bâtissant un édifice théorique antidépresseur, comme toute utopie[67], prometteur d’unité et d’indivisibilité grâce à la puissance supposée du seul es-prit, selon la voie mystique.

Questions sur le « pessimisme culturel »

Le pessimisme culturel, si l’on s’appuie sur le trajet de Jung, semblerait résulter d’une succession d’opérations de coupure, portant aussi bien sur le monde interne qu’externe, et produisant ainsi des symétries, des alternatives, selon une pensée strictement binaire. Et, de fait, cela opère des conflictualisations. Parcourant la littérature, on pourrait ramener ces coupures à deux registres principaux :

  • une coupure temporelle: à une certaine interprétation du présent est opposée celle d’un passé ; à l’idée d’un développement linéaire est opposée celle d’un cycle; à la progression: le retour; au progrès: le déclin; à l’infinitude: la finitude; à l’élévation: la destitution; etc.;
  • une coupure spatiale: à la masse est opposée l’individu; à l’objet: le sujet; à l’avoir: l’être; au rationnel (Geist): le sensoriel (Sinn); au matériel: le spirituel; à l’action: la contemplation; à l’industrie: la nature; à la quantité: la qualité; etc.

Soit autant de visions-du-monde (Weltanschauungen) qui s’opposent le plus souvent assez radicalement. On le devine, ces coupures ne sont que très rarement justifiées. De même, le pessimisme culturel repose sur l’hypothèse d’une rupture dans un supposé continuum, rupture qui permet ensuite d’affirmer l’existence d’une crise, et donc de justifier un pessimisme. Cette coupure, ou clivage, serait la condition sine qua non du pessimisme culturel.

Le ressort du pessimisme culturel semble reposer sur le sentiment, puis l’idée, d’une perte dans le présent, perte qui ne pourrait être réparée que par un retour. Ce retour permettrait la retrouvaille d’un objet posé comme perdu, resté en arrière : ce qui devient le projet même du pessimisme culturel. Ce projet exige une contemplation du monde présent, une forme de diagnostic, contemplation qui mène au refus de l’actuel et alimente une nostalgie du passé. L’issue anti-mélancolique (ou antidépressive) est la production d’une utopie.

Cette utopie, reposant sur une retrouvaille d’objet supposé perdu, impose une quête, un trajet, et ce, selon plusieurs formes ou voies. Par exemple :

  • un projet de société (voir les utopies matérialistes des moyens ou les utopies socialistes des fins);
  • un projet individuel (le retour à la Nature, ou la quête d’un Graal, etc.) ;
  • un projet sensoriel (voir Paul Valéry) ;
  • un projet mystique: c’est le cas de Carl-Gustav Jung.

Ces trajets peuvent s’orienter soit de façon régrédiente, en arrière pour une redécouverte du perdu, soit de façon progrédiente, en avant pour une conquête, selon la projection de l’objet ou du lieu idéal.

Une question néanmoins se doit d’être posée : cette coupure « fondatrice » est-elle vraiment dans le monde externe ou bien dans l’esprit du penseur ? Or, pour peu que l’on parcoure l’histoire de la pensée occidentale, il est assez rapidement évident que ce genre de coupure, et le pessimisme qu’il « autorise », a existé de tous temps, sachant que la forme des thématiques a pu changer selon les contextes. Ce qui donnerait à penser que la coupure est interne.

Ces visions-du-monde ne sont en effet absolument pas nouvelles puisque nous en relevons la trace aussi bien dans l’Orphisme que chez Platon ou Aristote, dans le christianisme ou l’invention de la société moderne au XVIIè siècle[68]. Elles se résument au mieux, comme les Romains ont pu le faire, dans l’opposition entre le negotium et l’otium (la skhole grecque), devenues par la suite opposition entre deux modes d’être : vita activa ou vita contemplativa.

Cette opposition peut servir de guide pour saisir ce qui se joue dans le pessimisme culturel, telle celle qui, par exemple, oppose capitalistes et intellectuels, ou encore scientifiques et artistes, etc.

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Notes

[1]    Ambrose Gwinnett Bierce : Le dictionnaire du diable. Rivages 1989. “MAN. An animal so lost in rapturous contemplation of what he thinks he is as to overlook what he indubitably ought to be.”. The Devil’s Dictionary. www.gutenberg.org.

