Jaques Elliott: Des systèmes sociaux comme défenses contre l’angoisse dépressive et l’angoisse de persécution. Contribution à l’étude psychanalytique des processus sociaux

Texte fondamental1 de 1955 sur le phénomène de groupe et d’institutionnalisation et qui montre de façon éclatante pourquoi les groupes ont besoins d’ennemis.

N.B.: une note sur le «working through», non traduit dans cet article: ce terme anglais correspondrait à celui de «perlaboration»; mais les kleiniens ont introduit quelques différences dans cette notion qui ne sont pas reconnues en France et que Smirnoff avait traduit par «translaboration», dont voici une définition:

Translaboration: spécifie une élaboration psychique hors cure, dans le cours de l’évolution d’un sujet, puisqu’il existe des processus permettant de résoudre et de dépasser spontanément certaines positions affectives de l’enfance par un remaniement de ces affects et relations objectales, réduisant ainsi le clivage intrapsychique en fonction d’éléments internes comme externes et favorisant l’intégration du moi. Ceci est donc lié au potentiel évolutif d’un sujet.


Table des matières

1 – Projection, introjection et identification dans les relations sociales

2 – Illustration de mécanismes de défense structurés socialement

2.1 – Défenses contre l’angoisse paranoïde

2.2 – Défenses contre l’angoisse dépressive

3 – Etudes de cas

3.1 – Une période de négociation

3.2 – Analyse de la phase de négociation

3.3 – Description et analyse de la phase postérieure aux négociations

4 – Quelques observations sur le changement social

5 – Résumé et conclusions


Beaucoup de phénomènes sociaux manifestent – on l’a souvent noté une correspondance étroite, saisissante, avec des processus psychotiques individuels. Melitta Schmideberg2, par exemple, évoque le contenu psychotique de bien des cérémonies et rites primitifs. Bion3 suggère que la vie affective du groupe ne peut être comprise qu’en termes de mécanismes psychotiques.

Mon expérience personnelle4 récente m’a montré, de façon impressionnante, combien les individus utilisent les institutions dont ils sont membres pour renforcer des mécanismes individuels de défense contre l’angoisse, en particulier contre le retour de ces angoisses primaires, paranoïdes et dépressives, décrites pour la première fois par Mélanie Klein5. En reliant les comportements en société avec le fait de se défendre contre l’angoisse psychotique, je ne souhaite d’aucune façon suggérer que les relations sociales ne remplissent aucune autre fonction qu’une fonction défensive de cette sorte. A titre d’exemples d’autres fonctions, je citerai, aspect tout aussi important, l’expression et la satisfaction des pulsions libidinales dans des activités sociales constructives, aussi bien que la coopération sociale dans des institutions offrant des possibilités de création et de sublimation.

Mon propos cependant est de me limiter, dans ce texte, à l’examen de certaines fonctions de défense; ce faisant, j’espère éclairer et préciser les processus selon lesquels les mécanismes d’identification projective et introjective relient les conduites individuelles et sociales.

L’hypothèse spécifique que j’examinerai est que l’un des éléments primaires de cohésion reliant les individus dans des associations humaines institutionnalisées est la défense contre l’angoisse psychotique.

En ce sens, on peut penser que les individus projettent à l’extérieur les pulsions et les objets internes qui, sinon, seraient la source d’anxiété psychotique, et qu’ils les mettent en commun dans la vie des institutions sociales où ils s’associent. Ceci n’est pas dire que les institutions utilisées de cette façon deviennent «psychotiques», mais ceci implique effectivement que nous nous attendions à trouver dans les relations de groupe des manifestations d’irréalisme, de clivage, d’hostilité, de suspicion et d’autres formes de conduites mal adaptées. Ces manifestations sont le pendant social – mais non pas l’équivalent – de ce qui apparaît comme symptômes psychotiques chez les individus qui n’ont pas développé leur capacité pour utiliser les mécanismes d’affiliation aux groupes sociaux afin d’éviter l’angoisse psychotique.

Si l’hypothèse ci-dessus s’avère exacte, l’observation des processus sociaux fournit probablement une vue amplifiée des mécanismes psychotiques observables chez les individus, tout en offrant un cadre accessible à plus d’un observateur. En outre, beaucoup de problèmes sociaux, économiques et politiques – souvent imputés à l’ignorance humaine, à la stupidité, aux attitudes mauvaises, à l’égoïsme ou à la recherche du pouvoir – peuvent devenir plus compréhensibles, si l’on s’aperçoit qu’ils recèlent des tentatives, dont les motivations sont inconscientes, de la part d’êtres humains pour se défendre, de la meilleure façon à leur portée à ce moment là, contre l’expérience d’angoisses dont ils ne pourraient pas consciemment contrôler les sources. Les raisons de la difficulté de traiter le problème du changement de bien des pressions sociales et de bien des tensions de groupe seront peut-être aussi plus clairement évaluées si on les voit comme les «résistances» de groupes de gens qui se cramponnent inconsciemment à leurs institutions, parce que des changements dans les relations sociales menacent de perturber les défenses sociales existantes qui protègent contre l’angoisse psychotique.

Les institutions sociales, au sens où j’utiliserai ce terme, sont des structures sociales comportant des mécanismes culturels réglant les relations internes. Les structures sociales sont des systèmes de rôles, ou de positions, qui peuvent être adoptés et occupés par des personnes. Les mécanismes culturels sont les conventions, coutumes, tabous, règles, etc… qui sont utilisés pour régler les relations entre les membres d’une société. Aux fins d’analyse, les institutions peuvent être définies indépendamment des individus particuliers qui occupent les rôles et qui manient ces mécanismes culturels. Mais le fonctionnement effectif des institutions se déroule par l’intermédiaire de gens réels maniant des mécanismes culturels au sein d’une structure sociale; et les fonctions inconscientes ou implicites d’une institution sont déterminées de façon spécifique par les individus particuliers associés dans l’institution, occupant des rôles à l’intérieur d’une structure et maniant la culture.

Des changements peuvent se produire dans les fonctions inconscientes d’une institution à travers un changement de personnel sans qu’il y ait nécessairement aucun changement apparent aux niveaux manifestes des structures et des fonctions. Et t réciproquement, comme on le note si souvent, imposer un changement dans la structure manifeste ou dans la culture, avec l’objectif de résoudre un problème, peut fréquemment laisser le problème non résolu, les relations inconscientes demeurant inchangées.

1 – Projection, introjection et identification dans les relations sociales

Dans «Psychologie collective et analyse du Moi», Freud prend comme point de départ de son étude de la psychologie des groupes la relation entre le groupe et son chef. Il voit l’essence de cette relation dans les mécanismes d’identification des membres du groupe avec le chef et les uns avec les autres6.

En ce sens, les processus de groupe peuvent être reliés à des formes plus primitives de comportement, puisque «l’identification est connue de la psychanalyse comme la toute première expression d’un lien émotionnel avec une autre personne»7. Mais Freud n’a pas explicitement développé le concept d’identification au-delà de l’identification par introjection, conception dérivée de son travail sur la rétention des objets perdus par le processus de l’introjection8.

Dans son analyse de la vie collective, il distingue pourtant l’identification du moi avec un objet (ou identification par introjection), et ce qu’il nomme remplacement du moi-idéal par un objet externe9.

