Petit glossaire Mélanie Klein par Hanna Segal

ANGOISSE : elle est considérée comme la réponse du Moi à la mise en œuvre de l’instinct de mort. Quand l’instinct de mort est infléchi, il prend deux formes principales :

Angoisse paranoïde : elle est due à la projection de l’instinct de mort pénétrant à l’intérieur d’un ou de plusieurs objets qui sont alors vécus comme des persécuteurs. Cette angoisse est due à la crainte que ces persécuteurs n’annihilent le Moi et l’objet idéal. Elle prend son origine dans la position paranoïde-schizoïde.

Angoisse dépressive : c’est l’angoisse due à la crainte que sa propre agression puisse annihiler ou ait annihilé son propre bon objet. Elle est vécue aussi bien par rapport à l’objet que par rapport au Moi qui se sent menacé dans son identification avec l’objet. Elle prend son origine dans la position dépressive, alors que l’objet est perçu comme un objet entier et que l’enfant vit sa propre ambivalence.

Angoisse de castration : est surtout un modèle paranoïde qui prend son origine dans la projection de la propre agression de l’enfant ; mais elle peut aussi contenir un élément dépressif ; par exemple l’angoisse de perdre son pénis en tant qu’organe de réparation.

 

CULPABILITÉ : prise de conscience douloureuse qu’on a endommagé son ou ses objets aimés. Elle prend son origine dans la position dépressive quand l’ambivalence est vécue par rapport à des parents perçus comme des objets entiers. Les parents aimés avec ambivalence et introjectés dans la position dépressive forment le noyau du Surmoi.

 

DÉPRESSION : état mental où les sentiments douloureux de la position dépressive sont vécus pleinement ou partiellement. Ce peut être une réaction normale à une perte vécue ou une réaction névrotique ou psychotique.

 

DÉPRESSIVE (POSITION) : elle survient lorsque l’enfant reconnaît sa mère comme un objet total. C’est une constellation de relations objectales et d’angoisses caractérisées par le vécu de l’enfant qui attaque une mère aimée avec ambivalence et qui la perd en tant qu’objet externe et interne. Ce vécu fait naître douleur, culpabilité et sentiment de perte.

 

DISSOCIATION (Splitting) : peut impliquer le Moi et les objets. La dissociation la plus précoce est celle qui est faite entre bon et mauvais soi (self), bon et mauvais objet. L’inflexion de l’instinct de mort implique que la partie qui est ressentie comme contenant les impulsions destructives est dissociée de la partie qui est ressentie comme contenant la libido.

 

ENVIE PRÉCOCE : vécue par le petit enfant surtout dans sa relation avec le sein nourrissant. Il est possible que ce soit la manifestation externe la plus primitive de l’instinct de mort alors qu’il attaque ce qui est senti comme la source de la vie. Envie précoce excessive : facteur important en psychopathologie.

 

IDÉALISATION : mécanisme schizoïde lié à la dissociation et à la dénégation. Les caractères dont on ne veut pas, en ce qui concerne un objet, sont niés et la libido de l’enfant est projetée dans cet objet. Quoiqu’elle appartienne primitivement à la position paranoïde-schizoïde, l’idéalisation peut se rencontrer en même temps que d’autres défenses maniaques contre les angoisses dépressives.

 

IDENTIFICATION : toujours considérée comme un aboutissement des processus d’introjections ou de projection. Identification introjective : elle survient lorsque l’objet est introjecté dans le Moi qui alors s’identifie à l’objet avec quelques-uns ou tous ses caractères. Identification projective : elle résulte de la projection de fragments de soi- même dans un objet. Il peut se faire que l’objet soit perçu comme ayant acquis le caractère de la partie de soi projetée, mais il peut aussi se faire que la personne (soi-même) s’identifie avec l’objet dans lequel elle s’est projetée.

L’identification projective pathologique résulte d’une désintégration très fragmentaire de soi où des parties de soi sont alors projetées dans l’objet et désintégrées ; c’est ainsi que sont créés les « objets bizarres ».

 

MANIAQUES (DÉFENSES) : élaborées au sein de la position dépressive comme défenses contre le vécu de l’angoisse dépressive, de la culpabilité et de la perte. Elles ont pour base une dénégation omnipotente de la réalité psychique et les relations objectales sont caractérisées par les sentiments de triomphe, de maîtrise et de mépris.