[2]    C. G. Jung: Lhomme à la découverte de son âme. Structure et fonctionnement de l’inconscient. Albin Michel Paris 1987, p. 127; Seelenprobleme der Gegenwart. Rascher Verlag Zürich 1969.

[3]    Remarquons la multitude de textes parus autour de 1920 sur le rapport individu / masse.

[4]    C. G. Jung: Présent et avenir. Denoël/Gonthier 1970, p. 9; Gegenwart und Zukunft. Rascher-Verlag, Zurich 1958; Zivilisation im Übergang. In: GW 10, S. 275-336,The Undiscovered Self” (Present and Future). In: CW 10. „The mass crushes out the insight and reflection that are still possible with the individual, and this necessarily leads to doctrinaire and authoritarian tyranny […]“ Ibid., p. 248 (GW = Gesammelte Werke und andere Schriften. Patmos-Walter-Verlag Düsseldorf 1981., CW = Collected Works. Routledge London 1953.).

[5]    Ibid., p. 119. Le sol comme représentation de l’appui deviendra la terre d’appartenance. „In the name of the multitude he was expressing the fact that Western man is in danger of losing his shadow altogether, of identifying himself with his fictive personality and the world with the abstract picture painted by scientific rationalism.“ Ibid., p. 290.

[6]    Ibid., pp. 21-22. „The individual, however, as an irrational datum, is the true and authentic carrier of reality, the concrete man as opposed to the unreal ideal or « normal » man to whom the scientific statements refer. […] We ought not to underestimate the psychological effect of the statistical world-picture: it thrusts aside the individual in favour of anonymous units that pile up into mass formations.” Ibid., p. 252.

[7]    Un effet parmi d’autres de la science et de la raison. C.G. Jung: L’homme et ses symboles. Robert Laffont 1964, p. 95 (Der Mensch und seine Symbole. Walter-Verlag AG Olten 1979) : « À mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente, avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques. Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair de son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont pas habitées par des démons. Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ses relations symboliques.» C.G. Jung: Man and his Symbols. Anchor Press 1988, p. 95 : „As scientific understanding has grown, so our world has become dehumanized. Man feels himself isolated in the cosmos, because he is no longer involved in nature and has lost his emotional « unconscious i d e n t i t y  » with natural phenomena. These have slowly lost their symbolic implications. Thunder is no longer the voice of an angry god, nor is lightning his avenging missile. No river contains a spirit, no tree is the life principle of a man, no snake the embodiment of wisdom, no mountain cave the home of a great demon. No voices now speak to man from stones, plants, and animals, nor does he speak to them believing they can hear. His contact with nature has gone, and with it has gone the profound emotional energy that this symbolic connection supplied.” En d’autres termes, c’est ce spirituel là qui serait perdu. Mais c’est surtout l’esprit de l’animisme!

[8]    Ce n’est qu’une symétrie imposée par la logique verbale de la réversibilité créée par le mot.

[9]    Voir les retours à la campagne (Virgile), à Kant, à Platon, à Freud, etc. Retours qui, avec le recul, ne produisent pas de retrouvailles mais des « neo- » : neoplatoniciens, neokantiens, neofreudiens, etc.

[10] C. G. Jung: Présent et avenir, p. 110. Ce qui l’oppose à Freud qui privilégie l’Acte au Verbe – selon l’alternative posée par Goethe dans son Faust: « Au début était l’Acte » (« Im Anfang war die Tat ») – citation qui conclut Sigmund Freud: Totem et Tabou. OCF-P XI. P.U.F. 1998 (OCF-P = Œuvres complètes Freud – psychanalyse. dir. André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche. trad. de l’allemand. Presses universitaires de France Paris 1988-2005, 19 vol.); Totem und Tabu. GW IX, p. 1-205. (GW = Gesammelte Werke: chronologisch geordnet; unter Mitw. von Marie Bonaparte, Prinzessin Georg von Griechenland. Fischer-Verlag Frankfurt a. M. 1976-1991, 19 vol.