Dans les deux exemples qu’il décrit, l’armée et l’église, il montre que le soldat remplace son moi-idéal par le chef qui devient son idéal, tandis que le chrétien incorpore le Christ comme son idéal et s’identifie à lui.

Comme Freud, Melanie Klein voit l’introjection comme un des processus primaires par lesquels le petit enfant établit des relations émotionnelles avec ses objets. Mais elle considère que les processus d’introjection et de projection interagissent dans la genèse de ces relations10. Une telle formulation me semble conforme, bien que de façon non explicite, avec les vues de Freud que nous venons d’exprimer. C’est-à-dire, l’identification du moi avec un objet est une identification par introjection; ceci est explicite dans Freud. Mais le remplacement du moi-idéal par un objet externe me semble contenir implicitement la conception de l’identification par projection. Ainsi, les soldats qui adoptent leur chef comme leur moi-idéal, en fait s’identifient avec lui projectivement, ou déposent en lui une part d’eux-mêmes. C’est cette identification projective commune ou partagée qui permet aux soldats de s’identifier les uns aux autres. Dans la forme extrême d’une identification projective de ce type, les subordonnés deviennent totalement dépendant du chef, parce que chacun lui a abandonné une part de lui-même11. De fait, c’est précisément un tel extrême d’identification projective qui pourrait expliquer le cas de panique décrit par Freud12 où les Assyriens prirent la fuite en apprenant que Holopherne, leur chef, avait eu la tête tranchée par Judith. Car non seulement l’objet externe partagé en commun (cette figure de proue) qui les relie tous ensemble est perdu, mais le chef ayant perdu sa tête, chaque soldat «perd la tête», coïncidant avec le chef en s’identifiant projectivement à lui.

Je retiendrai comme base de mon analyse des processus de groupe, la conception de l’identification dans la constitution des groupes décrite par Freud, mais en me référant particulièrement aux processus d’identification introjective et projective dégagés par Mélanie Klein. Paula Heimann13 dans un autre contexte, a proposé une telle forme d’analyse, avançant la notion que introjection et projection peuvent être à la base des processus sociaux même les plus complexes. Je tenterai de montrer comment les individus font un usage inconscient des institutions en s’associant à celles-ci et en coopérant inconsciemment au renforcement des défenses internes contre l’angoisse et la culpabilité. Ces défenses sociales comportent des relations réciproques avec les mécanismes internes de défense. Par exemple, les défenses schizoïdes et maniaques contre l’angoisse et la culpabilité impliquent, toutes deux, des mécanismes de clivage et de projection, et par la projection, un lien avec le monde extérieur; quand des objets internes sont partagés avec d’autres et utilisés en commun aux fins de projection, des relations sociales imaginaires peuvent être établies à travers l’identification projective avec l’objet commun. Ces relations phantasmatiques sont élaborées plus avant par l’introjection; et le jeu à double sens de l’identification projective et introjective médiatise le double aspect des relations sociales.

En parlant du «contenu et de la forme sociales phantasmatiques d’une institution», je me référerai à la forme et au contenu des relations sociales au niveau des phantasmes individuels que les membres d’une institution partagent en commun par l’identification projective et introjective. Phantasme est utilisé dans le sens d’activité intrapsychique complètement inconsciente, telle que la définit Susan Isaacs14. De ce point de vue, le caractère des institutions est déterminé et coloré non seulement par leurs fonctions explicites ou ‘acceptées consciemment de commun accord, mais également par leurs multiples fonctions non reconnues, au niveau phantasmatique.

2 – Illustrations de mécanismes de défense structurés socialement

Ce n’est pas mon intention d’explorer dans cet article, systématiquement ou complètement, la façon dont opèrent les mécanismes de défense sociaux. J’examinerai d’abord certaines angoisses et défenses paranoïdes, en les conservant séparées dans une certaine mesure, dans des buts d’explication, et en présentant des illustrations tirées de l’expérience de la vie quotidienne. Ensuite, je présenterai des données provenant d’un cas d’une étude sociologique dans une entreprise industrielle, qui pourra rendre plus claires certaines des considérations théoriques, en montrant l’interaction entre les phénomènes paranoïdes et dépressifs.

2.1 – Défenses contre l’angoisse paranoïde

Un exemple des mécanismes sociaux de défense contre les angoisses paranoïdes est celui qui consiste à placer des objets internes mauvais15 et des pulsions mauvaises dans le psychisme de certains membres particuliers d’une institution; quelle que soit leur fonction explicite dans une société, ceux-ci sont choisis inconsciemment, ou bien ils choisissent eux-mêmes d’introjecter les objets et pulsions ainsi projetés et de les absorber ou de les détourner. Absorber se réfère au processus qui consiste à introjecter les objets et pulsions et de les garder en soi; tandis que les détourner implique qu’ils soient de nouveaux projetés, mais non pas dans les mêmes membres dont ils avaient été introjectés.

La structuration sociale phantasmatique du processus d’absorption peut être discernée, par exemple, dans le cas de l’officier en second d’un navire: en plus de son devoir normal, il est tenu responsable de bien des choses qui vont mal, mais dont il n’est pas, en fait, responsable.

Les mauvais objets et les pulsions mauvaises de chacun peuvent être placés inconsciemment dans la personne de l’officier en «second»: il sera considéré consciemment, d’un commun accord, comme la source des difficultés. Ce mécanisme permet aux membres de l’équipage de trouver inconsciemment un soulagement par rapport à leurs propres persécuteurs internes. D’autre part, le commandant du navire, de ce fait, peut être plus aisément idéalisé en une image bonne, protectrice, avec laquelle on peut s’identifier. Le contenu anal de l’attaque phantasmatique contre l’officier en second est manifeste dans la phrase familière «le second doit encaisser toute la merde, et il doit être préparé à être de la merde». On s’attend de la part d’officiers de Marine à ce qu’ils acceptent ce rôle masochiste, dans le cours normal de leur carrière; la norme est de l’accepter sans murmure.

Le détournement des projections est un processus visible dans certains aspects de la situation complexe des nations en guerre. La structure sociale manifeste est celle de deux armées s’opposant, chacune appuyée et soutenue par sa communauté. Au niveau phantasmatique, cependant, nous pouvons envisager la possibilité suivante: les membres de chaque communauté déposent leurs objets mauvais et leurs pulsions sadiques dans le psychisme de l’ennemi extérieur, partagé et accepté en commun. Ils se débarrassent de leurs pulsions hostiles, destructives, en les projetant dans leurs armées, aux fins de détournement contre l’ennemi. L’angoisse paranoïde dans la communauté totale, armée et civils, peut être allégée, ou du moins transformée en peur ci ennemis connus et identifiables, puisque les pulsions et les objets mauvais projetés sur l’ennemi reviennent, non pas sous forme de persécuteurs introjectés phantasmatiquement, mais d’attaque physique effective qui peut être éprouvée réellement. Dans des conditions appropriées, la peur objectivement fondée peut être plus facilement maîtrisée que la persécution phantasmatique. L’ennemi mauvais et sadique est combattu, non dans l’isolement solitaire du monde intérieur inconscient, mais en coopération avec des camarades d’armes dans la vie réelle.

