Charles Baudelaire

Ainsi que Freud le répétait souvent, les poètes devancent les psys. Baudelaire nous donne ainsi à penser, si on veut bien se laisser toucher.

L’étranger, in Petits poèmes en prose

– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?

– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

– Tes amis?

– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

– Ta patrie?

– J’ignore sous quelle latitude elle est située.

– La beauté?

– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

– L’or?

– Je le hais comme vous haïssez Dieu.

– Eh! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?

– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!

 

Mon cœur mis à nu – JOURNAL INTIME (extraits)

Avis aux non-communistes : Tout est commun, même Dieu.

De la vaporisation et de la centralisation du Moi.

Tout est là. D’une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants.

Politique.

Je n’ai pas de convictions, comme l’entendent les gens de mon siècle, parce que je n’ai pas d’ambition. Il n’y a pas en moi de base pour une conviction. Il y a une certaine lâcheté, ou plutôt une certaine mollesse chez les honnêtes gens. Les brigands seuls sont convaincus, – de quoi? – Qu’il leur faut réussir. Aussi, ils réussissent. Pourquoi réussirais-je, puisque je n’ai même pas envie d’essayer? On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l’imposture. Cependant j’ai quelques convictions, dans un sens plus élevé, et qui ne peut pas être compris par les gens de mon temps.

De l’amour, de la prédilection des Français pour les métaphores militaires.

Toute métaphore ici porte des moustaches. Littérature militante. Rester sur la brèche. Porter haut le drapeau. Tenir le drapeau haut et ferme. Se jeter dans la mêlée. Un des vétérans. – Toutes ces glorieuses phraséologies s’appliquent généralement à des cuistres et à des fainéants d’estaminet.

Pourquoi le spectacle de la mer est-il si infiniment et si éternellement agréable?

Parce que la mer offre à la fois l’idée de l’immensité et du mouvement. Six ou sept lieues représentent pour l’homme le rayon de l’infini. Voilà un infini diminutif. Qu’importe, s’il suffit à suggérer l’idée de l’infini total? Douze ou quatorze lieues de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l’homme sur son habitacle transitoire.

Tous les imbéciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les mots:

immoral, immoralité, moralité dans l’art et autres bêtises me font penser à Louise Villedieu, putain à cinq francs, qui m’accompagnant une fois au Louvre, où elle n’était jamais allée, se mit à rougir, à se couvrir le visage, et me tirant à chaque instant par la manche, me demandait devant les statues et les tableaux immortels comment on pouvait étaler publiquement de pareilles indécences. Les feuilles de vigne du sieur Nieuwerkerke.

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