[11] C. G. Jung: Essai sur la symbolique de l’esprit. Albin Michel 1991, pp. 90-91 (Symbolik des Geistes: Studien über psychische Phänomenologie. Rascher-Verlag Zürich 1948): il y définit l’esprit tel qu’il fut ressenti, à l’origine, comme une présence invisible, une sorte de souffle. C’est un élément dynamique qui s’oppose à la matière, inerte et sans vie. L’esprit dans son opposition à la matière, représente la vie face à la mort. Il rapproche l’esprit de l’haleine qui en serait le sens premier (spiritus et respirare sont de même racine) ainsi que de l’âme (l’anima latine reprend le grec anemos, le vent). Et Jung de rappeller aussi que le Geist allemand est parent avec les mots Gischt, Gäscht, Gheest, traduisants des idées de bouillonnement et d’effervescence dans une possession par l’esprit ou les esprits. En fait, ce qu’indique Jung ici relève d’une pensée animiste.

[12] En fait, dès 1913, avec Les métamorphoses de lâme et ses symboles. Georg 1967; Symbole der Wandlung: Analyse des Vorspiels zu einer Schizophrenie. Rascher-Verlag Zurich 1953, Walter-Verlag AG Olten 1988, GW 5 1983.

[13] C. G. Jung: Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées. Folio Gallimard 1997. « Freud ». In: Erinnerungen, Traüme, Gedanken. Walter-Verlag AG Olten 1984, S. 156 : « Für Freud bedeutete zwar die Sexualität ein Numinosum, aber in seiner Terminologie und Theorie kommt sie ausschließlich als biologische Funktion zum Ausdruck. »

[14] Adjectif créé à partir du terme de Rudolph Otto en 1917 (Rudolph Otto: Le sacré. Payot 1968); Numinosum désigne l’indicible, mystérieux, terrifiant, ce dont l’homme fait l’expérience et qui n’appartient qu’à la divinité. Rudolph Otto: Das Heilige: über das Irrationale in der Idee des Göttlichen und sein Verhältnis zum Rationalen. C. H. Beck München 1987.

[15] Il est d’usage de considérer Freud comme le troisième homme de science qui, avec Nicolas Copernic (1473-1453) et Charles Darwin (1809-1882), a bouleversé la conception que l’homme se faisait de lui-même, de l’avoir, pour ainsi dire, décentré, ou, dans un langage psychanalytique, dé-narcissisé : Copernic, tout d’abord, avec son hypothèse (que Galilée démontrera), selon laquelle la Terre n’est pas au centre de l’univers, mais une planète parmi d’autres, tournant autour du Soleil (l’un et l’autre échappèrent de peu au bûcher) : ainsi l’homme n’est plus au centre de l’univers et donc de la Création, il n’est qu’un fragment du monde qui, du coup, devient mystérieux et dont le déterminisme lui échappe. L’intention de la création disparaît. C’est une première blessure narcissique (le monde n’a pas été fait pour lui ou en pensant à lui); Darwin qui a montré que l’être humain n’a pas été créé par un Dieu, mais résulte d’une longue évolution biologique, dépourvue de principe directeur d’ordre supérieur (Darwin est toujours interdit d’enseignement aux États-Unis) : il n’y a donc pas une pensée à l’origine du monde ni dans son évolution, le déterminisme est déplacé à l’extérieur comme effet de l’adaptation au milieu. C’est le milieu qui devient le déterminant, ce qui vient attaquer l’illusion narcissique rassurante d’un penseur – créateur; – Freud (à la suite de Nietzsche) affirmant que l’être humain n’est pas le souverain de ses pensées et que l’idée d’une maîtrise de soi est une illusion, mettant en doute le règne de la Raison (Freud qui fut interdit dans toutes les dictatures) : il y a donc des maîtres plus puissants, inconnus : conscience, raison et narcissisme sont destitués. Soit trois blessures infligées au narcissisme humain et à sa demande d’intentionnalité signifiante.

[16] Pour Freud, la fonction première de la psyché est de lutter contre toute ce qui vient l’exciter (stimuli externes et excitations internes), c’est-à-dire contre ce qui est source de tension, de déplaisir: « le système nerveux est un appareil auquel est impartie la fonction d’éliminer les stimulus qui lui parviennent, de les ramener à un niveau aussi bas que possible, ou qui voudrait, si seulement cela était possible, se maintenir absolument sans stimulus » (voir Sigmund Freud : « Pulsions et destins des pulsions » (1915). OCF-P XIII. PUF 1988, p. 166. « Triebe und Triebschicksale ». GW X, S. 210-232 (note 10). C’est dans ce fil que l’on peut entendre cette autre affirmation freudienne: « Le réflexe reste le modèle de toute production psychique » (voir Sigmund Freud: Linterprétation des rêve. PUF 1980, p. 456; Die Traumdeutung. GW II et III (note 10). Il y donne une base neurophysiologique aux mécanismes psychiques.