Non seulement les individus se débarrassent de cette façon de la persécution phantasmatique; plus encore, les membres de l’Armée sont momentanément libérés de l’angoisse dépressive, puisque leurs propres impulsions sadiques peuvent être niées, en imputant leur agressivité à l’accomplissement de leur devoir, c’est-à-dire en exprimant les impulsions agressives qu’ils ont recueillies et introjectées de la communauté. Les membres de la communauté peuvent aussi éviter la culpabilité par l’introjection de la haine, approuvée socialement, de l’ennemi. Cette approbation introjectée renforce la négation de haines inconscientes et de pulsions destructrices contre des objets bons, en permettant l’expression consciente de ces pulsions contre un ennemi extérieur réel, commun à tous, haï publiquement.

La coopération sociale, au niveau de la réalité, peut ainsi permettre une redistribution des objets mauvais et des pulsions mauvaises dans les relations phantasmatiques des membres d’une société16. En connexion avec une telle redistribution, l’identification introjective permet aux individus de se prévaloir de sanctions et de supports sociaux. Le but premier des mécanismes d’absorption et de détournement est de réaliser le non retour, au niveau phantasmatique, des mauvais objets et des mauvaises pulsions phantasmatiques qui ont fait l’objet de projections.

Mais les mécanismes sociaux de défense procurent quelque bénéfice, même là où absorption et détournement ne sont pas un succès complet (et les mécanismes, au niveau phantasmatique, ne peuvent jamais être complètement contrôlés). Paula Heimann17 décrit l’introjection dans le moi de mauvais «objets» projetés et de leurs pulsions connexes, où ils sont maintenus en état de clivage, assujettis aux projections intrapsychiques, et attaqués.

Dans les cas décrits ci-dessus, le moi reçoit le soutien des sanctions sociales qui sont introjectées et qui légitiment, au niveau intrapsychique, la projection et l’agression. L’officier en second, par exemple, peut être introjecté, et les pulsions projetées dans son psychisme peuvent également être introjectées.

Mais dans la situation sociale phantasmatique, l’on s’identifie à d’autres membres de l’équipage qui attaquent aussi l’officier en second par introjection, partiellement au niveau du moi, et partiellement au niveau du surmoi.

Le moi est ainsi renforcé par la possession des membres de l’équipage intériorisés, qui, tous, prennent part à l’attaque des objets mauvais qui ont fait l’objet de ségrégation à l’intérieur du moi; et la rigueur du sur-moi se trouve allégée par l’apport qui lui est fait d’objets qui, socialement, approuvent et légitiment l’attaque.

Ces exemples, bien évidemment, ne sont pas complètement élaborés; nous ne visons pas non plus à ce qu’ils le soient. Ce sont des abstractions tirées de situations de la vie réelle dans lesquelles une analyse plus complète montrerait des défenses contre l’angoisse dépressive et de persécution, interagissant entre elles et avec d’autres fonctions plus explicites du groupe. Mais ils suffisent, peut-être, à montrer comment l’usage des concepts d’identification introjective et projective, considérés comme des mécanismes en interaction, peut servir à prolonger l’analyse par Freud de l’armée et de l’église. Nous pouvons noter aussi que les mécanismes sociaux qui ont été décrits comportent, dans leurs aspects les plus primitifs, des traits qui peuvent être rapprochés des toutes premières tentatives du petit enfant, décrites par Mélanie Klein18 pour traiter l’angoisse de persécution liée aux objets dont on a été séparé au moyen de clivages, projections et introjections des objets et pulsions, tant bons que mauvais.

Envisageant, maintenant, la question des défenses sociales contre les angoisses dépressives, nous pourrons illustrer plus avant certains de ces points généraux.

2.2 – Défenses contre l’angoisse dépressive

Considérons d’abord certains aspects des problèmes soulevés par les phénomènes de bouc émissaire portant sur un groupe minoritaire. Du point de vue de la communauté dans son ensemble, celle-ci est scindée en deux parts: une majorité bonne, et une minorité mauvaise – clivage cohérent avec le clivage en bons et mauvais des objets internes et avec la création d’un monde intérieur bon et mauvais. Le groupe persécuteur préserve sa croyance qu’il est lui-même le bien en entassant mépris et attaques contre le groupe bouc émissaire. Les mécanismes de clivage interne et la sauvegarde des bons objets internes des individus, l’attaque et le mépris des objets internes mauvais, persécuteurs, sont renforcés par des identifications introjectives des individus à d’autres membres qui participent à l’attaque, collectivement approuvée, contre le bouc émissaire19.

Si nous nous tournons à présent vers les groupes minoritaires, nous pouvons nous demander pourquoi seules certaines minorités sont vouées à la persécution, tandis qu’il n’en est rien pour d’autres. Un aspect souvent négligé dans l’examen des problèmes de minorité peut offrir ici quelque secours.

Les membres de la minorité persécutée entretiennent communément contre leurs persécuteurs une haine et un mépris caractérisés, rivalisant en intensité avec le mépris et l’agression auxquels eux-mêmes sont exposés. Qu’il doive en être ainsi n’est peut-être pas surprenant. Mais, en considération du facteur sélectif dans le choix des minorités persécutées, il nous faut envisager la possibilité qu’un des facteurs actifs de ce choix soit le consensus du groupe minoritaire, au niveau phantasmatique, à rechercher de la part des autres mépris et souffrance de façon à alléger une culpabilité inconsciente. Autrement dit, il existe une coopération (ou collusion) inconsciente, au niveau phantasmatique, entre persécuteur et persécuté. Pour les membres du groupe minoritaire, une telle collusion renforce leurs propres défenses contre l’angoisse dépressive – par des mécanismes tels que la justification sociale des sentiments de mépris et de haine à l’encontre d’un persécuteur extérieur, avec allégement consécutif de la culpabilité et renforcement du mécanisme de négation destiné à protéger les bons objets internes.

L’allégement de l’angoisse dépressive par des mécanismes sociaux peut être réalisé par une autre voie: la négation maniaque d’impulsions de destruction et de la destruction de bons objets, le renforcement, enfin, des bonnes impulsions et des bons objets, par la participation à l’idéalisation du groupe. Ces mécanismes sociaux reflètent, dans le groupe, les mécanismes de négation et d’idéalisation dont Mélanie Klein a montré l’importance dans les défenses contre l’angoisse dépressive20.

L’action de ces mécanismes sociaux est perceptible dans les cérémonies de deuil. Chacun se joint à ceux qui portent le deuil pour la manifestation en commun de leur douleur et la réitération publique des bonnes qualités du défunt. De la comparaison entre les insuffisances des survivants et les bonnes qualités du défunt se dégage un sentiment de culpabilité commune partagée. On se débarrasse des mauvais objets et des pulsions mauvaises par projection inconsciente dans le cadavre, projection masquée parla décoration du cadavre; ils sont prudemment mis de côté par identification projective sur le mort durant la cérémonie d’enterrement; par de tels mécanismes on vise inconsciemment à éviter d’être persécuté par des forces démoniaques.

En même temps, de bons objets et des pulsions bonnes sont aussi projetés dans la personne morte. L’idéalisation publique socialement approuvée du défunt renforce ainsi le sentiment que, après tout, l’objet bon n’a pas été détruit, car «ses bonnes oeuvres» sont tenues de survivre dans la mémoire de la communauté comme de la famille, souvenir réifié dans la pierre tombale. Ces mécanismes tendent par une visée inconsciente à éviter d’être hanté par des esprits suscitant la culpabilité. De ce fait, les cérémonies de deuil fournissent à la communauté et à la famille endeuillée l’occasion de coopérer inconsciemment à scinder l’objet aimé en une mauvaise part, détruite, et une part aimée, d’ensevelir les mauvais objets et les pulsions mauvaises, et de protéger la partie bonne, aimée, comme un souvenir éternel.