 

MONDE INTERNE : résulte de la mise en œuvre du fantasme inconscient ; dans ce fantasme, les objets sont introjectés et un monde interne complexe est construit à l’intérieur du Moi ; dans ce monde, les objets internes sont ressentis comme étant en relation dynamique entre eux et avec le Moi.

 

OBJETS BIZARRES : produits des identifications projectives pathologiques dans lesquelles l’objet est perçu comme dissocié en petits fragments dont chacun contient une partie de soi-même projetée. Ces objets bizarres sont vécus comme chargés d’une grande hostilité.

 

OBJETS ENTIERS : décrivent la perception d’une autre personne en tant que personne.

La perception de la mère en tant qu’objet entier caractérise la position dépressive. L’objet entier s’oppose aussi bien à l’objet partiel qu’aux objets dissociés en parties idéales et persécutrices. Ambivalence et culpabilité sont vécues en relation avec des objets entiers.

 

OBJETS INTERNES : objets introjectés dans le Moi.

 

OBJETS PARTIELS : c’est le caractère des objets de la position paranoïde-schizoïde.

Le sein est le premier objet partiel vécu par l’enfant. Bientôt d’autres objets partiels sont vécus — et d’abord le pénis. Objet idéal : le sein ou le pénis, tel qu’il est vécu par l’enfant au cours de la position paranoïde-schizoïde résulte de la dissociation et de la dénégation de la persécution. Tous les vécus satisfaisants (bons), réels ou fantasmatiques, sont attribués à cet objet idéal qu’il désire ardemment posséder et auquel il désire s’identifier.

Mauvais objet (ou objet persécuteur) : il est vécu au cours de la position paranoïde-schizoïde et résulte de la dissociation. En lui, l’enfant pro- jette toute son hostilité, et tous ses vécus insatisfaisants (mauvais) sont attribués à ses activités. Bon objet : le bon objet partiel, c’est habituellement le sein ou le pénis, tel qu’il est vécu dans la position dépressive et en relation avec de bons vécus. Il est ressenti comme une source de vie, d’amour, de bon (bien) mais ce n’est pas un idéal. Ses mauvaises qualités sont reconnues et il peut être vécu comme frustrant ce qui l’oppose à l’objet idéal ; il est ressenti comme vulnérable si on l’attaque, c’est pourquoi il est souvent ressenti comme endommagé ou détruit. Le bon sein et le bon pénis sont ressentis comme appartenant respectivement à la bonne mère et au bon père, mais ils peuvent être vécus avant que la relation d’objets entiers soit complètement établie.

 

OEDIPE PRÉCOCE (COMPLEXE D’) : relation oedipienne vécue par l’enfant à partir du début de la position dépressive. Elle est vécue en termes prégénitaux avant que la génitalité soit atteinte.

 

PARANOÏDE-SCHIZOÏDE (POSITION) : le plus précoce des stades du développement. Il est caractérisé par la relation avec des objets partiels, la primauté de la dissociation aussi bien du Moi que des objets et l’angoisse paranoïde.

 

PARENTS COMBINÉS : figure fantasmatique des parents unis dans le coït. Elle prend son origine à l’époque où le père n’est pas complètement différencié de la mère et où son pénis est ressenti comme faisant partie du corps de la mère. Quand surviennent les angoisses œdipiennes, ce fantasme est réactivé régressivement, il est alors un moyen de nier le coït parental. Cette figure est en général vécue comme terrifiante.

 

PERSÉCUTEURS : objets dans lesquels une partie de l’instinct de mort a été projetée. Ils provoquent l’angoisse paranoïde.

 

RÉALITÉ PSYCHIQUE : vivre la réalité psychique, c’est ressentir le vécu de son monde interne y compris le vécu de ses impulsions et de ses objets internes.

 

RÉALITÉ (SENTIMENT DE LA) : capacité de vivre la réalité psychique en tant que telle et de la différencier de la réalité externe. Il implique le vécu simultané et la corrélation des mondes internes et externes.

 

RÉPARATION : activité du Moi qui s’efforce de réparer un objet aimé blessé. Elle survient au cours de la position dépressive. C’est une réaction aux angoisses dépressives et à la culpabilité. La réparation peut faire partie du système des défenses maniaques. Dans ce cas elle acquiert les caractères maniaques : dénégation, maîtrise, mépris.

 

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