[17] L’être humain, en tant que soma, n’est que le porteur éphèmère d’une transmission au service de la reproduction de l’espèce (germen) ; il prolonge les thèses d’August Weismann, Max Hartmann et Alexander Goette. Voir Sigmund Freud: « Au-delà du principe de plaisir » (1920). OCF.P XV. PUF 1996. Jenseits des Lustprinzips. GW XIII, S. 3-69 (note 10).

[18] Voir Sigmund Freud: « Psychologie collective et analyse du moi » (1921). OCF.P XVI. PUF 1991; Massenpsychologie und Ich-Analyse. GW XIII, S. 71-161 (note 10).

[19] Sigmund Freud : « Le développement de l’homme jusqu’à présent ne me paraît pas exiger d’autre explication que celui des animaux… », in Au-delà du principe de plaisir, (note 17), p. 107. « Die bisherige Entwicklung des Menschen scheint mir keiner anderen Erklärung zu bedürfen als die der Tiere, und was man an einer Minderzahl von menschlichen Individuen als rastlosen Drang zu weiterer Vervollkommnung beobachtet, läßt sich ungezwungen als Folge der Triebverdrängung verstehen, auf welche das Wertvollste an der menschlichen Kultur aufgebaut ist. » Jenseits des Lustprinzips (note 17).

[20] Lou Andreas-Salomé: « Journal d’une année » (1912-1913). In: Correspondance, Freud S. – Lou Andréas-Salomé. 1912-1936. Gallimard 1970, p. 402; Lou Andreas-Salomé: In der Schule bei Freud: Tagebuch eines Jahres. Niehaus Zürich 1958.

[21] Que Freud associe au narcissisme.

[22] Voir, entre autres: Paul Valéry: « Le bilan de l’intelligence » (1935). Variété. Œuvres. T. 1. Pléiade. Gallimard, p. 1068sq.

[23] Sur le mode du mythe de l’Androgyne et de la moitié perdue, selon Aristophane. In: Platon: Le Banquet. GarnierFlammarion 1964.

[24] Mythe du livre oublié ou des savoirs perdus, ou du livre qui contient tout de façon allégorique ou symbolique (les textes dits sacrés par exemple).

[25] Voir Ma Vie, pp. 94sq & 108; « Studienjahre » (note 13). S. 91-92.

[26] Voir C. G. Jung: Les racines de la conscience. Etudes sur l’archétype. Buchet/Chastel 1971, p. 554. Von den Wurzeln des Bewusstseins: Studien über den Archetypus. Rascher-Verlag Zürich 1954.

[27] Voir C. G. Jung: « Conclusion ». In: Types psychologiques. Georg 1977. „Schlußwort”, Psychologische Typen. GW 6, S. 529-37.

[28] C. G. Jung: Ma vie (note 13), p. 99 sq. « Studienjahre » (note 13).

[29] Soit l’expérience de la dissolution du moi, de ses limites par rapport au monde, et sans aucune maîtrise. Dès lors, la théorisation (travail du moi) va tenter de maintenir cet état de jouissance mais en créant les conditions (intellectuelles) d’un sentiment de maîtrise.

[30] Voir note 14.