Trait général commun à chacun des exemples cités, les systèmes sociaux phantasmatiques qui sont instaurés ont une valeur de survie pour le groupe, tout en offrant aux individus une protection contre l’angoisse. Dans le cas des funérailles, par exemple, l’idéalisation sociale et la négation maniaque permettent à une personne venant de perdre un être cher de réduire en elle le chaos, de tempérer le choc immédiat et intense de la mort, et de s’engager dans le processus de maturation intime du travail de deuil, au moment et à l’allure21 qui lui sont propres. Mais il existe aussi bien un gain social général: tous ceux qui sont associés aux funérailles peuvent poursuivre leur travail interne de deuil, et continuer – processus de toute la vie – le «working through»22 des conflits non résolus de la situation dépressive infantile. Comme Mélanie Klein l’a décrit, «il semble que tout progrès dans le processus du travail de deuil se traduit par un approfondissement de la relation de l’individu à ses objets internes par le bonheur de les recouvrir après avoir éprouvé leur perte («Paradis perdu et retrouvé»), dans une confiance et un amour accrus à leur égard du fait qu’ils s’affirment somme toute bons et secourables23». Ainsi, à travers les funérailles, la tolérance à l’ambivalence s’accroît et l’amitié peut être renforcée dans la communauté; ou bien encore, dans le cas de l’officier second, l’équipage du navire, dans une situation que l’étroite réclusion et l’isolement loin des autres groupes rend difficile, est mis à même de coopérer avec le commandant à l’exécution des tâches requises et consciemment planifiées, en isolant et en concentrant leurs objets et leurs pulsions mauvaises, dans un réceptacle humain à leur portée.

3 – Étude de cas

L’examen d’un cas venant de l’industrie va nous permettre de procéder à un examen plus détaillé et complet des systèmes sociaux phantasmatiques en tant que mécanismes de défense pour l’individu et également en tant que mécanismes permettant au groupe de poursuivre ses tâches objectives ou de survivance. On pourra noter que le concept de «tâche objective» provient de la notion de Bion de la tâche objective du groupe de travail ou W. group24. je m’abstiens d’utiliser le schéma conceptuel plus poussé par lequel Bion définit ce qu’il appelle les «hypothèses de base» des groupes, car les relations opératoires entre les hypothèses de base et les phénomènes de dépression et de persécution restent à élaborer.

Le cas rapporté ici fait partie d’une étude plus vaste, réalisée dans une entreprise de matériel électrique, la «Glacier Metal Company», entre juin 1948 et le moment présent. Les relations avec la firme sont d’ordre thérapeutique; le travail n’est fait que sur demande émanant de groupes ou d’individus situés dans cette entreprise, d’aide pour le «working through» des tensions dans les groupes, ou pour l’examen de problèmes d’organisation. La relation entre le psychosociologue-conseil (ou thérapeute) et les gens avec qui il travaille est une relation de confiance; les seuls comptes rendus publiés sont ceux étudiés avec les personnes concernées, et dont ils acceptent la publication. En me conformant à ces termes de référence, j’ai publié un rapport détaillé portant sur les trois premières années du projet25.

L’illustration que j’utiliserai ici est tirée du travail réalisé avec l’un des départements de l’usine26.

Ce département utilisait environ soixante personnes. Son organisation comportait, à sa tête, un chef de département. Sous ses ordres un superintendant, responsable à son tour de quatre contremaîtres, qui, chacun disposait d’un groupe de travail de dix à seize agents. Les agents avaient élu cinq représentants, dont deux étaient magasiniers, pour négocier avec le chef de département des problèmes concernant ce département. L’un de ces problèmes touchait le changement des méthodes de paiement des salaires. Le personnel de l’atelier était payé aux pièces (c’est-à-dire un salaire de base, plus une prime dépendant de leur production). Cette méthode de paiement était ressentie, depuis un certain nombre d’années, comme insatisfaisante. Du point de vue des travailleurs cela se traduisait par une incertitude sur le montant de leurs salaires hebdomadaires; pour la direction, par des fixations compliquées de taux, et des arrangements administratifs. Pour tous les intéressés, les disputes, qui n’étaient pas rares, étaient ressenties comme une perturbation non nécessaire. La possibilité de revenir à une méthode de paiement basée sur un taux uniforme avait été discutée durant plus d’un an, avant le début du projet. En dépit du fait que le changement était généralement désiré, les intéressés n’avaient pu arriver à une décision.

3.1 – Une période de négociation

Le travail commença dans ce département en janvier 1949, par l’assistance aux discussions d’un sous-comité composé du chef de département, du superintendant et de trois représentants des ouvriers. Le ton général des discussions était amical.

Les membres du comité insistaient sur le fait qu’il existait de bonnes relations dans le département et que chacun voulait s’efforcer de les améliorer davantage. De temps en temps, cependant, des désaccords aigus se produisaient sur des points spécifiques; ces désaccords conduisirent les représentants ouvriers à déclarer qu’il y avait de nombreuses questions sur lesquelles ils sentaient ne pouvoir faire confiance à la direction. A cette déclaration de suspicion, les membres de la direction répondaient en soulignant que, pour leur part, ils avaient grande confiance, eux-mêmes, dans le sens des responsabilités des ouvriers.

La suspicion des ouvriers à l’encontre de la direction se révéla, aussi, au cours de discussions tenues au niveau de l’atelier entre les représentants élus et leurs constituants ouvriers. Le but de ces discussions était de dégager, de façon détaillée et concrète, les vues des ouvriers sur le changement proposé. Les ouvriers, dans l’ensemble, étaient en faveur du changement; mais ils avaient quelque doute quant à la confiance qu’ils pouvaient accorder à la direction pour mettre en œuvre et pour administrer ce changement d’une manière équitable. Quelles garanties avaient-ils donc, demandaient-ils, que la direction ne leur joue pas quelque tour de passe-passe? Les ouvriers montraient, au même moment, une attitude ambivalente envers leurs représentants. Ils les pressaient et leur confiaient le soin de continuer les négociations avec la direction; mais, en même temps, ils suspectaient leurs représentants d’être des hommes de paille de celle-ci et de ne pas suffisamment tenir compte des points de vues des ouvriers. Cette attitude négative envers leurs représentants s’exprimait plus clairement dans les interviews individuels faits avec les ouvriers; là, ils exprimaient que, bien que les représentants élus étaient connus comme des syndicalistes militants, pourtant ils pouvaient être roulés par la direction, et ne pas remplir leur rôle de représentant aussi efficacement qu’ils l’auraient pu.

Les relations de travail, au jour le jour, entre contremaîtres et ouvriers étaient tout à fait différentes de ce que l’on aurait escompté en conséquence de ces vues. Le travail en atelier était accompli avec un bon moral et les contremaîtres étaient ressentis comme faisant leur possible pour les ouvriers. Une forte proportion de l’atelier était employée dans la société depuis cinq ans ou plus, et des relations personnelles véritablement bonnes s’étaient établies.