[31] Chez les Grecs de l’Antiquité, cette expérience est en rapport avec le sexuel et/ou le psychédélique (mystères d’Eleusis). Il en existe tout un lexique spécifique. Pour exemples: Apokalupto : je découvre, je dévoile, je relève la chose qui ne se montre ni ne se dit. Apocalypse est contemplation et inspiration. Le Thambos (numinosum, awe) désigne la terreur sacrée face à une personne ou un objet chargé d’une force surnaturelle en hiérophanie (cf. la beauté d’Aphrodite qui produit l’energès) : effet pétrifiant de l’effroi émerveillé, fulgurance qui opère une ex-tase (ek-stasis) : être hors de soi, n’être plus que désir de et pour l’autre. L’Arrheton, caractère sacré de l’indicible, de l’interdit ; l’orgiasme dionysien, l’accouplement « bestial » est la clef de voûte de l’arrhèton. Le rapport sexuel est la fusion des deux principes pour une androgynie première : transfiguration, transcendance, naissance, prélude à l’extase qui donne: l’Epopteia, la vision sacrée de l’objet désiré; c’est la vision sacrée dans les mystères orphiques, la révélation par l’image du sacrifice ; c’est une expérience cathartique. Le Dokeïn au sens anteplatonicien, « être » le plus profond surgissant à la surface la plus subtilement affirmée du visible. Mais qui peut amener le Poimandres, le démon des visionnaires, Esprit de l’Intelligence Absolue, révélateur des Vérités, but de la Gnose. Voir par exemple la discussion Freud – Jung sur l’autocastration sacrée dans la Correspondance Freud – Jung. tome II: 1910-1914. Gallimard 1975. Sigmund Freud, Carl Gustav Jung. Briefwechsel. Hrsg. von William McGuire und Wolfgang Sauerländer. Fischer Taschenbuch Frankfurt a.M.1991.

[32] En effet, quelques soient les cultures ou les croyances, les étapes du chemin initiatique sont assez invariantes, que ce soit dans l’Orphisme, chez Platon, les ordres religieux chrétiens, certaines philosophies, l’alchimie, etc. C’est Proclus qui achèvera cette conception des trois degrés successifs de l’ascension : purification, illumination et union (via purgativa, via illuminativa, via unitiva). Ce sera le trajet de la psychologie des profondeurs de Jung et c’est ce que l’on retrouve dans les thèses New Age, où Jung est une référence permanente.

[33] Voir sacer en latin : aussi bien élevé que profond.

[34] C.G. Jung : « Glossaire ». In: Ma vie (note 13). « La notion d’archétype […] dérive de l’observation, souvent répétée, que les mythes et les contes de la littérature universelle renferment les thèmes bien définis qui reparaissent partout et toujours. Nous rencontrons ces mêmes thèmes dans les fantaisies, les rêves, les idées délirantes et les illusions des individus qui vivent aujourd’hui. Ce sont ces images et ces correspondances typiques que j’appelle représentations archétypiques. Plus elles sont distinctes et plus elles s’accompagnent de tonalités affectives vives […] Elles nous impressionnent, nous influencent, nous fascinent. Elles ont leur origine dans l’archétype qui, en lui-même, échappe à la représentation, forme préexistante et inconsciente qui semble faire partie de la structure héritée de la psyché et peut, par conséquent, se manifester spontanément partout et en tout temps. En raison de sa nature instinctuelle, l’archétype est situé en dessous des complexes affectifs et participe à leur autonomie. » « Glossar ». In: Erinnerungen… (note 13). S. 410 : „Der Begriff des Archetypus […] wird aus der vielfach wiederholten Beobachtung, daß zum Beispiel die Mythen und Märchen der Weltliteratur bestimmte, immer und überall wieder behandelte Motive enthalten, abgeleitet. Diesen selben Motiven begegnen wir in Phantasien, Trämen, Delirien und Wahnideen heutiger Individuen. Diese typischen Bilder und Zusammenhänge werden als archetypische Vorstellungen bezeichnet. Sie haben, je deutlicher sie sind, die Eigenschaft, von besonders lebhaften Gefühlstönen begleitet zu sein […] Sie sind eindrucksvoll, einflußreich und faszinieren. Sie gehen hervor aus dem an sich unanschaulichen Archetypus, einer unbewußten Vorform, die zur vererbten Struktur der Psyche zu gehören scheint und sich infolgedessen überall auch als spontane Erscheinung manifestieren kann.“ („Das Gewissen in psychologischer Sicht“. In: Das Gewissen. Studien aus dem C. G. Jung-Institut, Zürich 1958. S. 199f.).

[35] C. G. Jung : Types psychologiques (note 27). p. 370; Psychologische Typen. GW 6 (note 27).

[36] C. G. Jung: « Instinct et inconscient ». In: L’énergétique psychique. Georg 1981; « Instinkt und Unbewußtes ». In: Die Dynamik des Unbewußten. GW 8, S. 149-160.