Les discussions dans le comité composé d’éléments de la direction et de représentants élus, allèrent leur train durant sept mois, entre janvier et juin 1949. Ils rencontraient de grandes difficultés à s’acheminer vers une décision: ils s’embrouillaient dans des discussions parfois assez chaudes sans autre cause évidente que la suspicion des ouvriers vis-à-vis de la direction, compensée par l’idéalisation des ouvriers par celle-ci. Beaucoup de cette suspicion et de cette idéalisation, cependant, était autistique: en ce sens que bien qu’elles étaient éprouvées consciemment, elles n’étaient pas ouvertement exprimées comme concernant la direction et les ouvriers. Ces attitudes se manifestaient beaucoup plus nettement quand les représentants élus et les éléments de la direction se réunissaient séparément. Les ouvriers exprimaient leur profonde suspicion et leur méfiance, cependant que les dirigeants exprimaient quelques unes de leurs angoisses quant à la mesure dans laquelle les ouvriers pouvaient être responsables, angoisses qui coexistaient chez ces dirigeants avec leur sens accusé de la responsabilité des ouvriers et leur foi en eux.

3.2 – Analyse de la phase de négociation

Je souhaiterais maintenant appliquer à ces données certaines de nos formulations théoriques. Ceci ne vise, d’aucune façon, à une analyse complète de ce matériel. Beaucoup de facteurs importants tels que des modifications dans l’organisation de la direction de l’atelier, des attitudes individuelles, des changements de personnel et des variations de la situation économique et de la production, tout cela contribue à déterminer les changements qui se produisirent. Mais je souhaite montrer – si l’on accepte l’hypothèse que les défenses contre l’angoisse paranoïde et dépressive agissent au niveau social phantasmatique – comment nous pouvons expliquer quelques-unes des très grandes difficultés rencontrées par les membres de ce département.

Je voudrais également souligner ici que ces difficultés furent rencontrées en dépit du moral élevé qu’impliquait la bonne volonté des gens concernés, à regarder en face, et à «work-through» sérieusement les tensions de groupe qu’ils éprouvèrent au cours de leurs tentatives pour arriver à un but désiré par tous.

Le degré d’inhibition de cette suspicion et de cette idéalisation autistiques devient compréhensible, je pense, si nous faisons les hypothèses suivantes sur les attitudes inconscientes au niveau phantasmatique. Les ouvriers dans l’atelier avaient clivé les membres de la direction en bons et en mauvais: les bons étant ceux avec qui ils travaillaient; et les mauvais, étant les mêmes, mais dans la situation de négociation.

Inconsciemment, ils avaient projeté leurs pulsions hostiles destructrices dans leurs représentants élus. De cette façon, les représentants pouvaient détourner ou re-diriger ces pulsions contre les mauvais «patrons», avec qui les négociations continuaient, tandis que bons objets et pulsions bonnes pouvaient être placés dans la personne réelle des chefs dans la situation quotidienne de travail. Ce clivage de la direction en bon et mauvais et l’identification projective, contre les mauvais patrons, avec les représentants élus servaient deux fins.

Au niveau de la réalité, cela permettait le maintien des bonnes relations nécessaires à l’accomplissement des tâches du département. Au niveau phantasmatique, cela fournissait un système de relations sociales renforçant les défenses individuelles contre l’angoisse paranoïde et dépressive.

Ce fait, de déposer leurs pulsions bonnes dans les dirigeants qu’ils avaient en situation de travail, permettait aux ouvriers de ré-introjecter les bonnes relations avec la direction, et, de ce fait, de conserver indemne un bon objet et alléger l’angoisse dépressive. Cette anxiété dépressive fut évitée aussi en effectuant un renversement à la position paranoïde dans la situation de négociation27.

Pendant les négociations, les ouvriers évitèrent partiellement l’angoisse paranoïde en déposant leurs pulsions mauvaises dans leurs représentants élus. Sur un plan conscient, les représentants négociaient pour les ouvriers; inconsciemment, ils devenaient les représentants des pulsions mauvaises de ceux-ci. Ces pulsions mauvaises, ainsi clivées, étaient en partie contrôlées et évitées parce qu’elles étaient dirigées contre les objets mauvais placés dans la direction en situation de négociation par les ouvriers et leurs représentants.

Un autre mode de traitement par les ouvriers de leurs propres mauvais objets et mauvaises pulsions, projetés, consistait à s’attaquer à leurs représentants avec un sentiment de désespoir quant à une issue favorable des négociations. Ces sentiments tendaient à s’exprimer lorsque les individus étaient seuls. Les ouvriers qui ressentaient cela avaient introjecté leurs représentants comme des objets mauvais et les maintenaient comme une part isolée de leur moi. L’identification projective avec d’autres ouvriers, qui maintenaient que les représentants ne faisaient pas correctement leur office, venaient appuyer la projection intrapsychique et l’agression contre ces mauvais objets introjectés pour renforcer la projection intrapsychique et pour se protéger des contre-attaques provenant des mauvais représentants intériorisés. En plus d’une défense contre des persécutions intérieures, l’introjection des autres ouvriers fournissait une sanction sociale pour considérer les représentants intériorisés comme mauvais; ceci compensait la rudesse des récriminations du sur-moi contre l’attaque d’objets contenant un élément tant bon que persécuteur.

Du point de vue des représentants élus, leur acceptation inconsciente des pulsions et des objets mauvais de tous les ouvriers réduisait leur anxiété à l’égard des pulsions mauvaises. Ils pouvaient avoir le sentiment que leurs propres pulsions hostiles et agressives ne leur- appartenaient pas, mais appartenaient aux gens au nom desquels ils agissaient. Ils étaient ainsi en état de recueillir une sanction sociale externe couvrant leur agression et leur suspicion hostile. Mais le mécanisme n’opérait pas avec complet succès, car leurs propres suspicion et hostilité inconscientes restaient encore à traiter, ainsi que la réalité de ce qu’ils considéraient être la bonne direction extérieure. Il y avait ainsi de l’angoisse et un sentiment de culpabilité, celle d’endommager les bons directeurs.

Le mécanisme primaire de défense contre l’assaut d’une anxiété dépressive était le repli sur la position paranoïde. Cela se manifestait par le fait de s’accrocher de façon rigide à des attitudes de suspicion et d’hostilité, même lorsqu’ils sentaient consciemment qu’une part de cette suspicion n’était pas justifiée par leur expérience dans la situation présente.

La direction, de son côté, contrait l’attitude paranoïde des représentants élus par la réitération de l’opinion que l’on pouvait compter sur la participation des ouvriers. Cette attitude positive contenait, inconsciemment, à la fois une idéalisation des ouvriers et un désir d’apaiser les représentants hostiles. L’idéalisation peut se comprendre comme un mécanisme inconscient pour réduire la culpabilité; culpabilité stimulée par la crainte de blesser ou de détruire des ouvriers ‘ dans la situation de travail quotidienne, par l’exercice de l’autorité directoriale. Cette autorité – il y a de bonnes raisons de le croire – est ressentie inconsciemment, au moins à quelque degré, comme incontrôlée et toute puissante. Dans la mesure où les dirigeants ressentaient leur autorité comme mauvaise, ils craignaient les représailles de la part des ouvriers. Ceci, derechef les conduisait, afin de se défendre contre l’angoisse paranoïde, à renforcer l’idéalisation des représentants élus – moyen d’apaiser l’hostilité des ouvriers et donc d’apaiser les persécuteurs internes. Ces mécanismes d’idéalisation et d’apaisement étaient utilisés dans les réunions avec les représentants élus, de sorte que les mécanismes de réalité, moins encombrés de phantasmes non contrôlés, pouvaient fonctionner dans les relations avec les ouvriers dans la situation de travail.