[37] Platon dans le Timée, Garnier-Flammarion, propose d’inventer un lieu, Khôra, qui serait un troisième genre, notion tierce, condition nécessaire pour rendre compte d’une genèse ; dont la propriété naturelle serait d’être : « le réceptacle et pour ainsi dire la nourrice de tout ce qui naît. » Jacques Derrida (Khôra. Galilée 1993) en fit un commentaire: « Khôra est anachronique, elle est l’anachronie dans l’être, mieux, l’anachronie de l’être » ; elle ne reçoit pas, elle se laisse prêter les propriétés de ce qu’elle reçoit. […] Ainsi n’est-elle l’objet d’aucun discours […] un secret sans secret » impénétrable à son sujet ». Ce genre de définition se retrouve aussi bien pour les archétypes que la structure, le signifiant ou Dieu, car l’argument, est toujours le même : on ne le voit pas, mais on en mesure les effets.

[38] C.G. Jung : « Glossaire ». In: Ma vie (note 13); « Glossar ». In: Erinnerungen… (note 13). S. 410: „Es erscheint mir wahrscheinlich, daß das eigentliche Wesen des Archetypus bewußtseinsunfähig, d. h. transzendent ist, weshalb ich es als psychoid (s. d.) bezeichne.“ GW IX/1, S. 174.

[39] C. G. Jung: Psychologie et éducation. Buchet / Chastel 1990, p. 230; « Analytische Psychologie und Erziehung ». In: Über die Entwicklung der Persönlichkeit. GW 17, S. 77-153. Cette thèse n’est pas sans évoquer celle d’un autre suisse de cette époque, le psychologue Jean Piaget et sa notion de biofeedback : tout être naît avec un équipement égal dont chaque élément est en attente d’une stimulation externe qui viendra le mettre en tension, ce qui en retour permettra d’intégrer de plus en plus d’informations de l’environnement. Si cet action première qui éveille l’élément n’a pas lieu (par défaut environnemental), cet élément dépérit.

[40] C. G. Jung: Psychogenèse des maladies mentales. Albin Michel 2001, p. 325; Psychogenese der Geisteskrankheiten.  GW 3. 1968.

[41] Ibid., p. 315.

[42] C. G. Jung: Les racines de la conscience. Chapitre « Les aspects psychologiques de l’archétype de la mère » (note 39), p. 95; « Die psychologischen Aspekte des Mutterarchetypus », S. 89-123 (note 27).

[43] Voir Aimé Agnel, Michel Cazenave, Claire Dorly [et al.]: Vocabulaire de Carl Gustav Jung. Ellipses 2005.

[44] C. G. Jung: Aïon. Albin Michel 1983, p. 34; Aion. Beiträge zur Symbolik des Selbst. GW 9/11. 1976.

[45] C. G. Jung: Correspondance II. 1941-1949. Albin Michel 1993, p. 263.

[46] C. G. Jung: Aïon (note 44). p. 35.

[47] C. G. Jung: Psychologie du transfert. Albin Michel 1982, p. 174; „Die Psychologie der Übertragung“. In: GW 16. Praxis der Psychotherapie, S. 173-345.

[48] Plotin: Ennéades. V. VIII, 11. Les Belles Lettres.

[49] C. G. Jung: Racines de la conscience. (note 42), p. 110.

[50] On peut considérer le Noun comme un concept plutôt qu’un dieu. Il est l’océan qui a fait la Vie et qui fera la Mort ; sans créateur, il s’étend autour du monde. Tous les mythes de création ont une chose en commun, ce Noun, d’où naquit le dieu-créateur. Voir Claire Lalouette: Au royaume dÉgypte : Le temps des rois dieux. Champs Flammarion 1995, p. 87.

[51] Soit la projection de la différenciation interne.

[52] C. G. Jung: « De l’inconscient ». Cahiers jungiens de psychanalyse. n°84. Paris 1995. „Über das Unbewußte”. GW 10. Zivilisation im Übergang, S. 15-42.

[53] Il recommandait « fortement » Mein Kampf comme manuel pour la compréhension des humains et des races.

[54] Extrait d’une lettre de Cimbal à Göring, du 26 août 1933. In: Deirdre Bair: Jung. Une biographie. Flammarion, coll. « Grandes Biographies » Paris 2007, C. G. Jung. Eine Biographie. btb Verlag München 2007, S. 624: „in der arisch-angelsächsischen Welt als der entscheidende germanische Forscher der Tiefenpsychologie gelten darf […] alle übrigengroßen Meister unserer Wissenchaft ja leider nicht Arier sind.“.