Ainsi, des attitudes inconscientes, paranoïdes chez les ouvriers, idéalisantes et apaisantes chez la direction, étaient complémentaires et se renforçaient réciproquement. Un processus circulaire était mis en mouvement.

Plus les représentants des ouvriers attaquaient la direction, plus ceux-ci les idéalisaient pour les apaiser. Plus la direction faisait des concessions, plus les ouvriers ressentaient de la culpabilité et la crainte d’anxiété dépressive et plus donc ils se repliaient vers des attitudes paranoïdes comme moyen d’éviter l’angoisse dépressive.

3.3 – Description et analyse de la phase postérieure aux négociations

En juin, six mois après le début des discussions, ces attitudes, plutôt que le problème des salaires, furent retenues pendant un certain temps comme principal foyer d’attention. Une résolution partielle intervient28 et les ouvriers décidèrent, après un scrutin dans tout le département, d’essayer une méthode de paiement à taux uniforme. Ce changement, cependant, fut subordonné à la mise en place d’un comité, composé de membres de la direction et de représentants élus qui aurait compétence pour déterminer la politique du département – procédure dont le principe avait déjà été établi dans la société. Le principe majeur était de prendre toutes les décisions à l’unanimité, et d’être d’accord pour «work-through» tous les obstacles à des décisions unanimes, en découvrant les sources de désaccord de telle façon qu’elles puissent être résolues.

Il semblait que la discussion ouverte des attitudes autistiques facilitait une restructuration des relations sociales phantasmatiques dans le département, restructuration amenant un plus grand degré de conscience ou de contrôle du moi sur ces relations. L’histoire ultérieure du comité d’atelier montra pourtant que la restructuration des relations sociales phantasmatiques était seulement partielle. A la suite du passage à la méthode de paiement à taux uniforme, le comité se heurta en effet au problème majeur de la réévaluation des temps dans lesquels des tâches données devaient être faites.

Les salaires aux pièces nécessitaient ces évaluations des temps, à la fois pour calculer les primes des ouvriers et pour fournir aux clients des estimations de prix. Avec des taux uniformes ces évaluations n’étaient nécessaires que pour les estimations destinées aux clients; mais les temps ainsi établis constituaient nécessairement des objectifs pour les ouvriers. Avec le salaire aux pièces, si un ouvrier n’atteignait pas l’objectif, cela signifiait qu’il perdait sa prime; autrement dit, il payait lui-même pour toute baisse de son effort. Avec des taux uniformes, cependant, une chute en deçà de l’objectif revenait à ce que l’ouvrier reçut le paiement d’un travail qu’il ne faisait pas. Une exploration détaillée des attitudes29 des ouvriers montra que le passage des tarifs aux pièces aux tarifs uniformes n’avait modifié en rien leurs objectifs personnels et leurs cadences individuelles de travail. Ils se sentaient coupables, chaque fois qu’ils arrivaient au-dessous de leurs objectifs estimés, parce qu’ils ne payaient plus pour la différence. Afin d’éviter cette culpabilité, les ouvriers exercèrent une forte pression pour maintenir les temps estimés des tâches à un niveau aussi élevé que possible, et également pour que les temps «serrés» (temps sur des tâches qui étaient difficiles à respecter) soient réévalués. Tout changement dans les méthodes d’évaluation des tâches se heurtait à de fortes résistances, ces changements signifiant pour les ouvriers la possibilité que des objectifs difficiles à atteindre leur soient fixés.

Du côté de la direction, l’adoption des taux uniformes remuait inévitablement les angoisses inconscientes qu’ils pouvaient avoir sur l’autorité. Avec les salaires aux pièces, en effet, la prime elle-même jouait le rôle d’une discipline impersonnelle et indépendante garantissant que les ouvriers fassent l’effort nécessaire. Avec les taux uniformes, il appartenait à la direction de veiller au maintien des cadences raisonnables de travail. Ceci leur imposait une responsabilité plus directe de contrôle de leurs subordonnés, et les mettait plus directement en contact avec l’autorité qu’ils détenaient.

Le comité, nouvellement constitué, avec ses membres de la direction et ses représentants élus, avait de grandes difficultés à faire face à l’angoisse dépressive plus manifeste, à la fois dans la direction et parmi les ouvriers. Du point de vue de la direction, ceci montrait que le comité pourrait bien se révéler une mauvaise chose, freinant le développement de la gestion du département. Des opinions similaires – que le comité ne fonctionnerait pas, qu’il se pourrait à l’épreuve qu’il ne vaille pas la peine – jouèrent quelque peu dans la décision prise par cinq des six représentants élus de ne pas se présenter aux nouvelles élections dans l’atelier qui eurent lieu 16 mois après l’installation du comité. Ces cinq personnes furent remplacées par cinq nouveaux représentants élus: à leur tour, ils apportèrent avec eux une quantité considérable de suspicion. C’est dire qu’il y eut, de nouveau, un repli sur la position paranoïde, cependant que l’angoisse dépressive des dirigeants continuait de se manifester, dans une certaine mesure, par l’expression de sentiments de découragement à l’égard du fonctionnement du comité. Ce ne fut que lentement, après une période de deux ans, que le comité fut capable de fonctionner dans la situation nouvelle, comme procédure constitutionnelle pour arriver à un accord sur la politique, et en même temps pour servir, intuitivement, à contenir les relations sociales phantasmatiques. Une exploration du problème des réévaluations fut acceptée. Elle se poursuit avec l’aide d’un conseiller industriel extérieur.

Cette étude de cas illustre donc le développement d’une institution sociale explicite, celle de réunions entre la direction et les représentants élus, qui permit l’établissement de mécanismes inconscients au niveau phantasmatique pour traiter les angoisses paranoïdes et dépressives.

Les principaux mécanismes étaient, de la part de la direction, l’idéalisation des ouvriers hostiles, et, de la part des ouvriers, le maintien d’une attitude de suspicion à l’égard de la direction pratiquant cette idéalisation. Dans la mesure où clivage et identification projective opéraient avec succès, ces mécanismes inconscients aidèrent les individus à traiter leurs angoisses en les introduisant dans les relations sociales phantasmatiques sécrétées par le groupe de membres de la direction et de représentants élus. De cette façon, les angoisses furent éliminées de la situation quotidienne de travail; ceci permettait d’effectuer de façon efficace les tâches objectives et d’assurer de bonnes relations de travail.

On notera, cependant, que le groupe des représentants élus et de la direction était aussi chargé d’une tâche objective, celle de négocier de nouvelles méthodes de paiement des salaires. Ils éprouvèrent de la difficulté à progresser dans cette tâche objective. D’après la théorie que nous avons exposée ici, ces difficultés provenaient de la façon dont les relations phantasmatiques, inconscientes, prédominantes dans le groupe chargé de la négociation, allaient à l’encontre des exigences de la tâche objective.

En d’autres termes, une procédure, constitutionnelle dans son essence, celle de représentants élus se réunissant avec un organe exécutif, était d’un maniement difficile, car utilisée au niveau phantasmatique d’une façon non reconnue pour contribuer à traiter les angoisses dépressives et paranoïdes des membres de l’ensemble du département.

4 – Quelques observations sur le changement social

Dans cette étude de cas, le changement social était recherché, pourrait-on dire, quand la culture et la structure ne satisfaisaient plus les exigences des membres du département, en particulier les membres de la direction et les représentants élus. Des changements manifestes furent réalisés; ils semblèrent conduire, à leur tour, à une restructuration considérable de la forme et du contenu social phantasmatique de l’institution. Le changement une fois réalisé, cependant, les individus se trouvèrent enserrés dans des relations nouvelles auxquelles ils devaient s’adapter puisqu’eux-mêmes les avaient créées. Mais ils avaient amené plus que ce qu’ils avaient cherché, en ce sens qu’il fallait avoir fait l’expérience des nouvelles relations avec des taux uniformes et avec le comité décidant de la politique avant de pouvoir pleinement apprécier leurs implications.

Les effets du changement sur les individus furent différents selon les rôles qu’ils occupaient. Les représentants élus pouvaient changer de rôles tout simplement en ne se présentant pas pour être réélus. Cinq des six représentants, on le notera, eurent recours à cet expédient. Mais les membres de la direction étaient dans une position très différente. Ils ne pouvaient abandonner ou changer leurs rôles sans changer, d’une façon majeure, leurs positions et peut-être leur statut dans l’ensemble de l’organisation.

Leur adaptation à la nouvelle situation impliquait donc pour eux, pris individuellement, de supporter des tensions personnelles considérables.

Il est improbable que les membres d’une institution puissent jamais apporter des changements sociaux qui conviennent parfaitement aux besoins de chaque individu. Le changement une fois entrepris, il est plus que probable que des individus devront s’ajuster et changer personnellement pour ne mettre au niveau des changements qu’ils ont produits. Tant que certains réajustements ne sont pas faits au niveau phantasmatique, les défenses sociales de l’individu contre l’angoisse psychotique risquent d’être affaiblies. Il est fort possible que les résistances au changement social, et en particulier au changement social imposé, soient dues aux effets de ces changements sur les systèmes inconscients de défense des individus contre l’angoisse psychotique.

Car c’est une chose pour l’individu de se réajuster à des changements qu’il a lui-même contribués à amener; c’en est une toute autre d’être requis de réajuster ses systèmes internes de défense afin de se conformer à des changements provoqués par quelque agent extérieur.

5 – Résumé et conclusions

Freud a soutenu que deux processus principaux agissent dans la formation de ce qu’il appelle des groupes artificiels, comme l’armée et l’église: l’identification par introjection, et le remplacement du moi idéal par un objet. J’ai suggéré que ce dernier processus contenait implicitement le concept formulé par Mélanie Klein, de l’identification par projection.

Mélanie Klein, d’ailleurs, déclare explicitement que la base des toutes premières relations d’un enfant en bas âge avec ses objets réside dans l’interaction entre l’identification introjective et l’identification projective. Le caractère de ces toutes premières relations est déterminé par la façon dont le petit enfant tente de traiter ses angoisses paranoïdes et dépressives, et par l’intensité de ces angoisses.

Adoptant ces conceptions de Freud et de Mélanie Klein, mon opinion, telle que je l’ai proposée, est que la défense contre l’angoisse paranoïde et dépressive est l’une des principales forces dynamiques amenant les individus dans des associations institutionnalisées; et réciproquement, que toutes les institutions sont utilisées inconsciemment par leurs membres comme mécanismes de défense contre ces angoisses psychotiques. Les individus peuvent déposer leurs conflits internes dans des personnes du monde extérieur, suivre inconsciemment le cours du conflit au moyen de l’identification projective, et réintégrer enfin le cours et l’issue du conflit, perçu à l’extérieur, au moyen de l’identification introjective. Les sociétés fournissent des rôles institutionnalisés dont les tenants sont habilités ou astreints à prendre en eux les objets ou les pulsions projetés par d’autres membres. Les tenants de tels rôles peuvent absorber ces objets et ces pulsions, c’est-à-dire, les prendre en eux-mêmes et devenir le bon ou le mauvais objet avec les pulsions correspondantes; ou bien ils peuvent détourner ces objets et ces pulsions, c’est-à-dire les placer dans une personne perçue extérieurement, alliée ou ennemie, qui est alors aimée, ou bien attaquée. C’est dans la coopération inconsciente avec d’autres membres de l’institution ou du groupe utilisant des mécanismes similaires de projection, que réside le gain, pour les individus, de cette projection d’objets et de pulsions, et de cette introjection de leurs carrières dans le monde externe. L’identification introjective assure alors davantage que le retour pur et simple des objets et des pulsions projetés. L’individu prend en lui également les autres membres, qui légitiment et renforcent les attaques contre les persécuteurs internes, ou appuient l’idéalisation maniaque d’objets aimés, renforçant de ce fait le refoulement de pulsions destructrices à leur égard.

La coopération inconsciente, au niveau phantasmatique, entre les membres d’une institution, est structurée en termes de ce que nous appelons, ici, la forme et le contenu social phantasmatique des institutions.

La forme et le contenu des institutions peuvent ainsi être considérés à deux niveaux distincts. D’une part, celui de la forme et du contenu manifeste et consciemment accepté; ceci inclut la structure et la fonction: il se peut qu’elles ne soient pas reconnues, elles sont néanmoins dans le préconscient des membres de l’institution et peuvent donc être identifiées de façon relativement aisée par une étude consciente. D’autre part, le niveau de la forme et du contenu phantasmatiques; ceux-ci, inconsciemment évités et niés, demeurent – parce que totalement inconscients – non identifiés par les membres de l’institution.

Une étude de cas a été présentée pour montrer comment un organe institutionnel, un comité de membres de la direction et de représentants élus des ouvriers a été utilisé au niveau phantasmatique, à l’intérieur d’un département d’une usine, pour isoler les relations d’hostilité, des bonnes relations entretenues dans le travail quotidien de production de ce département. Mais, lorsqu’une tâche de négociation sérieuse et consciente fut confiée à ce comité, ses membres rencontrèrent de grandes difficultés en raison du contenu phantasmatique, socialement approuvé, de leurs relations mutuelles.

Quelques observations ont été faites sur la dynamique du changement social. Le changement se produit là où les relations sociales phantasmatiques à l’intérieur d’une institution ne servent plus à renforcer les défenses individuelles contre l’angoisse psychotique. L’institution peut être restructurée au niveau manifeste et phantasmatique; ou bien seulement au niveau phantasmatique, la structure manifeste étant maintenue. Les individus peuvent changer de rôles ou quitter tout à fait l’institution; ou bien encore le changement apparent, au niveau manifeste, peut souvent cacher le fait qu’aucun changement réel n’a eu lieu, la forme et le contenu social phantasmatique de l’institution n’ayant pas été touchés. Le changement social imposé, qui ne tient pas compte de la façon dont les individus utilisent les institutions pour faire face à leurs angoisses psychotiques inconscientes, a de fortes chances de se heurter à des résistances.