[55] Voir les propos tirés du journal de Jung et rapportés par Deirdre Bair: Jung. chapitre 29. « En collusion avec l’histoire » (« Arg mit der Zeitgeschichte zusammengestoßen »): « Je me suis trouvé confronté à un conflit moral. Devais-je, prudent et neutre, me retirer en sécurité de ce côté-ci de la frontière, vivre en toute innocence sans m’impliquer, ou devais-je – comme j’en étais bien conscient – risquer d’être attaqué, risquer l’inévitable incompréhension à laquelle n’échappe pas celui-qui, pour des raisons d’ordre supérieur, est entré en relation avec le pouvoir politique en Allemagne aujourd’hui ».

[56] C. G. Jung: « Zur gegenwärtigen Lage der Psychotherapie ». Zentralblatt für Psychotherapie. VII, p. 1-16, 1934; GW 10. Zivilisation im Übergang, S. 181-199. Extraits rapporté par Lou Andreas-Salomé (note 20); “The State of Psychotherapy Today”. CW 10. Civilization in Transition.

[57] Ibid., pp 164-165 (GW, S. 353-354): “The Jews have this peculiarity in common with women; being physically weaker, they have to aim at the chinks in the armour of their adversary, and thanks to this technique which has been forced on them through the centuries, the Jews themselves are best protected where others are most vulnerable.”.

[58] Ibid., pp. 164-165 (GW, S. 353-354): “As a member of a race with a threethousand-year-old civilization, the Jew, like the cultured Chinese, has a wider area of psychological consciousness than we. Consequently it is in general less dangerous for the Jew to put a negative value on his unconscious. The « Aryan » unconscious, on the other hand, contains explosive forces and seeds of a future yet to be born, and these may not be devalued as nursery romanticism without psychic danger. The still youthful Germanic peoples are fully capable of creating new cultural forms that still lie dormant in the darkness of the unconscious of every individual-seeds bursting with energy and capable of mighty expansion. The Jew, who is something of a nomad, has never yet created a cultural form of his own and as far as we can see never will, since all his instincts and talents require a more or less civilized nation to act as host for their development. The Jewish race as a whole – at least this is my experience – possesses an unconscious which can be compared with the « Aryan » only with reserve. Creative individuals apart, the average Jew is far too conscious and differentiated to go about pregnant with the tensions of unborn futures. The « Aryan » unconscious has a higher potential than the Jewish; that is both the advantage and the disadvantage of a youthfulness not yet fully weaned from barbarism. In my opinion it has been a grave error in medical psychology up till now to apply Jewish categorieswhich are not even binding on all Jews-indiscriminately to Germanic and Slavic Christendom. Because of this the most precious secret of the Germanic peoples-their creative and intuitive depth of soul-has been explained as a morass of banal infantilism, while my own warning voice has for decades been suspected of anti-Semitism. This suspicion emanated from Freud. He did not understand the Germanic psyche any more than did his Germanic followers. Has the formidable phenomenon of National Socialism, on which the whole world gazes with astonished eyes, taught them better?”.

[59] Ibid.: « A movement that grips a whole nation must have matured in every individual as well. » Quand à la psychothérapie, elle perd désormais son sens, son éfficacité et son utilité: en effet, « le malade ne doit pas apprendre comment on se débarrasse d’une névrose, mais comment il faut la porter. » Comme une croix?

[60] C. G. Jung: Aspects du drame contemporain. Georg 1971, pp. 63-91; „Wotan“. In: GW 10. Zivilisation im Übergang, S. 203-218.

[61] Il y a sans doute, à ce moment-là, une identification de Jung à Hitler. Cela peut s’entendre dans une interview de 1933 sur Radio Berlin in 1933: “As Hitler said recently, the Fuhrer [sic] must be able to be alone and must have the courage to go his own way. But if he doesn’t know himself, how is he to lead others? That is why the true leader [Fuhrer, again] is always one who has the courage to be himself, and can look not only others in the eye but above all himself…. Every movement culminates organically in a leader, who embodies in his whole being the meaning and purpose of the popular movement.” In C.G. Jung Speaking, ed. W. McGuire and R. Hull London, 1978. C.G. Jung parle : rencontres et interviews. Réunis par W. Mc Guire et R.F.C. Hull. Ed. Buchet/Chastel 1985.