En définitive, si les mécanismes qui viennent d’être décrits ont quelque validité, deux conséquences au moins peuvent en découler. En premier lieu, l’observation des processus sociaux peut fournir un moyen d’étudier, comme à travers une glace grossissante, l’action des angoisses paranoïdes et dépressives et des défenses érigées contre elles. A la différence de la situation psychanalytique, de telles observations peuvent être faites, au même moment, par plus d’une personne. En deuxième lieu, il est possible que cela permette de voir plus clairement pourquoi le changement social est si difficile à réaliser et pourquoi tant de problèmes sociaux sont si irréductibles. En effet, du point de vue élaboré ici, les changements dans les relations et dans les procédures sociales appellent une restructuration des relations au niveau phantasmatique, ce qui exige en conséquence, de la part des individus, l’acceptation ou la tolérance de changements dans la structure actuelle de leurs défenses contre l’angoisse psychotique.

Un changement social effectif requiert probablement l’analyse des angoisses communes et des collusions inconscientes sous-jacentes aux défenses sociales, qui déterminent les relations sociales phantasmatiques.


Notes:

1 E. JAQUES, Social System as a defence against Persecutory and Depressive Anxiety, pp. 478-498, New Directions in Psychoanalysis, London, Tavistock Publ., 1955. Trad. Fr.: Psychologie sociale: textes fondamentaux anglais et américains, réunis par André Lévy, Dunod 1978, pp.546-565. retour

2 «Le rôle des mécanismes psychotiques dans le développement culturel» Int. J. Psycho-Anal., vol. XII. retour

3 W. R. Bion, Group dynamics, a review, New directions in psychoanalysis, op. cit. retour

4 E. JAQUES «The changing culture of a factory» (Londres, Tavistock, 1951). retour

5 Les vues de M. KLEIN évoquées dans cet article sont développées dans ses deux livres, The psycho-analysis of children (London, 1932), et Contributions to Psycho-analysis (London 1948), et dans des articles publiés récemment dans «Developments in psycho-analysis» (London, Tavistock). 1952. retour

6 Op. cit., p. 8o: il déclare «Un groupe primaire, c’est un certain nombre d’individus qui ont adopté un seul et même objet comme idéal du moi et se sont par conséquent identifiés les uns aux autres dans leur moi». retour

7 Op. cit., p. 60. retour

8 «Deuil et Mélancolie», collected papers, vol. IV (Londres, 1925). retour

9 OP. cit., p.110. retour

>p id= »n10″> 10 Cf. «Notes sur quelques mécanismes schizoïdes», p. 293, «J’ai souvent exprimé mon opinion que les relations objectales existent depuis le commencement de l’existence… J’ai suggéré, de plus, que la relation au premier objet implique son introjection et sa projection, et que, dès le début, les relations objectales sont structurées par une interaction entre introjection et projection, entre les objets et les situations internes et externes». In Dévelopments in Psycho-analysis, Op. Cit. retour

11 Cf. «Notes sur quelques mécanismes schizoïdes», P. 301, «La projection dans la mère de bons sentiments et de parties bonnes de lui-même est essentielle pour la capacité du petit enfant à développer de bonnes relations objectales et pour intégrer son moi. Cependant, si ce processus projectif est mené à l’excès, l’enfant ressent la perte de parties bonnes de sa personnalité, et en ce sens la mère devient le moi-idéal; il en résulte aussi un affaiblissement et un appauvrissement du Moi. De tels processus s’étendent très vite à d’autres gens, et le résultat peut être une dépendance trop forte vis-à-vis des représentants extérieurs de ses propres parties bonnes.» In Developments in psycho-analysis, op. cit. retour

12 Op. cit., p.49. retour

13 Cf. «Functions of introjection and projection « , p. 129, «De telles absorptions et expulsions constituent un jeu d’interactions entre l’organisme et le monde extérieur; toutes les relations de sujet à objet reposent sur cette structure primordiale, quelle que soit l’apparence complexe, élaborée, de ces relations. (je crois que, en dernière analyse, nous pouvons le trouver à la base de tous nos agissements compliqués les uns avec les autres). La nature semble utiliser peu de modèles, mais elle est inépuisable dans ses variations à. In Developinents in psycho -a fialysis, Op. Cit. retour

14 Nature and Functions of Fantasy in Developmenis lit Psycho-analysis, op, cit. retour

15 La nature des objets projetés et introjectés (ex. fèces, pénis, seins), le canal de l’introjection et de la projection (ex. anal, urétral, buccal), et le mécanisme sensoriel de l’introjection et de la projection (kinesthésique, visuel, auditif, etc. … ) sont des variables d’une importance fondamentale dans l’analyse des relations de groupe. Ici, cependant, je n’examinerai pas du tout ces variables; mais j’espère montrer dans des publications ultérieures que leur introduction permet une explication systématique des différences entre bien des types d’institutions. retour

16 Cf. la description de Freud de la redistribution de la libido dans le groupe. Op. Cit., p.43. retour

17 Notes préliminaires sur certains mécanismes de défense dans des états paranoïdes Int. Jour. PSYCh. (1952). retour

18 Cf. (1945) «Le complexe d’Œdipe à la lumière des angoisses du premier âge» Contributions to psycho-analysis et (1946) «Notes sur certains mécanismes schizoïdes» in Developments in psycho-analysis, op. cit. retour

19Cf. La description par Mélanie Klein de l’action des mécanismes de clivage dans la situation dépressive (1934) «Une contribution à la psychogenèse des états maniaco-dépressifs» in «Contributions to psyco-analysis – p.329. retour

20 «Le deuil et ses relations avec les états maniaco-dépressifs» in Contributions to Psychoanalysis, op. Cit. retour

21 Cf. Melanie Klein, «De nombreux endeuillés ne peuvent faire que des pas lents vers le rétablissement de leurs liens avec le monde extérieur, car ils luttent contre le chaos qui est en eux», Contributions to psycho-analysis, p.329. retour

22 Working-through: expression intraduisible se référant au processus d’élucidation progressive en psychanalyse; littéralement: «travail au travers de» (N.d.T.). retour

23 OP. cit., P. 328. retour

24 W. R. Bion, Work group or W. Group, in Group dynamics, a review, New Directions in psychoanalysis, op. Cit. retour

25 E. JAQUES, The changing culture of a factory, London, Tavistock, 1951. retour

26 Le matériel de ce cas est un condensé du matériel beaucoup plus détaillé fourni dans deux articles: E. JAQUES, Collaborative group methods in a wage negociation situation, Ilum ROI, Vol 111, 1950; E. JAQUES, A. RICE, et E. TRIST, The social and psychological Impact of a change in methods of wage payments, Hum. Rel., vol. II, 1951. retour

27 Mélanie KLEIN a montré comment les craintes et les suspicions paranoïdes sont souvent utilisées comme défense contre l’état dépressif. Cf. par exemple (1934) «The Psychogenesis of manic Depressive States» in Contributions to Psycho-analysis, p.295. retour

28 Le processus de «Work through est en partie décrit dans les articles auxquels nous nous sommes référés plus haut, ainsi que la manière dont les phénomènes de transfert furent maniés en situation de groupe restreint. Une analyse du processus du «work through» sortirait du cadre du présent article, et nous n’y faisons donc référence qu’en paissant. retour

29 Cf. «The social and psychological impact of a change in method of wage payment», Human Relations (1951). retour

Ce contenu a été publié dans Individu, sujet, identité, institution, masse, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Merci de taper les caractères de l'image Captcha dans le champ

Please type the characters of this captcha image in the input box