[62] Ibid, paragraphe 384-385: “Wenn wir für einen Augenblick vergessen dürfen, daß wir im Jahre des Herrn 1936 stehen und diesem Datum entsprechend glauben, die Welt vernünftig zu erklären, wofern die Basis unserer Erklärung aus dem ökonomischen, dem politischen und dem psychologischen Faktor besteht, und wenn wir diese wohlgemeinte, menschlich-allzumenschliche Vernünftigkeit etwas beiseite schieben und statt des Menschen Gott oder Götter mit der Verantwortlichkeit für das heutige Geschehen belasten dürfen – dann würde wohl Wotan als kausale Hypothese gar nicht übel passen. Ich wage sogar die ketzerische Behauptung, daß der alte Wotan mit seinem abgründigen und niemals ausgeschöpften Charakter mehr vom Nationalsozialismus erklärt als alle drei vorgenannten vernünftigen Faktoren zusammen. Obschon jeder dieser einen wichtigen Aspekt der in Deutschland geschehenden Dinge deutet, so sagt doch Wotan mehr, und zwar gerade über die allgemeine Erscheinung, welcher der Nichtdeutsche auch nach gründlichster Überlegung, im Grunde genommen, fremd und verständnislos gegenüber steht.”.

[63] Ibid, paragraphe 389 : „Die Wotangläubigen scheinen trotz all ihrer Schrullenhaftigkeit richtiger gesehen zu haben als die Vernünftler. Wotan ist – und das hat man offenbar völlig vergessen eine germanische Urgegebenheit, ein wahrster Ausdruck und eine unübertroffene Personifikation einer grundlegenden Eigentümlichkeit insbesondere des deutschen Volkes.“.

[64] L’un des théoriciens völkisch était Jacob Wilhelm Hauer [1881-1962], fondateur de ce « Mouvement de la Foi allemande ». Il s’impliqua dans des conférences et des associations jungiennes pendant les années 30. En 1934, il donna une conférence sur le symbolisme des nombres, qui avait une grande influence sur Jung, et pendant cette même conférence Hauer utilisa le concept jungien de l’inconscient collectif pour suggérer l’existence d’un inconscient racial associé à un symbolisme racial. Mais Jung cessera toute relation cette année-là.

[65] Leader national-socialiste chilien et ami de Jung. « Lettre du 14 septembre 1960 » in Deirdre Bair (note 54). In Briefe in drei Bänden. Dritter Band: 1956-1961. Herausgegeben von Aniella Jaffe, Zürich in Zusammenarbeit mit Hermann Adler, London. S. 340-345. „[…] So erlosch z.B. der Glaube an den Gott Wotan, und niemand dachte mehr an ihn, aber das Phänomen, ursprünglich Wotan gennant, blieb bestehen; nichts änderte sich außer dem Namen, wie der Nationalsozialismus in großem Maßstab bewies. Die kollektive Bewegung bestand aus Millionen von Individuen, und jedes einzelne wies Symptome des Wotanismus auf und bezeugte somit, daß Wotan im Grunde genommen nie gestorben war, sondern seine ursprüngliche Lebenskraft und Autonomie bewahrt hatte. Unser Bewußtsein bildet sich nur ein, daß es seine Götter verloren hat; in Wirklichkeit sind sie immer noch da, und es bedarf nur gewisser allgemeiner Voraussetzungen, um sie inher ganzen Kraft wiedererstehen zu lassen. […] Wir haben unsere Götter weitgehend aus dem Bewußtsein verloren, und in ihrer gegenwärtigen Gestalt erteilt die Religion auf die Weltsituation im allgemeinen und die « Religion » des Kommunismus im besonderen keine wirksame Antwort. So befinden wir uns in der gleichen schwierigen Lage wie das vor-nationalsozialistische Deutschland der zwanziger Jahre, d.h., wir könnten leicht der Gefahr eines neuen, aber diesmal weltweiten wotanistischen Experiments erliegen.“.

[66] L’homme ayant créé Dieu à son image, il souffre en retour de ne point atteindre sa création idéale.

[67] À la base de toute utopie, il y a un déplacement, un changement de lieu, le plus souvent d’un intérieur mélancolique vers un extérieur imaginaire supposé réparateur.

[68] Voir l’invention de la bourgeoisie selon Wolf Lepenies: Qu’est-ce qu’un intellectuel européen ?. Seuil 2007.

 

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